lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200292 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | ASSADOLLAHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 janvier 2022 et le 3 mai 2022, M. F G et Mme C E épouse G, représentés par Me Assadollahi, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions du 25 juillet 2021 de l'ambassade de France à Téhéran refusant de leur délivrer, ainsi qu'à leurs filles A G et B G des visas de long séjour en qualité de visiteurs ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen des demandes de visa dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur le motif tiré de l'absence d'informations complètes et fiables sur leurs conditions de séjour en France ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet des visas sollicités à des fins de maintien illégal sur le territoire français ;
- le motif tiré de l'absence de production de certificats d'inscription des enfants dans un établissement scolaire français méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration et est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
- le motif tiré de l'absence de production d'une attestation d'assurance maladie pour la durée du séjour est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée peut être également fondée sur un autre motif tiré de l'absence de production d'un justificatif d'inscription scolaire pour les enfants en France et de justificatifs d'assurance maladie couvrant la totalité du séjour envisagé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1.M. G et Mme E G, ressortissants iraniens, nés le 11 avril 1984 et le 4 décembre 1984, ont sollicité pour eux-mêmes et leurs deux filles mineures, nées respectivement le 22 décembre 2013 et le 9 mars 2016, la délivrance de visas de long séjour en qualité de visiteurs auprès des autorités consulaires françaises à Téhéran. Par des décisions du 25 juillet 2021, ces autorités ont refusé de faire droit à ces demandes. Par une décision du 24 novembre 2021, dont M. et Mme G demandent au tribunal l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° () des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs, d'une part, à l'objet et aux conditions de son séjour et, d'autre part, s'il y a lieu, à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement () ".
3.Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer à M. et Mme G et à leurs deux filles des visas de long séjour portant la mention visiteur, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de ce que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour, s'agissant notamment du financement du séjour et de la scolarisation des enfants mineurs en France, sont incomplètes et ne sont pas fiables, et de ce que dans ces conditions, et compte tenu de la situation personnelle des intéressés, il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins de maintien illégal en France.
4. En premier lieu, l'administration peut, indépendamment d'autres motifs de rejet tels que la menace pour l'ordre public, refuser la délivrance d'un visa de long séjour, en cas de risque avéré de détournement de son objet, lorsqu'elle établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l'étranger en France. Elle peut à ce titre opposer un refus à une demande de visa de court séjour en se fondant sur l'existence d'un risque avéré de détournement du visa à des fins migratoires. En revanche, un tel motif n'est pas de nature à justifier un refus de visa de long séjour en qualité de visiteur, qui permet de séjourner en France pendant une durée supérieure à trois mois et de solliciter, le cas échéant, avant l'expiration de la durée du visa, la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, dans l'hypothèse où le motif de la demande d'un visa de long séjour visiteur est de s'installer durablement en France, ce visa peut être refusé si l'administration établit que l'étranger n'est manifestement pas susceptible de remplir les conditions lui permettant d'obtenir le titre de séjour qui lui sera nécessaire après la période couverte par le visa.
5. Il résulte de ce qui précède qu'en fondant sa décision de refus sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins d'établissement durable en France, alors que les visas sollicités étaient, en l'espèce, des visas de long séjour en qualité de visiteur, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur de droit.
6.En second lieu, d'une part, pour justifier du financement de leur séjour en France, les requérants produisent un relevé de compte bancaire présentant un solde créditeur de 485 660 euros. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette somme ne serait pas effectivement disponible. M. et Mme G justifient également de la propriété de sept appartements à Téhéran, dont quatre sont en location, ainsi qu'être locataires d'un appartement situé à Paris. D'autre part, s'il est constant que les requérants n'ont pas produit au soutien des demandes de visas de certificat d'inscription scolaire en France de leur fille aînée, qui a dépassé l'âge de la scolarisation obligatoire, ils ont néanmoins produit un certificat de scolarisation de l'enfant à l'école française de Téhéran, ainsi qu'une attestation sur l'honneur de procéder à leur arrivée sur le territoire à cette inscription scolaire en France, pour laquelle ils justifient avoir déjà engagé des démarches. Par conséquent, le motif tiré de ce que les informations communiquées par les requérants pour justifier du financement de leur séjour en France et de la scolarisation de leurs filles en France n'étaient pas fiables ou incomplètes, est entachée d'une erreur d'appréciation.
7. Toutefois, l'administration peut en première instance faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Pour établir que la décision attaquée était légale, le ministre de l'intérieur fait valoir que les requérants n'ont pas produit au soutien de leurs demandes de visas des certificats d'assurance maladie pour la totalité de la durée de leur séjour en France, ni des certificats d'inscription scolaire pour leurs filles dans un établissement situé en France. Mais, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, et dès lors que les requérants ont effectivement produit des certificats d'assurance pour les frais médicaux et hospitaliers susceptibles d'être engagés sur la durée de leur séjour, il n'y a pas lieu de faire droit à cette demande de substitution de motifs.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Le présent jugement implique nécessairement eu égard à ses motifs qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 24 novembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à M. F G, à Mme C E épouse G, à Baran G et à Janan G des visas de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme G une somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F G, à Mme C E épouse G et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
La rapporteure,
S. D
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°220029
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026