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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200107

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200107

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 janvier 2022, Mme C D, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le préfet de Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination vers lequel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 75 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai avec délivrance d'un récépissé le temps de cet examen ;

3°) de condamner l'Etat au paiement des entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence de sa signataire ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnait l'article 6 5° de l'accord franco algérien et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle a vécu en France alors qu'elle était âgée de 12 à 23 ans, au sein de sa famille adoptive, qui y réside encore et avec laquelle elle a gardé des liens importants ; deux de ses fils y vivent en situation régulière, l'un d'entre eux étant de nationalité française ; elle est séparée de son mari et n'a que des liens ténus avec son dernier fils qui vit en Algérie ; elle est hébergée en France par son fils aîné ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La procédure a été communiquée au préfet de la Loire-Atlantique qui n'a pas produit d'écriture.

Par une décision du 7 décembre 2021, Mme D été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante algérienne née le 2 avril 1960, déclare avoir vécu sur le territoire français de 1972 à 1985 avant de retourner en Algérie. Elle déclare être à nouveau entrée sur le territoire français le 10 mai 2018 sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités espagnoles. Elle a sollicité, le 12 février 2021, la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du point 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le préfet de Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Le préfet de la Loire-Atlantique, par un arrêté du 17 mars 2021 régulièrement publié le lendemain, lui a consenti une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par ailleurs cette délégation n'est pas conditionnée à l'absence ou l'empêchement du préfet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour vise l'accord franco-algérien modifié et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait notamment référence aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également des éléments concernant la biographie et la situation personnelle de Mme D et notamment le fait qu'elle s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français, que son acte de naissance fait toujours état de son mariage avec un ressortissant algérien résidant en Algérie et que si deux de ses fils résident en France, un troisième réside dans son pays d'origine. Elle est, par suite, suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : ()/ 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si Mme D soutient avoir résidé en France entre 1972 et 1985 au sein de sa famille adoptive, elle ne l'établit pas. En outre, et en tout état de cause, elle ne conteste pas, d'une part, n'avoir pas résidé en France entre 1985 et 2018 et, d'autre part, avoir résidé en situation irrégulière pendant au moins deux ans entre la date d'expiration du visa court séjour susmentionné délivré par les autorités espagnoles et sa demande de titre de séjour ayant fait l'objet de la décision attaquée. Par ailleurs, si elle soutient être séparée de son mari résidant en Algérie, elle ne l'établit pas et ne conteste pas être encore mariée avec ce dernier. Enfin, s'il est constant que deux de ses fils résident en France en situation régulière, son mari et son troisième fils résident en Algérie où elle a elle-même vécu au minimum avant ses 12 douze ans ainsi qu'entre ses 23 et 58 ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation en France et en Algérie, Mme D ne justifie pas de liens personnels intenses, anciens et stables en France, tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet aurait méconnu le point 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 ci-dessus, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

9. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que le préfet de Loire-Atlantique, qui a étudié la demande de certificat de résidence de la requérante au titre de l'admission exceptionnelle, n'a pas, en refusant de régulariser la situation de cette dernière, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 ci-dessus que, l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 juin 2021 doivent être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉLa présidente,

M. E

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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