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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200349

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200349

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 janvier 2022 et le 21 mars 2023, M. A E, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. E soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision de rejet est disproportionnée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, M. E ayant fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et réussi son insertion professionnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle mentionne une condamnation ancienne ayant donné lieu à une réhabilitation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 février 2023 et le 24 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain, demande au tribunal d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 3 mars 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne avait déclaré irrecevable sa demande d'acquisition de la nationalité française, et y a substitué une décision de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, par une décision du 1er juillet 2021, publiée au Journal officiel de la République française le 4 juillet 2021, M. B, nommé directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité par décret du 19 mai 2021, publié au Journal officiel de la République française du lendemain, a accordé à Mme C D, attachée principale d'administration de l'État, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant de ses attributions au sein des bureaux des naturalisations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire manque en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de la situation de M. E.

5. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte toutes les circonstances de l'affaire, y compris celles qui ont été examinées pour statuer sur la recevabilité de la demande, ainsi que les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

6. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de M. E, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés de ce qu'il n'avait pas établi en France de manière pérenne l'ensemble de ses attaches familiales, de ce qu'il s'était soustrait au paiement de l'amende de 300 euros à laquelle il avait été condamné en 2003 par le tribunal correctionnel de Toulouse et de ce que l'intéressé avait fait l'objet d'une procédure pour mise en danger d'autrui le 7 janvier 2015 à Blagnac.

7. En premier lieu, il est constant que l'épouse de M. E résidait au Maroc à la date de la décision attaquée. En outre, M. E n'a pas sollicité de regroupement familial la concernant, alors même que le couple est marié depuis 2012. Si le requérant soutient qu'il n'existe pas de communauté d'intérêt avec son épouse, qu'il n'a pas de relation avec elle et ne dispose pas des ressources pour l'accueillir, il n'établit pas pour autant que les liens entre eux seraient rompus. Dès lors, il ne peut être regardé comme ayant fixé en France l'ensemble de ses attaches familiales, en dépit des circonstances selon lesquelles plusieurs membres de sa famille résident en France et ont la nationalité française. Dans ces conditions, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, le ministre a pu, pour ce motif, rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de M. E sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. La circonstance selon laquelle M. E se déclare intégré sur le plan professionnel est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, et ce eu égard aux motifs sur lesquels elle se fonde.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E ne s'était, à la date de la décision attaquée, pas acquitté du paiement d'une amende de 300 euros à laquelle il avait été condamné en 2003 par le tribunal correctionnel de Toulouse. Si le requérant fait valoir que la condamnation à l'origine de cette amende est ancienne et a donné lieu à une réhabilitation pénale, le ministre pouvait néanmoins se fonder sur le défaut de paiement de cette amende, toujours inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé. Il en résulte que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit sur ce point.

10. En troisième lieu, il ressort également des pièces du dossier que M. E a fait l'objet d'une procédure pour mise en danger d'autrui par violation manifestement délibérée d'une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence le 7 janvier 2015 à Blagnac. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été condamné à l'issue de cette procédure, le ministre pouvait néanmoins prendre en compte ces faits, qui n'étaient ni anciens à la date de la décision attaquée, ni dénués de gravité. Par suite, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, le ministre a pu, également pour ce motif, rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de M. E sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Sadek et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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