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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200229

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200229

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantBREILLAT- DIEUMEGARD- MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 12 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre la décision du 12 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française ou de réexaminer sa demande de naturalisation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, le versement de la même somme à son profit, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la signataire de la décision du 12 juillet 2021 ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 5 avril 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 10 mai 2018, le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation formée par Mme B. Le 21 janvier 2019, le ministre a abrogé cette décision et a décidé de reprendre l'instruction de la demande de l'intéressée. Par une nouvelle décision du 12 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation. Le 8 septembre 2021, Mme B a formé contre cette décision un recours gracieux qui a fait l'objet d'un rejet implicite. La requérante demande au tribunal d'annuler la décision du 12 juillet 2021 et la décision de rejet de son recours gracieux.

2. Pour rejeter la demande de naturalisation de Mme B, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que les actes d'état-civil produits ne pouvaient être considérés comme suffisamment probants au regard de l'article 47 du code civil dès lors que la postulante avait produit à l'appui de sa première demande de naturalisation déposée en 2014 un acte de naissance portant le numéro 275 - série B - année 1974 - registre 1 alors que le second acte de naissance produit à l'appui de sa seconde demande de naturalisation déposée en 2017 porte le numéro 274 - série B - année 1974 - registre 1.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vu délivrer le 20 novembre 2007 puis le 20 décembre 2016 deux extraits d'acte de naissance dont le numéro diffère effectivement d'une unité. Toutefois, l'intégralité des autres mentions portées sur ces deux documents d'état-civil sont identiques et conformes à deux autres extraits d'acte de naissance numérotés 275 et délivrés les 29 février 2016 et 1er septembre 2021. La requérante verse par ailleurs à l'instance une photographie de son acte de naissance intégral tel qu'il figure au registre d'état-civil, sous le numéro 275, et dont les mentions concordent avec celles portées sur les quatre extraits d'acte de naissance susmentionnés. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir qu'en se fondant sur la circonstance que les actes d'état-civil produits n'étaient pas suffisamment probants pour établir son identité, le ministre, qui n'a procédé à aucune vérification auprès d'un service de lutte contre la fraude documentaire ni sollicité de levée d'acte auprès des autorités étrangères compétentes, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du ministre de l'intérieur du 12 juillet 2021 et la décision implicite ayant rejeté son recours gracieux doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique que la demande de naturalisation de

Mme B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à ce réexamen dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Masson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur du 12 juillet 2021 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre la décision du 12 juillet 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de naturalisation de Mme B dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Masson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat lui versera la somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Masson et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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