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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200442

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200442

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2022, Mme A D, représentée par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a maintenu l'obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet le 13 mars 2019 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision confirmant l'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen actualisé de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante géorgienne née en 1977, est entrée en France en 2017 et a sollicité la reconnaissance du statut de réfugiée. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 janvier 2019. Par un arrêté du

13 mars 2019, le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Mme D a présenté plusieurs demandes tendant à la régularisation de sa situation administrative et a dernièrement sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès du préfet de la Vendée. Par une décision du 31 mars 2021, dont Mme D demande l'annulation, le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a rappelé le caractère exécutoire de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 13 mars 2019.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée. Par un arrêté du 15 janvier 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de ce département a donné à Mme B délégation à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, notamment ceux relatifs à l'éloignement des étrangers () relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vendée ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision vise les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de fait sur lesquels elle se fonde, notamment la circonstance que la présentation d'une promesse d'embauche n'est pas suffisante pour permettre la régularisation de la situation de l'intéressée et qu'elle ne fait pas état de motifs exceptionnels au regard de sa vie privée et familiale, précisant que Mme D est présente en France depuis trois ans. Par suite, la décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée. Il résulte de cette motivation que le préfet de la Vendée a procédé à un examen de la situation particulière de Mme D, y compris au regard de sa vie privée et familiale.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article

L. 313-10 sur le fondement du troisième alinéa de cet article peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 311-7 () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'un titre de séjour portant la mention " salariée " ou " travailleuse temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, une demandeuse qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardée, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étrangère ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel elle postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont elle ferait état à l'appui de sa demande, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. En l'espèce, Mme D se prévaut d'une promesse d'embauche, de l'état de santé de son époux, M. C, de la présence en France de leur fils, âgé de douze ans à la date de la décision attaquée et scolarisé en France depuis 2018, et des risques qu'elle encourrait personnellement en cas de retour en Géorgie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, d'une part, aucun obstacle ne s'oppose à ce que son fils soit scolarisé dans leur pays d'origine, où il a vécu avec ses parents jusqu'en 2017. De même, Mme D ne peut se prévaloir des craintes qu'elle encourrait personnellement en cas de retour en Géorgie, du fait de la présence de son ancien mari qui risque de l'attaquer, dès lors que la décision attaquée n'a pas pour objet de l'éloigner vers ce pays. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de l'état de santé de son mari, en produisant plusieurs compte-rendu de consultation, ordonnances et certificats médicaux, ces documents ne concernent pas la requérante et, en tout état de cause, ne suffisent pas à établir l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. D'autre part, la seule production d'une promesse d'embauche en contrat à durée déterminée de six mois auprès de la société " Le Triskell " en 2019, et d'une promesse d'embauche en contrat à durée déterminée de six mois, postérieure à la décision attaquée, ne suffit pas à justifier d'une insertion professionnelle durable en France. Enfin, si elle soutient être bénévole au sein d'une épicerie sociale, ces éléments, bien que démontrant une réelle volonté d'insertion de la requérante et de sa famille dans la société française, sont insuffisants à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Vendée a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître lesdites dispositions, refuser de délivrer un titre de séjour à Mme D.

7. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

8. Eu égard à ce qui a été exposé au point 6 du présent jugement, la décision portant refus de titre de séjour ne porte pas au droit de Mme D une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît donc ni les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, la décision attaquée de refus de délivrance d'un titre de séjour n'entraîne pas la séparation de la requérante de son enfant. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui précède, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 31 mars 2021 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la légalité de la décision confirmant l'obligation de quitter le territoire français :

11. Il ressort des termes de la décision du 31 mars 2021 que le préfet de la Vendée s'est borné à rappeler l'existence de l'arrêté du 13 mars 2019 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, précédemment opposé à Mme D. Ce simple rappel ne constitue pas une nouvelle décision d'éloignement, mais une décision confirmative insusceptible de recours. Par suite, dès lors que la mesure d'éloignement du 13 mars 2019 est devenue définitive, les conclusions dirigées contre la décision en rappelant l'existence sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Neraudau et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.

La rapporteuse,

M. E

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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