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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200325

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200325

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAH-FAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 janvier, 3 août et 27 septembre 2022, Mme C née D, représentée par Me Ah-Fah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2021 du préfet de la Loire-Atlantique en tant qu'il a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 10 décembre 2021 est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration, en tant qu'il retire quatre mois après son édiction l'arrêté du 28 juin 2021 ;

l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas établi que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ayant émis l'avis relatif à son état de santé a délibéré collégialement avant d'émettre l'avis médical et que ces médecins étaient spécialisés sur la zone géographique comportant la république du Congo ; que l'avis est insuffisamment motivé, dès lors notamment qu'il ne se prononce pas sur la durée prévisible de son traitement ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 511-4, 10°, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il existe un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'elle puisse y avoir accès, compte tenu de son absence de ressources financières.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juillet et 17 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Ah-Fah, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante congolaise, née le 29 octobre 1953, est entrée irrégulièrement en France le 23 mai 2019, selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 1er septembre 2020 du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par une décision du 28 juin 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré. A la suite du recours gracieux formé par l'intéressée le 30 août 2021, le préfet a, par un arrêté du 10 décembre 2021, retiré la décision du 28 juin 2021 et rejeté, à nouveau, sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme C demande l'annulation de cet arrêté en tant seulement qu'il porte refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de renvoi.

2. En premier lieu, la circonstance que l'article 1er de l'arrêté attaqué du 10 décembre 2021 retire l'arrêté du 28 juin 2021, plus de quatre mois après son édiction, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration est sans incidence sur la légalité des décisions contestées, dès lors que ce retrait ne constitue pas la base légale de ces dernières, qui n'en sont pas non plus des mesures d'application.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. L'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". De plus, aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. () ". Aux termes de son article R. 425-13 du même code : " () Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Enfin l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Le préfet de la Loire-Atlantique produit l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration relatif à l'état de santé de la requérante, établi le 2 mars 2021. D'une part, cet avis est conforme au modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016 et la circonstance qu'il ne se réfère pas à une documentation en matière de traitement du diabète au Congo ou ne mentionne pas la durée prévisible du traitement ne l'entache pas, en tout état de cause, d'un défaut de motivation. A cet égard, en effet, dès lors que le collège médical de l'OFII avait estimé que la requérante pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'elle pouvait voyager sans risque, il n'était pas nécessaire pour l'information du préfet de préciser la durée du traitement en cause. En outre, aucune disposition n'impose que les médecins du collège de l'OFII soient spécialisés dans la zone géographique concernée.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de trois médecins du service médical de l'OFII a été rendu par les trois praticiens, docteurs en médecine, que mentionne cet avis et sur le rapport d'un autre médecin. Il comporte les mentions " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " qui établissent, sauf preuve contraire non rapportée, le caractère collégial de cet avis. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de l'avis du 2 mars 2021 doit être écarté, en toutes ses branches.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

8. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 2 mars 2021 selon lequel l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de santé dans son pays d'origine elle pouvait y bénéficier effectivement du traitement approprié et pouvait voyager sans risque.

10. La requérante fait valoir que les soins que nécessite le diabète de type II dont elle souffre ne sont pas accessibles en République du Congo, notamment du fait de leur coût. Il ressort toutefois des pièces produites par l'administration que les traitements que l'état de santé de Mme C nécessite sont disponibles dans son pays d'origine et qu'elle peut y bénéficier d'aides publiques pour se soigner dans le cadre du régime d'assurance maladie du Congo. Par suite, compte tenu également de l'avis du collège des médecins de l'OFII concernant la possibilité d'un traitement de l'affection de l'intéressée dans son pays d'origine et de la valeur probante qui s'y attache, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. La requérante ne résidait en France que depuis trois années, à la date de la décision attaquée. Si deux de ses filles résident en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine, où elle a vécu la plus grande partie de sa vie et où habitent un de ses enfants et trois de ses frères et sœurs. Il n'est donc pas établi contrairement à ce qu'elle allègue qu'elle aurait fixé le centre de ses intérêts familiaux en France, alors même qu'elle aurait tissé des liens dans ce pays avec certains de ses petits-enfants. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, l'intéressée peut, de plus, effectivement bénéficier dans son pays d'origine des traitements appropriés à son état de santé. Ainsi, l'arrêté attaqué ne porte pas au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il poursuit et ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C née D, à Me Ah-Fah et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Catroux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

X. B

Le président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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