jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200285 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP PIGEAU CONTE MURILLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 janvier 2022, Mme C B E, représentée par Me Aucher, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter, sans délai, le territoire, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois, suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder, sous la même astreinte, à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, en application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit faire l'objet d'une motivation en droit et en fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle justifie de circonstances humanitaires ;
- elle est illégale à raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés pour Mme B E ne sont pas fondés.
Mme B E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 4 avril 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, qui se déclare ressortissante congolaise née le 15 mars 2001, a sollicité, le 16 octobre 2019, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 17 décembre 2021, le préfet de la Sarthe a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligée à quitter, sans délai, le territoire français, tout en lui interdisant le retour sur ce territoire, pour une durée de douze mois, et en fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "
3. En vertu de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : /1° Les documents justifiants de son état civil ; /2° Les documents justifiants de sa nationalité ; /3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. /La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () "
4. En vertu de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ", aux termes duquel : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
5. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Sarthe s'est fondé sur la circonstance qu'il avait été fait usage de documents d'état civil établis sous une autre identité, la consultation du fichier Visabio ayant révélé que Mme B était connue sous l'identité de Mme D, ressortissante angolaise née le 15 mars 1992 et s'était vu délivrer, sous cette identité, un visa de court séjour par les autorités portugaises valable du 2 septembre au 16 octobre 2016. Il a, en conséquence, retenu pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité que Mme B ne justifiait pas de son identité, ni de sa minorité lors de son placement à l'aide sociale à l'enfance. Toutefois, il est constant que la police aux frontières n'a décelé aucune contrefaçon ou falsification s'agissant de l'ensemble des documents d'état civil produits par la requérante, à savoir un jugement supplétif d'acte de naissance assorti d'un certificat de non-appel, un acte de naissance et une copie intégrale de cet acte de naissance. En dehors des résultats de la consultation du fichier Visabio, le préfet ne se prévaut d'aucun élément de nature à mettre en doute l'authenticité et notamment la régularité formelle, de ces documents d'état civil. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que le 22 janvier 2020, Mme B s'est vu délivrer un passeport par les autorités congolaises dont les mentions sont conformes aux actes d'état civil qu'elle produit. Enfin il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'évaluation établi le 17 mars 2017 lors de sa prise en charge par les services du département de la Sarthe, qu'à son arrivée sur le territoire français, le physique et le comportement de Mme B correspondaient à l'âge de 16 ans déclaré et mentionné sur l'attestation de naissance en sa possession et qu'il ne faisait aucun doute sur sa minorité. Il ressort, en outre, des éléments produits que cette prise en charge en tant que mineure isolée s'est poursuivie sans difficulté, un contrat jeune majeur ayant ensuite été conclu avec le département et qu'aucune discordance n'a été constatée entre l'attitude de Mme B et l'âge déclaré dont il était justifié par les actes d'état civil en sa possession. Ainsi, aucun élément au dossier ne permet de considérer que Mme B serait de nationalité angolaise et était âgée de 25 ans à son arrivée en France, et ne vient corroborer l'avis émis par l'autorité consulaire française en Angola dans le courriel dont se prévaut le préfet. Par suite, contrairement à ce qu'a estimé le préfet, les résultats de la consultation du fichier Visabio s'ils constituent des indices d'usage de faux documents pour obtenir un visa et entrer sur le territoire européen, ne sont pas de nature à remettre en cause l'authenticité des documents d'état civil produits et par suite l'identité de la requérante. Mme B est dès lors, fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de faire droit à sa demande au motif que son identité et sa minorité lors de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance n'était pas établie.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, et par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter, sans délai, le territoire, interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la Sarthe procède au réexamen de la demande de Mme B. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'intéressé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de celui-ci, au bénéfice du conseil de la requérante, la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté attaqué est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de procéder au réexamen de la demande de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera au conseil de Mme B la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B E, au préfet de la Sarthe et à Me Aucher.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 mars 2023.
La rapporteure,
Y. A
Le président,
T. GIRAUD
La greffière,
C. GENTILS
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026