mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200224 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LAMY-RABU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2022, Mme C D, représentée par Me Lamy-Rabu, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'il a été signé par une personne disposant d'une délégation de signature régulière pour ce faire ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante comorienne née le 20 mars 1989, est entrée en France le 14 octobre 2014, selon ses déclarations. Le 23 octobre 2020, elle a sollicité son admission au séjour en sa qualité de parent d'un enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 mai 2021, dont Mme D demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 22 février 2021, régulièrement publié le 24 février suivant au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire a accordé à Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, et signataire de l'arrêté en litige, une délégation à effet de signer, notamment, tout acte ou décision à l'exception de certaines catégories d'entre eux parmi lesquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code, de plus : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Enfin, aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".
4. Mme D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées en sa qualité de mère d'un enfant français, né le 29 février 2020, de sa relation avec un ressortissant français, qui a reconnu cet enfant, le 16 janvier 2020. Pour refuser de faire droit à cette demande, le préfet s'est fondé sur la circonstance que la requérante n'établissait pas que le père français de son enfant contribuait à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance, ne produisait pas la convention homologuée par le juge aux affaires familiales fixant le montant de pension alimentaire et les modalités de l'exercice de l'autorité parentale et ne justifiait pas de l'intensité des liens noués entre le père et l'enfant.
5. Pour établir que le père de son enfant a toujours contribué à l'entretien et à l'éducation de son fils, la requérante a produit, tant à l'administration dans le cadre de sa demande que dans le cadre de la présente instance, des preuves de versement de sommes de 60 à 70 euros de la part du père de l'enfant, ainsi deux justificatifs d'achats de divers produits pour bébé. Toutefois, ainsi que le fait valoir le préfet, tous ces versements et achats sont intervenus à la suite de la demande de justificatifs formés par la préfecture le 23 octobre 2020. Ils sont, en outre, postérieurs de dix mois à la naissance de l'enfant. De plus, alors que la requérante est sans ressources, il n'est pas établi par les pièces du dossier, en l'absence en particulier, d'une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant concernant le père de ce dernier, que la contribution tardive du père à l'entretien de l'enfant par le versement de la somme modique d'une soixantaine d'euros serait en proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant, conformément aux dispositions de l'article 371-2 du code civil. En outre, la circonstance que la requérante a formé une requête en octobre 2021 devant le juge aux affaires familiales en vue de fixer à 60 euros la pension alimentaire à verser par le père de son enfant est postérieure à la décision contestée et donc sans incidence sur sa légalité. Enfin, si la requérante soutient que le père de son enfant s'investit dans l'éducation de ce dernier, elle n'apporte pas d'éléments suffisamment probants à l'appui de cette allégation, alors que ce dernier habite à Marseille et qu'elle et son enfant vivent à Angers. Par suite, Mme D n'a pas justifié que le père de son enfant contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil et n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée a méconnu les dispositions précitées.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, Mme D n'est pas fondée à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant quitter le territoire français.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Si Mme D séjournait, à la date de la décision attaquée, depuis plus de six ans en France, la durée de ce séjour résultait principalement d'un long maintien en situation irrégulière. Elle n'avait pas noué dans ce pays des liens personnels intenses et stables, dès lors notamment qu'elle vivait séparée du père de son enfant, la naissance de ce dernier étant, de plus, très récente. Si elle a la charge d'un enfant en bas âge, ce dernier a vocation à la suivre hors de France. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D serait dépourvue d'attaches notamment familiales aux Comores, où elle a vécu jusqu'à ses vingt-cinq ans. L'intéressée se trouvait, de plus, sans ressources et sans travail sur le territoire national. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme D n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise.
9. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
10. Ainsi qu'il a été dit au point 5, il ne ressort pas de pièces du dossier que le père de l'enfant de la requérante contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui n'a pas pour effet, de séparer la requérante de son enfant, n'a pas méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée, par les moyens qu'elle invoque, à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
12. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, Mme D n'est pas fondée à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Lamy-Rabu et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Catroux, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
Le rapporteur,
X. B
Le président,
A. A DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026