lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200311 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | SADOUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 janvier 2022 et le 2 mai 2022, Mme C D veuve A, représentée par Me Sadoun, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 13 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 18 juillet 2021 des autorités consulaires françaises à Alger refusant de lui délivrer un visa dit de retour ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la commission de recours se soit réunie et qu'elle ait été régulièrement composée ;
- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a pu voyager à destination de la France en raison de la crise sanitaire ; en effet, elle se trouve dans l'impossibilité de voyager seule pour raisons de santé et son fils qui l'accompagne habituellement lors de ses voyages n'a pas pu se rendre en Algérie avant l'expiration de son titre de séjour compte tenu des restrictions liées à l'épidémie de Covid-19 ;
- elle est également entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'objet et les conditions de son séjour en France sont complètes et fiables ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Sadoun, avocat de Mme C D veuve A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D veuve A, ressortissante algérienne, née le 5 septembre 1948, a sollicité la délivrance d'un visa dit de retour auprès des autorités consulaires françaises à Alger. Par une décision du 18 juillet 2021, ces autorités ont refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 13 novembre 2021, dont Mme D veuve A demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa présentée par Mme D veuve A, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, l'intéressée n'étant titulaire d'aucun droit au séjour à la date de sa demande de visa, elle ne pouvait utilement solliciter la délivrance d'un visa dit de retour, d'autre part, compte tenu de sa situation personnelle, et alors que l'intéressée est retournée en Algérie de sa propre initiative le 29 novembre 2019, qu'elle n'a manifesté le souhait de rentrer en France que le 31 janvier 2021 et qu'elle n'est pas empêchée de solliciter un autre type de visa, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il est constant que Mme D veuve A est entrée en France au cours de l'année 2013. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a obtenu la délivrance de deux certificats de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", le premier d'entre eux valable sur la période du 3 septembre 2016 au 2 septembre 2017, le second valable sur la période du 14 octobre 2019 au 13 octobre 2020. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme D veuve A est atteinte de diabète de type II, de troubles cognitifs et comportementaux majeurs et d'un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80%. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante fait l'objet d'un suivi médical en France et qu'elle est prise en charge au quotidien par son fils, de nationalité française, chez qui elle a élu domicile depuis son entrée sur le territoire français. S'il n'est pas contesté que Mme D veuve A a quitté la France pour se rendre en Algérie le 29 novembre 2019 et que la durée de validité de son dernier certificat de résidence algérien était expirée à la date du dépôt de sa demande de visa, soit le 31 janvier 2021, elle établit, notamment au regard des pièces médicales versées aux débats, qu'elle est dans l'impossibilité de voyager seule et qu'elle a dû attendre que son fils puisse se rendre en Algérie pour l'accompagner lors de son retour en France. Elle apporte la preuve que ce dernier a effectué des démarches vis-à-vis des autorités algériennes en France dès le mois d'août 2020 pour les alerter sur cette situation et que, malgré ces démarches, il n'a pas pu voyager à destination de ce pays avant le mois de janvier 2021. Enfin, Mme D veuve A, âgée de 73 ans à la date de la décision attaquée, démontre que son second fils qui réside en Algérie est dans l'impossibilité de la prendre en charge dès lors qu'il est atteint d'une incapacité permanente partielle de 75%. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, en refusant de délivrer à Mme D veuve A le visa sollicité, la commission recours a porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D veuve A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme D veuve A d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France, née le 13 novembre 2021, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme D veuve A un visa de retour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme D veuve A une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D veuve A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Sarda, premier conseiller,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le rapporteur,
M. B
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2200311
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026