mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200254 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | PERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 janvier 2022, Mme B C, représentée par Me Perrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours courant du jugement à intervenir, ou subsidiairement de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans cette attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen, d'une méconnaissance des articles L. 422-1 et R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste dans l'appréciation du caractère sérieux de ses études ; sa réorientation n'est pas incohérente et elle est en passe d'obtenir sa licence dans les 5 années de son séjour en France, comme le prévoit la circulaire ministérielle du 7 octobre 2008 ;
-méconnaît l'article 8 et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
-n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
-est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;
-méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision fixant le pays de destination :
-n'a pas été signée par une autorité compétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 8 et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le préfet de la
Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Loirat, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Perrot, représentant Mme C, en présence de l'intéressée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante guinéenne née le 7 mai 1995, est entrée en France le 29 août 2017 munie d'un visa de long séjour portant la mention " études " à l'effet de suivre des études en licence 2 sciences de la vie à l'université de Nantes. Elle a obtenu trois cartes de séjour temporaire " études ", valables jusqu'au 30 septembre 2021. Sa demande de renouvellement de ce titre de séjour a été rejetée par un arrêté du 23 novembre 2021 du préfet de la Loire-Atlantique, qui a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 1er septembre 2021, paru au recueils des actes administratifs de la préfecture du lendemain, le préfet de ce département lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de séjour, les obligations de quitter le territoire et les décisions fixant les pays d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit dès lors être écarté comme manquant en fait.
3. En second lieu, l'arrêté litigieux vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle rappelle les conditions d'entrée en France de Mme C et constate qu'elle ne remplit pas les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour mention " études ", sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que, après deux échecs successifs dans la filière suivie de sciences de la vie et une réorientation, elle ne démontre pas le sérieux de son parcours d'études. L'arrêté constate que l'intéressée se trouve placée dans la situation du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant son éloignement du territoire national. Il constate que, Mme C ne justifiant pas avoir en France des liens intenses, anciens et stables et n'établissant pas être dépourvue d'attaches dans son pays, son éloignement ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. L'arrêté indique qu'elle ne justifie pas de circonstances particulières impliquant qu'un délai de départ volontaire de 30 jours serait insuffisant et qu'elle ne justifie pas encourir de risques de mauvais traitements en cas de retour en Guinée, de sorte que son éloignement à destination de ce pays ne méconnaît pas davantage l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté est ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, suffisamment motivé en droit comme en fait.
Sur la légalité du refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. " L'article R. 433-1 du même code prévoit que : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, entrée en France en septembre 2017, n'a validé sa deuxième année de licence des sciences de la vie qu'après sa réinscription au cours de l'année universitaire 2018/2019 après délibération du jury, qu'elle a été ajournée à l'issue de son année de licence 3 en 2019/2020, puis à nouveau ajournée en session 2 lors de sa réinscription en 2020/2021, avec une note de 8,83 sur 20. Au cours de l'année 2020/2021, l'intéressée s'est réorientée en licence 3 gestion des ressources humaines, en alternance auprès du CNAM de Saint-Nazaire. Elle n'a ainsi pas justifié d'une progression suffisante dans ses études et sa réorientation, quand bien même elle aurait été faite après concertation avec les services d'orientation de l'université de Nantes et aurait pour objet de lui permettre à terme d'aborder le management et la gestion de structures sanitaires et sociales, concerne un domaine éloigné de son précédent cursus et sans réelle cohérence avec celui-ci. Dans ces conditions, la requérante, qui ne saurait se prévaloir utilement de la circulaire du 7 octobre 2008 des ministres chargés de l'immigration, de l'intégration, de 1'identité nationale et du développement solidaire ainsi que de 1'enseignement supérieur et de la recherche, laquelle ne comporte pas de lignes directrices, n'établit pas que le préfet de la Loire-Atlantique aurait en refusant de renouveler son titre de séjour " études ", entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation ou commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
6. En second lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales étant sans incidence sur l'appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies, qui conditionnent le renouvellement de la carte de séjour temporaire d'étudiant ainsi qu'il a été dit au point 4, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour méconnaîtrait ces stipulations est inopérant. Pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :
7. En premier lieu, il résulte des points 2 à 6 que l'illégalité de la décision de refus de lui délivrer un titre de séjour n'est pas établie. Mme C n'est, par suite, pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire.
8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
9. Mme C est entrée en France le 28 septembre 2017 afin de poursuivre des études. Les titres de séjour qu'elle a obtenus en qualité d'étudiante ne lui donnaient pas vocation à s'établir durablement en France et, ainsi qu'il a été dit précédemment, elle ne justifie pas du caractère sérieux de ses études. Elle est célibataire, sans enfant à charge et si elle se prévaut de la présence en France d'un frère et d'une sœur, résidant respectivement à Montpellier et à Tours, elle ne justifie pas de liens personnels ou familiaux intenses, anciens et stables en France, ni n'établit être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de Mme C, et bien qu'elle ait exercé un emploi à temps partiel à compter de l'année 2019 et se soit investie au sein de l'association des étudiants guinéens de Nantes, la décision d'éloignement attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Elle ne méconnaît pas, dès lors, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
10. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera en tout état de cause écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Perrot et au préfet de la
Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Simon, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.
La présidente-rapporteure,
C. LOIRAT
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
E. GAUTHIER La greffière,
S. LEGEAY
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026