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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200094

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200094

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPAUGAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2022, Mme E D, représentée par Me Paugam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où l'attestation de demande d'asile délivrée à l'enfant mineur l'autorisant à se maintenir sur le territoire doit également être regardée comme autorisant ses parents à se maintenir sur le territoire dans l'attente d'une décision sur la demande d'asile présentée pour cet enfant mineur, et qu'elle établit que la demande d'asile de son fils est toujours en cours d'examen à la date de la décision attaquée ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thierry, conseillère,

- et les observations de Me Paugam, représentant Mme D, en présence de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, ressortissante guinéenne née le 10 novembre 2000, déclare être entrée en France en septembre 2018 munie de son passeport, sans toutefois en apporter la preuve. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 15 mai 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par un arrêt du 6 octobre 2021 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen a également été rejetée. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 6 décembre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations conventionnelles et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme D sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et se réfère à l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 6 août 2021. La circonstance que le préfet de la Loire-Atlantique ne fasse pas mention de ce que deux des enfants de B D sont nés sur le territoire français et de ce que la demande d'asile présentée au nom de son plus jeune fils est encore en cours d'examen est sans incidence sur la régularité de la motivation. La décision attaquée comporte, ce faisant, les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.

3. En deuxième lieu, A termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et A caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. A termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". A termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et A caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et A caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment A coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, A conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif A informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier, dont il peut solliciter la communication, du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. Pour refuser à Mme D la délivrance du titre de séjour qu'elle avait sollicité au regard de son état de santé, le préfet a, faisant sienne la teneur de l'avis du collège des médecins de l'OFII émis le 6 août 2021, estimé que cet état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour Mme D de conséquences d'une exceptionnelle gravité.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du 6 août 2021 émis par le collège de médecins de l'OFII concernant l'état de santé de Mme D, produit par le préfet de la Loire-Atlantique en défense, énonce que si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Dans ces conditions, l'avis en cause a été émis conformément A dispositions précitées de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, et, contrairement à ce que soutient la requérante, ne nécessitait pas d'être accompagné des " éléments ayant permis de rendre un tel avis ". Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, à le supposer même opérant, doit être écarté.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante est atteinte d'une hépatite B chronique pour laquelle elle affirme faire l'objet d'un suivi par un médecin généraliste, dont au demeurant elle ne précise ni la nature, ni la fréquence et n'indique pas davantage si elle fait l'objet d'un traitement particulier à ce titre. Si elle produit un certificat rédigé par son médecin traitant le 22 janvier 2021, A termes duquel le docteur H certifie que " l'état de santé de Mme E D lui permet d'accéder au statut d'étranger malade ", une telle déclaration ne se prononce manifestement pas sur le degré de gravité qu'un défaut de traitement entrainerait sur l'état de santé de sa patiente. Par ailleurs, le certificat médical établi par le docteur G le 31 janvier 2023, postérieurement à la décision attaquée, qui énonce que " son état de santé nécessite une prise en charge médicale spécialisée. L'interruption de cette prise en charge pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité puisque l'évolution de l'infection par le VHB est imprévisible et peut aboutir au développement d'une cirrhose et/ou d'un cancer hépatique " ne saurait davantage suffire à établir qu'un défaut de pris en charge médicale entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressée. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'apprécier la disponibilité du traitement dans le pays d'origine, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En troisième lieu, A termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, dont la durée de séjour en France serait de moins de quatre ans à la date de la décision attaquée, est célibataire et mère de quatre enfants, dont trois nés en France avec lesquels elle y réside actuellement. Elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans et où elle ne conteste pas que son fils aîné et sa mère résident, alors qu'elle ne dispose d'aucune attache familiale en France. Les circonstances que son fils C, né en août 2019, est scolarisé depuis le mois de septembre 2021 et qu'une demande d'asile présentée en faveur de son deuxième fils né en France, Muhammad Salimou, est en cours d'examen, ne sont pas davantage de nature à établir qu'elle aurait tissé des liens personnels intenses et stables sur le territoire français. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée A buts en vue desquels il a été pris. Pour les mêmes raisons, cette décision ne repose ni sur un défaut d'examen ni sur une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée.

