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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200227

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200227

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantGARCIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2022, M. B C, représenté par Me Garcia, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (République tunisienne) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour, en qualité de conjoint de ressortissante française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de faire procéder au réexamen de la demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2022 :

- le rapport de M. Desimon, rapporteur,

- et les conclusions de M. Bouchardon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est un ressortissant tunisien né le 11 mai 1989. Il s'est marié le 10 juin 2020 avec Mme A, ressortissante française née le 26 décembre 1979. M. C a sollicité de l'autorité consulaire française à Tunis la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de conjoint de ressortissante française. Un refus lui a été opposé. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté ce recours par décision du 10 novembre 2021. Le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la légalité externe :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ".

3. Conformément aux dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision administrative est suffisamment motivée lorsqu'elle comporte les circonstances de droit et les circonstances de fait qui constituent les fondements sur lesquels l'administration entend la faire reposer.

4. Après avoir visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 311-1 et L. 423-1, la décision en litige a relevé les éléments suivants : " () Il n'y a pas de preuves convaincantes du maintien d'échanges réguliers et constants de quelque nature que ce soit (lettres, communications téléphoniques ou informatiques identifiées et datées) entre les époux ce qui dénote l'absence d'un maintien des liens matrimoniaux ; / - Par ailleurs, il n'a pas été établi que le couple ait un projet concret de vie commune, ni que M. C B participe aux charges du mariage selon ses facultés propres ; / - Ces éléments constituent un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants attestant d'une absence de maintien des liens matrimoniaux et du caractère complaisant du mariage contracté à des fins étrangères à l'institution matrimoniale, dans le seul but de faciliter l'établissement en France du demandeur, qui y est entré irrégulièrement en 2009 et a fait l'objet de 3 obligations de quitter le territoire français en 2013, 2014 et 2016, et a été condamné à 7 reprises par le Tribunal Correctionnel d'Evry entre 2013 et 2018 ; () ".

5. La lecture de ce qui a été exposé au point précédent permet de considérer que la décision attaquée affiche différentes circonstances de fait, notamment les éléments relatifs à l'appréciation de la sincérité de l'union matrimoniale, et des circonstances de droit tirées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant soutient, à raison, que cette décision ne mentionne pas sa principale base légale, à savoir les dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance ne saurait avoir aucune incidence sur le seul terrain de la forme de la décision attaquée, laquelle comporte des circonstances de droit, fussent-elles erronées. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation sera écarté.

Sur la légalité interne :

6. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa.

7. Les éléments apportés par l'administration rappelés au point 4 du présent jugement s'avèrent en eux-mêmes peu nombreux, peu précis, et ne sont principalement fondés que sur ce que l'administration interprète comme des manquements dans la démonstration de la sincérité de l'union avec son épouse par l'intéressé, qui ne lui incombe pourtant pas ab initio dès lors qu'il a produit son acte de mariage, lequel n'a pas été remis en cause par l'autorité judiciaire. Si l'administration a relevé que M. C avait séjourné irrégulièrement en France et qu'il avait fait l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français, elle n'apporte aucun élément permettant de caractériser en l'espèce un lien de causalité entre sa potentielle volonté de régulariser sa situation au regard du droit au séjour en France et sa volonté d'entrer dans l'institution matrimoniale avec Mme A, alors que M. C a vécu plusieurs années en situation irrégulière au regard du droit au séjour sans ce mariage. De plus, il allègue qu'il a rencontré Mme A en juillet 2019 à la suite de son retour irrégulier en France, et les intéressés se sont mariés près d'un an après en juin 2020, ce qui ne fait pas ressortir de temporalité particulière laissant naître un doute quant aux intentions des époux.

8. En revanche, le requérant a fait état de différentes circonstances relatives aux liens qui l'unissent à son épouse. Pour corroborer ses allégations relatives à la sincérité de son union matrimoniale, il a produit diverses pièces, au nombre desquelles figurent de nombreuses photographies, prises dans différents contextes et avec différentes personnes et notamment au moment de la célébration du mariage, des captures d'écran sur plusieurs applications de messagerie instantanée, et des documents administratifs. Il a, en outre, produit une attestation de M. le maire de la commune de Mittelbronn, officier d'état civil qui a célébré leur mariage, agissant alors au nom de l'Etat. L'élu indique que l'intéressé " mène une existence discrète et calme en compagnie de son épouse ".

9. Ainsi, au vu de l'ensemble des pièces du dossier, les éléments exposés au point 4 ne peuvent être tenus pour suffisamment précis et concordants pour établir la fraude qu'allègue l'administration, faute pour elle de rapporter la preuve, qui lui incombe, que le mariage du requérant a été conclu dans le but exclusif de faciliter l'installation de celui-ci en France.

10. Il ressort du bulletin numéro 2 du casier judiciaire français de M. C que l'intéressé a fait l'objet de six condamnations correctionnelles. Le requérant ne conteste pas la réalité de ces faits. Si plusieurs des faits ayant conduit aux condamnations s'avéraient anciens à la date de la décision attaquée, ceux datant de 2016 et de 2018 ne peuvent être eux considérés comme anciens. Il doit être tenu compte de la circonstance que ces faits se sont répétés dans le temps. Pris dans leur ensemble, ces faits, qui ont pour la plupart trait à des vols, présentent un degré significatif de gravité. Si l'attestation de M. le maire de la commune de Mittelbronn précédemment mentionnée indique que M. C " vit en bonne intelligence avec les concitoyens de la commune et a noué des relations cordiales avec la municipalité ", ce seul document ne suffit pas à éclairer complètement la juridiction sur l'évolution du rapport de M. C à la délinquance. Ainsi, en l'absence de tout élément permettant de considérer qu'il y aurait une évolution significative de la situation de M. C à la date de la décision attaquée, la présence en France de de ce dernier doit être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public au sens et pour l'application des dispositions citées au point 6 du présent jugement.

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la décision en litige repose sur un motif légal et sur un motif illégal. Compte tenu du caractère déterminant de l'appréciation de la menace à l'ordre public et du poids qu'a entendu conférer l'administration à ce motif dans sa décision, il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en ne se fondant que sur son motif légal.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives au frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Desimon, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. DESIMON

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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