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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200383

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200383

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantZABAD-BUSTANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2022, M. D C, représenté par Me Zabad Bustani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif formé contre la décision du préfet du Rhône du 2 mars 2021 ayant ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et a confirmé cet ajournement ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il n'est justifié de la compétence ni du signataire de la décision préfectorale, ni de celui de la décision ministérielle ;

- les décisions préfectorale et ministérielle sont entachées d'une insuffisance de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article 49 du décret du 30décembre 1993 et des dispositions de l'article 27 du code civil ;

- la décision ministérielle attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il fait preuve d'une insertion exemplaire en France, pays dans lequel il réside depuis l'année 2014 ; il bénéficie du statut de réfugié, maîtrise la langue française, adhère aux valeurs de la République, est salarié en qualité d'agent logistique depuis le 1er mars 2021 à la faveur d'un contrat à durée indéterminée et a créé sa propre entreprise ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a pleinement réalisé son insertion professionnelle, est salarié en qualité d'agent logistique depuis le 1er mars 2021 à la faveur d'un contrat à durée indéterminée, perçoit une rémunération mensuelle brute de 1 555 euros et a créé sa propre entreprise ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des circulaires du 12 mai 2000, du 16 octobre 2012 et du 21 juin 2013 ; son parcours aurait dû être apprécié dans sa globalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle de la section administrative du tribunal judiciaire de Lyon du 12 novembre 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 2 mars 2021, le préfet du Rhône a ajourné à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. C, ressortissant syrien. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire formé le 19 avril 2021, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 3 août 2021, qui s'est substituée à la décision du préfet du Rhône, rejeté ce recours et confirmé l'ajournement à deux ans. M. C demande l'annulation de la décision ministérielle du 3 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 45 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours ".

3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision du ministre en date du 3 août 2021 s'est substituée à la décision explicite du préfet du Rhône du 2 mars 2021. Dès lors, les moyens de la requête sont inopérants en tant qu'ils sont dirigés contre cette décision.

4. En premier lieu, par une décision du 1er juillet 2021, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 4 juillet 2021, M. A, nommé directeur de de la direction de l'intégration et de l'accès à la nationalité française par un décret du 19 mai 2021, publié au Journal officiel de la République française du 20 mai 2021, a accordé à M. B, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : "'Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée'". Il ressort des termes de la décision ministérielle attaquée du 3 août 2021, qui vise les articles 45 et 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, que, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. C, le ministre de l'intérieur, qui n'avait pas à énoncer l'ensemble des éléments qu'il a pris en considération mais uniquement ceux sur lesquels il a entendu fonder sa décision, s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'examen du parcours professionnel de ce dernier, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ainsi que le caractère récent de son emploi d'agent logistique ne permettent pas de considérer qu'il a réalisé pleinement son insertion professionnelle. Ainsi, la décision attaquée mentionne de manière suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Par ailleurs, aux termes de l'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En application de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant. Il peut également légalement prendre en compte le degré de l'insertion professionnelle du postulant ainsi que son degré d'autonomie matérielle.

7. Il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement des avis d'imposition de M. C sur les revenus des années 2017, 2018 et 2019 que ce dernier a bénéficié d'un revenu fiscal de référence nul sur ces trois années. Il en ressort également, et notamment des attestations de paiement de la caisse d'allocations familiales du Rhône produites par le ministre, d'une part, que M. C a bénéficié, avec sa conjointe, de l'aide personnalisée au logement, d'allocations familiales avec conditions de ressources, du complément familial et du revenu de solidarité active à compter du 1er juin 2016 et jusqu'au mois de novembre 2020 et, d'autre part, qu'il a la charge de quatre enfants dont un mineur. Enfin, si le requérant se prévaut de la création d'une entreprise de fabrication de menuiseries et fermetures en aluminium le 1er août 2020 et d'un contrat de travail à durée indéterminée qu'il a signé le 1er mars 2021 en qualité d'agent logistique, d'une part, il n'établit pas que son activité d'autoentrepreneur lui aurait permis de dégager un revenu, et d'autre part, la conclusion de son contrat de travail présentait un caractère récent à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, eu égard à l'absence de revenu fiscal du requérant en 2017, 2018 et 2019 ainsi qu'au caractère récent de son dernier contrat de travail, et compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre a pu légalement, et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de fait, ajourner pour une brève durée de deux ans la demande de naturalisation de M. C pour le motif exposé au point 5 du présent jugement.

8. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 12 mai 2000 des ministres de l'intérieur et de l'emploi et de la solidarité, relative aux naturalisations, dont il résulte des dispositions de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration qu'elle a été abrogée à compter du 1er juillet 2018. En tout état de cause, les énonciations de cette circulaire, comme celles du 16 octobre 2012 et du 21 juin 2013, également invoquées par le requérant, ne constituent pas des lignes directrices dont il peut utilement se prévaloir devant le juge. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En dernier lieu, les circonstances invoquées par le requérant et relatives à son intégration en France sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ainsi que, par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Zabad Bustani.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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