12. En quatrième et dernier lieu, A termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent utilement être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. La décision attaquée n'a pas pour objet ni pour effet de séparer Mme D de ses enfants nés en France. Par ailleurs, en l'absence de circonstances faisant obstacle à l'installation de ces enfants en Guinée et à la poursuite de la scolarité du jeune C dans ce pays et, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de délivrer un titre de séjour à la requérante serait de nature à exposer ces enfants à un risque particulier pour leurs santés, leurs sécurités, leurs moralités ou leurs éducations, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 18 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme F, directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, d'une part, A termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-2 du même code prévoit : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ".

16. D'autre part, A termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". A termes de l'article L. 521-13 du même code : " L'étranger est tenu de coopérer avec l'autorité administrative compétente en vue d'établir son identité, sa ou ses nationalités, sa situation familiale, son parcours depuis son pays d'origine ainsi que, le cas échéant, ses demandes d'asile antérieures. Il présente tous documents d'identité ou de voyage dont il dispose. ". A termes de l'article L. 521-23 de ce code : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents présentée dans les conditions prévues à l'article L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable A enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire ". A termes de l'article L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure () ". Enfin, A termes de l'article L. 531-42 du même code : " A l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile./ L'Office français de protection des réfugiés et apatrides procède à un examen préliminaire des faits ou des éléments nouveaux présentés par le demandeur intervenus après la décision définitive prise sur une demande antérieure ou dont il est avéré qu'il n'a pu en avoir connaissance qu'après cette décision./ Lors de l'examen préliminaire, l'office peut ne pas procéder à un entretien./ Lorsque, à la suite de cet examen préliminaire, l'office conclut que ces faits ou éléments nouveaux n'augmentent pas de manière significative la probabilité que le demandeur justifie des conditions requises pour prétendre à une protection, il peut prendre une décision d'irrecevabilité ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'office ou, en cas de recours, par la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire.

17. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a déposé une demande d'asile en son nom propre le 6 janvier 2020 qui a été rejetée le 15 mai 2020 par l'OFPRA et, définitivement, le 6 octobre 2021, par la CNDA. Après ce rejet définitif, elle a déposé une nouvelle demande d'asile au nom de son fils mineur, M. I D né le 25 octobre 2020, qui a été enregistrée le 26 octobre 2021. Cette demande doit s'analyser, en vertu des dispositions précitées, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. Mme D soutient que la demande d'asile présentée pour son fils mineur faisait obstacle à ce que le préfet puisse prendre à son encontre une mesure d'éloignement dès lors que cette demande était encore " en cours d'examen ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait " Telemofpra " produit par le préfet de la Loire-Atlantique, que par décision du 9 novembre 2021, notifiée le 4 décembre 2021, l'OFPRA a rejeté comme irrecevable la demande de réexamen déposée au nom de l'enfant Muhammad Salimou D. Il résulte de l'application des dispositions précitées du b) l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le droit pour Mme D de se maintenir sur le territoire français a pris fin dès que l'OFPRA a pris cette décision de rejet, soit le 9 novembre 2021. Dès lors, en édictant à son encontre, par arrêté du 6 décembre 2021, une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur de droit.

20. En troisième lieu, A termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et A caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 9, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ces dispositions auraient été méconnues par le préfet de la Loire-Atlantique.

21. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés A points 11 et 13 ci-dessus, les moyens tirés, respectivement, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

22. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme D invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

23. En deuxième lieu, la décision contestée mentionne les textes dont elle fait application et indique que la requérante n'établit pas que sa vie ou sa liberté soient menacées dans son pays d'origine ou qu'elle y soit exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où l'intéressée n'apporte aucun élément établissant des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

24. En troisième lieu, A termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ". A termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires A stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

25. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme D a été rejetée en dernier lieu par la CNDA le 6 octobre 2021. Si elle affirme encourir des risques en cas de retour en Guinée compte tenu de ce qu'elle s'est soustraite à une union forcée et de ce qu'elle a donné naissance à des enfants hors mariage, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations et n'établit ni la réalité ni l'actualité de tels risques en cas de retour dans son pays d'origine. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, dans ces conditions, être écartés. Pour les mêmes motifs, il convient d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée.

26. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés A points 11 et 13 ci-dessus, les moyens tirés, respectivement, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D ainsi que, par voie de conséquence, celles A fins d'injonction sous astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à Me Paugam et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

S. THIERRYLe président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ell

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