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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200452

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200452

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 janvier 2022 et le 23 septembre 2022, Mme F E veuve D, représentée par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard, et à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure quant aux conditions dans lesquelles le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu son avis ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée par l'avis de l'OFII ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme E veuve D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F E veuve D, ressortissante de nationalité russe, née le 1er juin 1953, déclare être entrée une première fois en France le 15 février 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 septembre 2015 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 mai 2016. Le 16 août 2016, l'intéressée a fait l'objet d'une mesure d'éloignement qui a été abrogée le 18 août 2016. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 15 juin 2017, un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français lui a été opposé. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 14 novembre 2017 et il a été enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme F E veuve D. Un refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement a été pris à son encontre le 20 décembre 2018. Elle a quitté la France pour retourner dans son pays d'origine et a sollicité la délivrance d'un visa, qui lui a été refusé. La requérante a fait l'objet d'un refus d'entrée sur le territoire français et d'un maintien en zone d'attente à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle le 25 décembre 2019 et a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 30 décembre 2019. Par un arrêté du 6 janvier 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui avait fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Par un jugement du 6 juillet 2020, le tribunal administratif de Nantes a annulé cet arrêté et enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'intéressée. Mme F E veuve D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, codifiés depuis le 1er mai 2021 à l'article L.425-9 du même code. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 3 décembre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme F E veuve D demande au tribunal d'annuler cet arrêté. Elle a été admise en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est, dès lors, sans objet.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de fait et de droit qui la fondent. Le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut donc qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée (). "

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme, soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par le collège de médecins.

6. Le préfet de la Loire-Atlantique produit en défense l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) relatif à l'état de santé de la requérante, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du 19 mai 2021 a été rendu par trois médecins. Par ailleurs, il est établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical concernant la requérante n'était pas au nombre des médecins formant ce collège. Enfin, les documents ainsi produits mentionnent que le collège des médecins de l'OFII a émis cet avis " après en avoir délibéré ". Cette mention fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la requérante ne rapporte pas. Dès lors, Mme F E veuve D n'est pas fondée à soutenir que l'avis du 19 mai 2021 aurait été émis dans des conditions irrégulières.

7. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut également refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

8. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme E veuve D, le préfet de la Loire-Atlantique s'est en particulier fondé, comme il lui était loisible de le faire sans méconnaître sa compétence d'appréciation, sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 19 mai 2021 selon lequel, si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, bénéficier d'un traitement approprié dans ce pays. Il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce des dossiers que le préfet se serait estimé lié par cet avis et aurait ainsi méconnu l'étendue de sa propre compétence. Par suite, Mme E veuve D n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit.

9. Mme E veuve D se borne à faire valoir, comme l'a retenu le collège de médecins de l'OFII, qu'elle présente une pathologie nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais soutient, en outre, qu'elle ne pourra pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Russie. Si elle verse aux débats un avis de l'Agence régionale de santé des Pays de la Loire établi le 25 janvier 2017 indiquant qu'il n'existe pas de traitement approprié dans son pays d'origine, ce document précise toutefois que les soins nécessités par l'état de santé de l'intéressée doivent être poursuivis uniquement pour une durée d'un an. Elle ne produit par ailleurs aucun autre document permettant d'établir ses propos, alors qu'outre dans l'avis du 19 mai 2021, un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avait déjà estimé, dans un avis du 1er juillet 2018, que la requérante peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Les pièces médicales présentées par l'intéressé révèlent les pathologies dont elle est affectée. Toutefois, en se bornant à présenter un article de presse relatif à l'incidence de la guerre engagée par la Russie contre l'Ukraine en 2022 sur le prix des fournitures médicales en Russie, la requérante ne saurait être regardée comme établissant que n'existent pas en Russie des possibilités de traitement approprié de son état de santé. Les éléments produits par le préfet établissent, en revanche, que ces possibilités existent en Russie. Il en résulte que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme E veuve D.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme E veuve D soutient qu'elle est présente en France depuis six ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'après être entrée une première fois en France le 15 février 2015, elle est retournée dans son pays d'origine en 2018 et a fait l'objet, le 25 décembre 2019, d'un refus d'entrée sur le territoire et d'un maintien en zone d'attente à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Ainsi, contrairement à ce que soutient Mme E veuve D, sa présence n'est pas continue sur le territoire français depuis 2015 et sa dernière entrée sur le territoire ne date que de décembre 2019, ce qui est très récent au regard de la date de la décision attaquée. La délivrance d'un visa lui avait, d'ailleurs, entretemps été refusée par l'autorité consulaire française à Moscou. Si elle fait valoir le séjour régulier en France de son fils, de sa belle-fille et de leurs enfants, elle n'établit pas la réalité et l'intensité de leurs relations par la seule production d'une attestation de domiciliation, au demeurant rédigée postérieurement à la décision attaquée, et indiquant que la requérante est hébergée depuis le 12 décembre 2017 avec son fils et sa belle-fille dans un appartement sur le territoire de la commune de Rezé. Au demeurant, la seule circonstance que ces membres de la famille de la requérante soient établis en France n'est en elle-même pas de nature à ouvrir à la requérante un droit au séjour en France, alors que deux autres de ses enfants résident ailleurs qu'en France, en Russie, où elle a vécu de manière habituelle pendant plus de soixante ans et où elle ne justifie pas d'une impossibilité de poursuivre son existence, quand bien même elle est veuve. Elle ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française. Elle ne justifie pas être isolée en cas de retour dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie, où elle est retournée en 2018 et où elle a nécessairement conservé des attaches culturelles et linguistiques. Dans ces conditions, Mme E veuve D n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 31 août 2021, publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

13. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, que Mme E veuve D invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

15. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

16. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement qu'en décidant d'obliger l'intéressée à quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 du présent jugement, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une incompétence du signataire de l'acte.

18. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, que Mme E veuve D invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

19. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L.721-4 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Mme E veuve D, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte aucun élément probant permettant d'établir qu'elle encourrait, en cas de retour dans son pays, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'elle y serait exposée à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu ces stipulations et dispositions en fixant le pays de destination.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme E veuve D aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E veuve D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E veuve D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Floch.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

J. DIONISLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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