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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200584

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200584

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDOUMBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire ampliatif enregistrés les 14 et 27 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Doumbe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-1 précité et de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le gouvernement de la république française et le gouvernement de la république du Sénégal signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de M. A, requérant.

Une note en délibéré, présentée par M. A, a été enregistrée le 20 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 18 mai 1986, est entré en France le 11 juillet 2021 muni d'un visa Schengen valable du 10 juillet au 10 août 2021. Le 10 septembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 10 décembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas fait droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 7 septembre 2021, publié le 9 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles de l'accord franco-sénégalais et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, les éléments concernant la situation personnelle de M. A, notamment son mariage au Sénégal le 20 août 2019 et l'absence de visa de long séjour ainsi que les éléments concernant ses attaches au Sénégal. Dans ces conditions, il comprend les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen attentif et complet de la situation personnelle de M. A.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 de la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le gouvernement de la république française et le gouvernement de la république du Sénégal : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants sénégalais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour () ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de s'établir sur le territoire de l'autre Etat sans y exercer une activité lucrative doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier de la possession de moyens d'existence suffisants ". Aux termes de l'article 10 de cette convention : " Pour tout séjour sur le territoire français devant excéder trois mois, les ressortissants sénégalais doivent posséder un titre de séjour. () ". Aux termes de l'article 13 de cette même convention : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. Il est constant que M. A s'est marié avec Mme C, ressortissante française, le 20 août 2019 au Sénégal, que ce mariage a été transcrit le 15 avril 2021 sur les registres de l'état civil français par le consul de France à Dakar et qu'il est entré en France le 11 juillet 2021 sous couvert d'un visa de court séjour portant la mention " famille de Français ". M. A soutient que le préfet de Maine-et-Loire a fait une application sévère des dispositions précitées en lui opposant la possession d'un visa de long séjour sans s'interroger sur les causes de la délivrance d'un visa de court séjour et non d'un visa de long séjour. Toutefois, alors qu'il n'a pas contesté la délivrance d'un simple visa de court séjour par le consul général de France à Dakar et qu'il ne remplit pas les conditions permettant d'être exonéré de la possession d'un visa de long séjour posée à l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire a méconnu l'article 4 de l'accord franco-sénégalais et l'article L. 423-1 de ce code ni commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant refus de séjour.

8. En sixième lieu, M. A ne peut se prévaloir que d'une vie commune récente, depuis juillet 2021, en France avec son épouse qui pourra, ainsi qu'elle le fait depuis plusieurs années, se rendre au Sénégal avec son époux dans l'attente de la délivrance à l'intéressé du visa de long séjour exigé. Par ailleurs, il n'a réalisé que des missions ponctuelles d'intérim depuis septembre 2021. Dans ces conditions, M. A, qui a vécu trente-cinq ans au Sénégal où il n'est pas isolé et réside son fils mineur né d'une autre union, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie personnelle et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la motivation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. M. A n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. A, qui n'est pas isolé au Sénégal où pourra le rejoindre son épouse le temps d'obtenir le visa de long séjour exigé, ne justifie pas que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie personnelle et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 décembre 2021. Par suite, sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Doumbe.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La rapporteure,

H. D

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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