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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200559

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200559

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022, Mme A C née B, représentée par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant la réalité de sa prise en charge par son fils et son absence de ressources propres ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guilloteau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 27 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C née B, ressortissante tunisienne, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'ascendante à charge de M. C, ressortissant français, auprès de l'autorité consulaire française à Tunis, laquelle a rejeté sa demande. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision du 10 novembre 2021, dont la requérante demande au tribunal l'annulation.

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne notamment qu'elle est fondée sur les articles L. 311-1 et suivants et L. 423-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les premiers sont relatifs aux dispositions communes aux conditions d'admission des étrangers sur le territoire français et les seconds concernent les titres de séjour délivrés à l'étranger parent à charge d'un ressortissant français et de son conjoint, et se rattachent ainsi à la demande de visa objet de présent litige, dont l'obtention conditionne la délivrance dudit titre de séjour. La circonstance que la décision attaquée ne mentionne pas expressément l'article L. 312-2, et qu'elle se réfère à l'article L. 426-20 du même code relatif à la carte de séjour visiteur, ne permet pas de la considérer comme étant dépourvue de base légale. Par ailleurs, aucune disposition légale ou réglementaire ne venant préciser les conditions de délivrance du visa de long séjour sollicité en qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, il ne saurait être reproché à la décision attaquée de ne pas mentionner les dispositions du code spécifiquement applicables au visa sollicité. Il ne ressort enfin pas de la motivation de la décision que la commission se serait inscrite dans un cadre d'examen inapproprié du recours. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne, outre les dispositions du code mentionnées au point précédent, qu'elle se fonde sur les motifs tirés, d'une part, de ce que Mme C ne prouve pas être sans ressources ni être bénéficiaire de virements financiers consistants et réguliers depuis une période significative de la part de ses fils qui résident en France, des ordres de virement ne constituant pas à eux seuls des garanties suffisantes de la réalité du versement des fonds et, d'autre part, de ce que qu'elle n'envisage pas de s'installer de manière continue et sur la durée en France. Elle ajoute enfin qu'il n'est pas établi que sa famille résidant en France ne pourrait lui rendre visite dans son pays de résidence. Cette décision, qui n'a pas à faire état de l'ensemble des éléments avancés par les demandeurs, est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, lorsqu'elle est saisie d'un recours tendant à la délivrance d'un visa de long séjour au bénéfice d'un ressortissant étranger qui fait état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

5. La requérante soutient que son fils assume financièrement sa charge depuis plusieurs années et produit des ordres de virement annuels émis par ce dernier en sa faveur, dont le premier remonte à 2015, pour des montants compris entre 3 000 et 4 000 euros par an entre 2015 et 2019, 7 000 euros en 2020 et 4 300 euros en 2021. Toutefois, aucun document, tel qu'un extrait de relevé de compte ou d'opération n'a été produit pour démontrer l'effectivité de ces virements. En outre, la requérante ne démontre pas, en se bornant à soutenir qu'elle n'est plus en âge de travailler, qu'elle serait dépourvue de ressources propres en Tunisie. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier que Mme C née B a été mise en possession, le 19 octobre 2020, d'un visa de court séjour à entrées multiples valable jusqu'au 18 octobre 2021, délivré en qualité d'ascendante non à charge. Ledit visa a été renouvelé postérieurement à la décision attaquée, le 8 décembre 2021. Dans ces conditions, la commission de recours a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de visa au motif que Mme C née B ne pouvait être regardée comme étant à la charge de son descendant français, faute d'établir qu'elle serait dépourvue de ressources propres et que son fils pourvoirait régulièrement à ses besoins.

6. En revanche, le motif tiré de ce que la demanderesse de visa n'envisagerait pas de s'installer de manière continue et sur la durée en France au vu des déclarations de son fils n'est pas de nature à fonder légalement la décision attaquée, aucune disposition ne faisant obstacle à ce que le détenteur d'une carte de résident en qualité d'ascendant à charge puisse se rendre à l'étranger et notamment dans son pays d'origine.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée est fondée sur un motif légal et sur un motif illégal. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif légal, tiré de ce qu'il n'est pas établi que la demanderesse de visa serait à la charge effective de son fils français.

8. En dernier lieu, dès lors notamment qu'ainsi qu'il a été dit au point 5, Mme C née B a été régulièrement mise en possession de visas de court séjour à entrées multiples lui permettant de séjourner en France, et qu'il n'est ni démontré ni même allégué que ses enfants présents en France ne pourraient venir lui rendre visite en Tunisie, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Sa requête ne peut donc qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C née B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C née B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Desimon, conseiller,

M. Guilloteau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

T. GUILLOTEAU

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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