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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200316

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200316

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 janvier 2022 et le 16 juin 2022, Mme C A B, représentée par Me Régent, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 25 mars 2021 de l'ambassade de France au Kenya de délivrer à Ashkal Mohamed D et Abdullahi Mohamed D des visas de long séjour en qualité de membres de famille de réfugiée ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de leur délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen des demandes de visas dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation compte tenu du décès du père des demandeurs de visas et au regard du lien familial entre ceux-ci et elle-même, établi par les documents d'état civil produits comme par possession d'état ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle des intéressés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée peut être également fondée sur un autre motif tiré de l'absence de production d'un jugement de délégation de l'autorité parentale du père biologique des enfants au bénéfice exclusif de la réunifiante.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Régent, avocate de Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante somalienne, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 février 2017. Ashkal Mohamed D et Abdullahi Mohamed D, qu'elle présente comme ses enfants, ont déposé le 16 octobre 2019 des demandes de visas de long séjour auprès des autorités consulaires françaises à Nairobi, en qualité de membres de famille de réfugiée. Par une décision du 25 mars 2021, ces autorités ont refusé de leur délivrer les visas sollicités. Par une décision du 29 juillet 2021, dont Mme A B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée, qui se réfère aux articles L. 311-1, et L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que, pour rejeter les demandes de visas de long séjour présentées par Abdullahi Mohamed D et Ashkal Mohamed D, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'après vérification in situ par les autorités consulaires, il s'avère que le certificat de décès de M. F D, conjoint déclaré à l'OFPRA en 2016 lors de la demande d'asile puis indiqué comme disparu en 2013 lors de la réunification familiale, produit à l'appui des demandes de visas, n'est pas authentique, de sorte que la production de ce certificat au dossier relève d'une intention frauduleuse. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de cette motivation, que les demandes de visas n'auraient pas l'objet d'un examen complet et sérieux. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ". Aux termes de l'article L. 434-4 du même code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ". Ainsi, il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, auxquelles l'article L. 561-4 renvoie expressément, que l'enfant du réfugié dont l'autre parent ne sollicite pas en même temps que lui un visa de long séjour sur le fondement des dispositions du 1° ou du 2° de cet article a droit à la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale pourvu que soient remplies les conditions fixées par les articles L. 434-3 ou L. 434-4. Il s'ensuit que l'enfant, mineur de dix-huit ans, souhaitant rejoindre son parent réfugié sans son autre parent, bénéficie de plein droit de la délivrance d'un visa de long séjour soit lorsque son autre parent est décédé ou déchu de l'autorité parentale, soit s'il a été confié à son parent réfugié ou au conjoint de ce dernier en exécution d'une décision d'une juridiction étrangère et est muni de l'autorisation de son autre parent.

5. Pour justifier du décès de M. F D, a été produit par la requérante un certificat de décès établi par les autorités kenyanes le 24 octobre 2010 sous le numéro 349573. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la demande de levée d'acte formulée par les autorités consulaires françaises, les services de l'état civil kenyans à Nairobi ont confirmé que ce certificat de décès est inauthentique. La requérante produit également une attestation de décès établie par l'ambassade de Somalie à Nairobi le 20 octobre 2010, faisant état du décès à Nairobi le 16 octobre 2010 de M. F D. Toutefois, cette attestation dressée dans un anglais approximatif, et sur les seules déclarations de membres de la famille de Mohamed D G est insuffisante, compte tenu de la production d'un acte d'état civil kényan manifestement frauduleux, pour établir la réalité de ce décès. Si la requérante produit une attestation d'un des fils allégués de M. F D G faisant état du décès de ce dernier, celle-ci est dépourvue de caractère probant, dès lors notamment que le lien de filiation entre les intéressés n'est pas établi. Si, au soutien de son mémoire en réplique, la requérante verse également aux débats un document émanant du tribunal de premier grade de Galkacyo de la région de Mudug, rendu le 21 avril 2021 par l'Etat du Puntland, selon lequel le frère de M. F D G lui confierait l'exercice de l'autorité parentale à l'égard de ses fils, ce document ne présente pas de garanties d'authenticité. En outre, il ressort des pièces du dossier que lors du dépôt de sa demande d'asile, Mme A B n'a pas déclaré son divorce avec M. F D G intervenu le 20 avril 2009, mais a sollicité un certificat de mariage qui lui a été délivré par le directeur de l'OFPRA le 9 avril 2016, et la requérante n'a informé l'OFPRA de ce divorce qu'en 2017. En outre, elle n'a pas non plus déclaré le décès de M. F D lors du dépôt le 10 janvier 2022 de sa demande de réunification familiale, alors qu'elle déclare dans sa requête en avoir été informée dès 2019. Par suite, en se fondant sur le motif précédemment exposé, la commission de recours n'a entaché sa décision d'aucune illégalité.

6. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les demandeurs de visas seraient isolés, et en l'absence d'éléments sur les relations que la réunifiante entretiendrait à la date de la décision attaquée avec eux, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée au regard de ses conséquences sur la situation personnelle des intéressés doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motifs sollicitée par le ministre de l'intérieur en défense, que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles qui sont présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à Me Régent, et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Beyls, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La rapporteure,

S. E

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200316

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