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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200290

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200290

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I, Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 janvier 2022, le 14 février 2022, le 13 juin 2022 et le 30 juin 2022, M. E A et Mme B D, représentés par Me Bourgeois, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 31 août 2021 des autorités consulaires françaises à Oran refusant de délivrer à M. A un visa de court séjour en vue de son mariage en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa de court séjour sollicité, ou à défaut de réexaminer la demande de visa, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent :

- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 6§2 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mai 2022 et le 17 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de contester la décision du ministre de l'intérieur du 2 mai 2022 maintenant le refus de délivrance d'un visa de court séjour suite à l'ordonnance du 29 mars 2022 par laquelle le tribunal a suspendu la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée peut être fondée sur un autre motif, tiré de l'absence de ressources suffisantes du demandeur de visa pour le financement de son séjour en France.

II, Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro 2206303 le 13 mai 2022 et le 30 juin 2022, M. A et Mme D, représentés par Me Bourgeois, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 2 mai 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a réexaminé et rejeté la demande de visa de court séjour présentée par M. A en vue de se marier en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai de cinq jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai ou d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision du ministre de l'intérieur est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'autorité de chose jugée par le juge des référés ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait au regard des relations entre les intéressés et de leur intention matrimoniale ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Thullier, substituant Me Bourgeois, avocat de M. A et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1.M. E A, né le 26 mai 1994, de nationalité algérienne, a sollicité auprès de l'autorité consulaire française à Alger la délivrance d'un visa de court séjour en vue de se marier à une ressortissante française, Mme B D, née le 3 octobre 1974. Sa demande a été rejetée par l'autorité consulaire française le 31 août 2021. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision en date du 9 décembre 2021, rejeté le recours formé contre cette décision de refus consulaire. Par la requête n°2200290, Mme D et M. A demandent l'annulation de cette décision de la commission de recours. Par une ordonnance du 29 mars 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a suspendu l'exécution de cette décision du 9 décembre 2021 et a enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de cette demande de visa. En exécution de cette ordonnance, le ministre de l'intérieur a procédé au réexamen de la demande de visa de M. A, qu'il a de nouveau rejetée par une décision du 2 mai 2022. Par la requête n° 2206303, M. A et Mme D demandent au tribunal d'annuler cette décision du ministre de l'intérieur.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2200290 et 2206303 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 9 décembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3.En premier lieu, aux termes de la décision attaquée, qui se réfère aux dispositions des articles 21 et 32 du règlement (CE) n°810/2009 établissant un code communautaire des visas, ainsi que aux stipulations de l'accord franco-algérien et aux articles L. 311-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour rejeter la demande de visa présentée par M. A, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires, M. A étant âgé de 27 ans, étudiant en 2020/2021 et souhaitant se marier en France sans présenter d'éléments convaincants notamment sur ses revenus personnels réguliers ou sur d'éventuels intérêts de nature matérielle ou familiale dans son pays de résidence, susceptibles d'assurer des garanties de retour suffisantes. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de cette motivation, que la situation de l'intéressé n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux. Ce moyen droit être écarté.

4.En deuxième lieu, il ressort des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien qu'elles régissent les modalités de délivrance aux ressortissants algériens, mariés avec un ressortissant de nationalité française, d'un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, ces stipulations ne sont pas applicables aux décisions qui, comme la décision attaquée, ont pour objet de refuser la délivrance d'un visa de court séjour et d'entrée en France. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit donc être écarté comme inopérant.

5.En troisième lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ".

6.Les requérants font état de leur projet de mariage en France. Toutefois, d'une part, il n'est pas établi par les pièces du dossier, notamment les passeports des intéressés et quelques attestations succinctes de proches, que ceux-ci se seraient effectivement rencontrés avant le 2 novembre 2021. D'autre part, alors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment des échanges par messages entre les intéressés, que le projet de M. A est bien une installation durable sur le territoire français aux côtés de Mme D, les requérants ne justifient pas par les seuls éléments qu'ils produisent que M. A, sans emploi, disposerait d'attaches professionnelles, familiales ou personnelles dans son pays de résidence, susceptibles de constituer des garanties de retour à l'expiration du visa de court séjour sollicité. Dans ces conditions, en fondant sa décision sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires, la commission de recours n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

7.En dernier lieu, les requérants n'établissent pas que Mme D serait dans l'impossibilité de se rendre en Algérie, ni que les autorités algériennes s'opposeraient à la célébration de leur mariage. Dans ces conditions, et alors que le droit au mariage n'inclut pas la possibilité pour les époux de choisir le lieu ou la date de célébration, le moyen tiré de ce que la décision contestée porterait atteinte à leur liberté de se marier doit être écarté. En outre, compte tenu de ce qui précède, eu égard à l'objet du visa de court séjour sollicité, alors que le projet des intéressés est une installation durable en France du demandeur de visa, ils ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait, eu égard au motif pour lequel elle a été prise, une atteinte disproportionnée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 et 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

13.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ni d'examiner la demande de substitution de motifs sollicitée par le ministre de l'intérieur, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision de la commission de recours.

En ce qui concerne la décision du 2 mai 2022 du ministre de l'intérieur :

7.La décision du 2 mai 2022, prise par le ministre de l'intérieur en exécution de l'ordonnance du 29 mars 2022 du juge des référés du présent tribunal par laquelle a été suspendue l'exécution de la décision de la commission de recours en date du 9 décembre 2021, n'avait vocation à régir la situation de M. A quant à sa demande de visa que jusqu'à l'intervention du présent jugement. Ce jugement rejetant les conclusions tendant à l'annulation de cette décision de la commission de recours, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions des requérants à fin d'annulation de la décision du 2 mai 2022, qui est réputée avoir disparu de l'ordonnancement juridique.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8.Le présent jugement n'implique eu égard à ses motifs aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions des requérants à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9.Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme à la charge de l'Etat au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n°2200290 de M. A et Mme D doit être rejetée.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête n°2206303 de M. A et de Mme D.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n°2206303 de M. A et de Mme D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Mme B D, à Me Bourgeois et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La rapporteure,

S. C

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2200290 et 2206303

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