jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Président 5 |
| Avocat requérant | DAZIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 janvier 2022, M. D C, représenté par Me Dazin, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Afghanistan comme pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence dans la commune de Cholet pendant une durée de six mois, subsidiairement, de réduire la fréquence de pointage au commissariat à une fois par mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :
- la compétence de sa signataire n'est pas démontrée ;
- il n'a pas été condamné à une interdiction du territoire français ; il a purgé sa peine ; depuis sa libération en 2018, il a réussi sa réinsertion ; il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée et dispose de revenus stables ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il n'était pas tenu par la décision de l'Ofpra de lui retirer le bénéfice de la protection subsidiaire ; il devait tenir compte de la situation actuelle en Afghanistan et de son récit de vie ; en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à un risque de mort ou à tout le moins à des traitements inhumains et dégradants prohibés par les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; ainsi son éloignement ne saurait être ordonné sans porter une atteinte manifestement disproportionnée à son droit à la vie ;
Sur l'arrêté portant assignation à résidence :
- la compétence de son signataire n'est pas démontrée ;
- dès lors qu'il conteste l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, l'arrêté d'assignation à résidence est dépourvu de base légale ;
- il n'existe pas de perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement ;
- l'obligation qui lui est faite de pointer quotidiennement au commissariat de police de Cholet n'est pas justifiée dès lors qu'il n'a aucune raison de quitter la France ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- subsidiairement, la fréquence de ce pointage doit être ramenée à une fois par mois.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par décision du 30 mars 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant afghan né le 1er janvier 1991, est entré en France en janvier 2016 et y a obtenu, le 29 juillet 2016, le bénéfice de la protection subsidiaire. En conséquence, il s'est vu délivrer, en application des dispositions alors inscrites à l'article L. 313-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "vie privée et familiale". Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 11 septembre 2019 mais le préfet de Maine-et-Loire, par un arrêté du 17 octobre 2019, a refusé de faire droit à cette demande. Par décision du 29 juin 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a mis fin à la protection subsidiaire accordée à M. C. Par un arrêté du 7 décembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, désigné l'Afghanistan comme pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois à l'encontre de l'intéressé. Par un second arrêté du 10 janvier 2022, ce même préfet a assigné à résidence M. C dans la commune de Cholet pendant une durée de six mois. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté attaqué du 7 décembre 2021 :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E A, directrice de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 30 août 2021, régulièrement publié, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à Mme A à l'effet de signer, notamment, les obligations de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de renvoi et les interdictions de retour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné, par un jugement du 26 juillet 2018 devenu définitif du tribunal correctionnel d'Angers, à un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis, pour des faits d'agression sexuelle imposée à une mineure de quinze ans. L'Ofpra a considéré, après avoir entendu l'intéressé, qu'il existait des raisons sérieuses de penser que l'activité de M. C sur le territoire français constituait une menace grave et actuelle pour l'ordre public et la sécurité publique au sens de l'article L. 512-2, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'en conséquence, il y a avait lieu de mettre fin à la protection subsidiaire dont bénéficiait le requérant en application de l'article L. 512-3, 2ème alinéa, 3° dudit code.
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
5. Pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé sur les dispositions citées au point 4 et a estimé que le comportement de l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public. Les faits à l'origine de sa condamnation, même s'ils apparaissent isolés, sont d'une particulière gravité puisqu'ils ont consisté en une agression à caractère sexuel sur une adolescente âgée de 13 ans et demi et ne sont pas anciens dès lors qu'ils ont été commis en juin 2018. Dans ces conditions, alors même que M. C est inséré professionnellement et n'a pas fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français, le motif tiré de la menace pour l'ordre public que représente sa présence en France n'apparaît pas entaché d'erreur d'appréciation.
6. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point précédent, M. C, qui ne justifie pas disposer d'attache familiale ou amicale en France, n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, le requérant soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il risque de subir des persécutions prohibées par les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors, d'une part, qu'une partie de sa famille est décédée du fait des conflits l'opposant à sa belle-famille et, d'autre part, que la situation politique actuelle qui prévaut en Afghanistan rend particulièrement dangereux tout retour dans ce pays. Toutefois, en admettant de regarder ce moyen comme étant dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi et non pas contre les autres décisions contenues dans l'arrêté attaqué, les allégations à caractère général et le récit de vie versé au dossier par M. C, selon lequel celui-ci a quitté l'Afghanistan depuis mars 2012, ne suffisent pas à établir que l'intéressé encourrait actuellement des risques le visant personnellement en cas de retour en Afghanistan. Le moyen doit, par suite, être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 7 décembre 2021.
En ce qui concerne l'arrêté attaqué du 10 janvier 2022 :
9. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture de Maine-et-Loire. Il ressort des pièces du dossier que M. F a reçu du préfet de Maine-et-Loire délégation pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A, directrice de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture, notamment les décisions portant assignation à résidence, aux termes de l'arrêté portant délégation de signature du 21 décembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 décembre 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.
10. En deuxième lieu, la circonstance que M. C attaque, par la présente requête, la décision l'obligeant à quitter le territoire français est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de l'assignation à résidence litigieuse.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". L'article L. 732-4 du même code prévoit que : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. () ".
12. L'assignation à résidence, qui est une mesure alternative au placement en rétention dans des locaux administratifs ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, a pour but de permettre à l'administration de s'assurer de la personne obligée de quitter le territoire français, de vérifier qu'elle prend des dispositions en vue de son départ, de prévenir le risque de fuite, comme de permettre, le cas échéant, l'exécution forcée de cette mesure d'éloignement. Mesure par nature restrictive de la liberté d'aller et de venir, cette restriction formant son objet même, les modalités contraignantes dont elle est assortie doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées aux objectifs ainsi poursuivis.
13. M. C fait valoir que, dès lors qu'il conteste l'obligation de quitter le territoire français, il n'existe pas de perspective raisonnable d'exécution de cette mesure d'éloignement. Il résulte toutefois des dispositions citées au point 11 que cette absence de perspective raisonnable constitue précisément l'une des conditions permettant le prononcé d'une assignation à résidence d'une durée maximale de six mois. Le requérant ne peut donc utilement s'en prévaloir.
14. En quatrième lieu, M. C soutient que les modalités de son assignation sont disproportionnées au regard de sa situation dès lors qu'il n'a aucun intérêt de quitter la France. Toutefois, le fait qu'il ne veuille pas être éloigné du territoire français ne suffit pas à établir qu'en lui imposant un pointage quotidien au commissariat de police de Cholet, à l'exception des samedis, dimanches et jours fériés, afin de faire constater qu'il respecte son assignation à résidence à Cholet, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 10 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais liés au litige :
16. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence. De même, la demande présentée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, ne peut, dès lors que ce dernier n'est pas partie perdante dans la présente instance, qu'être rejetée.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Dazin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
L. B La greffière,
V. MALINGRE La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire
en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026