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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200153

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200153

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2022, M. C A, représenté par

Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des stipulations des articles 7 et 9 de l'accord-algérien du 27 décembre 1968, dès lors que le préfet lui a opposé l'absence de détention d'un visa de long séjour et n'a pas examiné sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou du pouvoir de régularisation du préfet ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Chatelais, substituant Me Kaddouri, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 14 novembre 1974, est entré en France le 25 septembre 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 5 octobre 2021, il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 21 décembre 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 septembre 2021, régulièrement publié le

9 septembre suivant au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire a accordé à Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, et signataire de l'arrêté en litige, une délégation à effet de signer, notamment, tout acte ou décision à l'exception de certaines catégories d'entre eux parmi lesquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de refuser l'admission exceptionnelle au séjour sollicitée par le requérant. Dès lors, le préfet, qui n'était pas tenu mentionner tous les éléments du dossier de demande qui lui était soumis, a suffisamment motivé cette décision. En outre, et en conséquence des dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français est également motivée. L'arrêté précise, de plus, que le requérant ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Enfin, cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, qu'il est de nationalité algérienne et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision fixant le pays de destination est, de ce fait, suffisamment motivée. Cet arrêté est, dès lors, suffisamment motivé en toutes ses dispositions.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre cet arrêté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. Si M. A se prévaut d'une résidence en France depuis près de quatre ans à la date de l'arrêté contesté, la durée de ce séjour résulte toutefois de son maintien sur le territoire en situation irrégulière à la suite d'un détournement de l'objet du visa de court séjour qui lui avait été accordé en 2017. Il ne ressort pas, de plus, des pièces du dossier qu'il aurait noué en France des liens anciens, stables et d'une particulière intensité. S'il soutient qu'il est dépourvu d'attaches en Algérie, les certificats de décès de deux personnes, dont le lien précis de parenté avec lui n'est pas au demeurant précisé, ne suffit pas à l'établir, alors qu'il ressort au contraire des pièces du dossier qu'il a vécu jusqu'à 42 ans dans son pays d'origine, où résident ses sept frères et sœurs. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté, en prenant l'arrêté attaqué, au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel il a été pris.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". D'autre part, bien que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prévoie pas des modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est prévalu, pour solliciter son admission au séjour, de la conclusion, le 19 octobre 2017, d'un contrat de travail pour un emploi de coiffeur, ainsi que de son certificat de maîtrise algérien pour la spécialité de coiffure homme et des stipulations des articles 7 et 9 de l'accord-algérien du 27 décembre 1968. C'est dès lors à bon droit que le préfet a examiné tout d'abord sa demande au regard de ces stipulations et a relevé qu'il n'en remplissait pas les conditions faute de justifier d'un visa de long séjour. L'administration a dans un second temps examiné sa demande au regard de l'opportunité d'une mesure de régularisation, qui ne requiert pas la justification d'un visa de long séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en lui opposant la condition tenant à la détention d'un visa de long séjour et en n'examinant pas sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

9. En second lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, le séjour du requérant sur le territoire national n'était pas ancien et ce dernier n'y avait pas noué des liens personnels anciens, intenses et stables tout en ayant conservé, contrairement à ce qu'il allègue, le centre de ses intérêts notamment familiaux en Algérie. De plus, l'exercice d'une activité salariée de coiffeur d'abord à temps partiel, puis à compter de 2020 à temps complet, ne constitue pas compte tenu de la nature de cette activité et de ses conditions d'exercice, en dehors de toute autorisation de séjour et de travail en France, un motif qui justifierait que l'administration l'admette à titre exceptionnel au séjour en régularisant sa situation. L'erreur manifeste d'appréciation alléguée au regard du pouvoir de régularisation du préfet, et, en tout état de cause, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écartée.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 6 et 9 du présent jugement, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur les décisions refusant d'accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et fixant le pays de renvoi :

12. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, M. A n'est, dès lors, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Kaddouri et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

X. B

Le président,

L. MARTIN La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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