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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200536

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200536

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantSELARL TOLLINCHI'S LAW FIRM

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022, M. E A B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France au Pérou refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'étudiant ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de faire procéder au réexamen de la demande de visa dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision consulaire a été prise par une autorité incompétente, faute de délégation de signature régulière et de pouvoir identifier son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie suivre un enseignement en France et disposer de moyens d'existence suffisants pour suivre sa scolarité en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la cohérence et du sérieux de son projet d'études.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

II. Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022, Mme C A B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France au Pérou refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'étudiante ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de faire procéder au réexamen de la demande de visa dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire a été prise par une autorité incompétente, faute de délégation de signature régulière et de pouvoir identifier son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie suivre un enseignement en France et disposer de moyens d'existence suffisants pour suivre sa scolarité en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la cohérence et du sérieux de son projet d'études.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par la requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique du 27 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2200536 et 2200556 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. E A B et Mme C A B, ressortissants péruviens nés respectivement les 10 avril 2001 et 20 août 2003, ont demandé la délivrance de visas de long séjour en qualité d'étudiant et d'étudiante à l'ambassade de France au Pérou. Cette autorité a rejeté leur demande le 9 août 2021. Ils ont saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours contre les décisions consulaires, dont il a été accusé réception le 16 septembre 2021. M. et Mme A B demandent au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence de la commission, laquelle s'est substituée aux décisions consulaires.

3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision de cette commission s'est substituée aux décisions de l'ambassade de France au Pérou. En conséquence, les moyens dirigés contre les décisions consulaires, au nombre desquels figurent l'incompétence, l'insuffisance de motivation et l'erreur de fait doivent être écartés comme inopérants.

4. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissent la délivrance du titre de séjour portant la mention " étudiant " et ne peuvent par conséquent être utilement invoquées à l'appui de conclusions tendant à l'annulation d'une décision rejetant la demande tendant à la délivrance de visas d'entrée en France.

5. En dernier lieu, le point 2.1 de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études ", indique notamment : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France. ". Cette même instruction, en son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire ", indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

6. Il ressort des écritures produites en défense que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée, pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre des décisions consulaires, sur le motif tiré de ce qu'il existait un risque de détournement de l'objet du visa.

7. Il est constant que M. et Mme A B se sont tous deux inscrits au sein du centre universitaire d'études françaises de l'université Côte d'Azur en vue de valider un diplôme universitaire d'études françaises attestant d'un niveau A1 en français. Les requérants expliquent vouloir consolider leurs acquis en langue française nécessaires à leurs projets professionnels respectifs, l'un pour devenir coiffeur-barbier et l'autre esthéticienne. Le ministre de l'intérieur fait, toutefois, valoir en défense que les projets d'études ne sont pas cohérents avec ceux déclarés au cours de leur entretien avec le service de coopération et d'action culturelle, lequel a par ailleurs relevé leur imprécision. A ce titre, les intéressés n'apportent aucun élément de nature à étayer la cohérence ou le sérieux de leur projet professionnel alors qu'ils ont déclaré lors de la procédure administrative vouloir travailler dans le secteur de l'interprétariat et du tourisme. Dans ces conditions, l'administration pouvait légalement retenir que les requérants entendent mener un projet d'installation d'une autre nature que leur projet d'études sur le territoire français. Par suite, M. et Mme A B ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B, à Mme C A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Desimon, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteuse,

M. D

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2200556

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