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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200661

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200661

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantANGLADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier 2022 et le 18 mai 2022, M. H C G et Mme I B E, agissant en leurs noms et en tant que représentants légaux de Ahmed H C, Alidahir H C et Hodan H C, représentés par Me Anglade, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 27 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 23 juillet 2021 des autorités consulaires françaises au Kenya refusant de délivrer à Mme I B E, Ahmed H C, Alidahir H C et Hodan H C un visa de long séjour en qualité de membres de famille de réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen des demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation ;

- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur d'appréciation, tant au regard des actes d'état civil produits que de la possession d'état ;

- elle est également entachée d'une erreur d'appréciation au regard du caractère partiel de la demande de réunification familiale ;

- elle a été prise en violation des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

M. C G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- et les conclusions de Mme Robert-Nutte, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. H C G, ressortissant somalien, né le 14 juillet 1993, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 septembre 2018. Mme I B E, qu'il présente comme son épouse, D H C, Alidahir H C et Hodan H C, nés respectivement le 28 août 2014, le 15 août 2015 et le 8 avril 2017, qu'il présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises au Kenya, en qualité de membres de famille de réfugié. Par une décision du 23 juillet 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision implicite née le 27 novembre 2021, dont M. C G et Mme B E demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite née le 27 novembre 2021 de cette commission s'est substituée à la décision du 23 juillet 2021 des autorités consulaires françaises au Kenya. Il en résulte que le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision consulaire est inopérant et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants aient demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours. Il suit de là que le moyen tiré de son défaut de motivation est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ". Et aux termes de l'article L. 561-5 : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. Enfin, aux termes de l'article L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". A résulte de ces dispositions que si la réunification familiale doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier, une réunification familiale partielle peut être autorisée à titre dérogatoire si l'intérêt des enfants le justifie.

7. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter les demandes de visas de long séjour présentées par Mme I B E, Ahmed H C, Alidahir H C et Hodan H C, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, les certificats de naissance produits sont dénués de toute force probante, d'autre part, la demande de réunification familiale de M. C G présente un caractère partiel.

En ce qui concerne l'identité d'Ahmed H C, Alidahir H C, Hodan H C et leur lien de filiation avec le réunifiant :

8. Les requérants produisent, pour justifier de l'identité des demandeurs de visas et de leur lien de filiation, des certificats de naissance, établis le 27 juin 2020 par la municipalité de Kismayo, qui mentionnent que Ahmed H C, Alidahir H C et Hodan H C sont nés respectivement le 28 août 2014, le 15 août 2015 et le 8 avril 2017 à Mogadiscio et qui font état de leur lien de filiation avec " Mme I B E " et " M. H C ". Ils produisent également les passeports des demandeurs de visas.

9. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que M. C G a déclaré lors de sa demande d'asile et dans sa fiche familiale de référence, renseignée le 20 juin 2018, que Hodan H C est née en 2016 et que ses trois enfants sont nés à Elashabia, camp situé dans la périphérie de Mogadiscio, ces légères discordances ne suffisent pas à remettre en cause l'identité des demandeurs de visas et leur lien de filiation avec le réunifiant. En outre, si le ministre fait valoir, d'une part, que les certificats de naissance produits ont été établis par la municipalité de Kismayo, ville distance d'environ 410 kilomètres du lieu de naissance des enfants, d'autre part, que ces certificats ne mentionnent pas la date et le lieu de naissance des parents, la date de déclaration de naissance, l'identité et la qualité du déclarant ainsi que l'identité de l'officier d'état civil, il ne précise pas les règles régissant l'état civil somalien qui auraient ce faisant été méconnues. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer les visas sollicités pour le premier motif exposé au point 7.

En ce qui concerne l'identité de Mme I B E :

10. Les requérants produisent, pour justifier de l'identité de la demandeuse de visa, un certificat de naissance, établi le 27 juin 2020 par la municipalité de Kismayo, qui mentionne que Mme I B E est née le 1er janvier 1995 à Mogadiscio. Ils produisent également le passeport de la demandeuse de visa.

11. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que M. C G a déclaré lors de sa demande d'asile et dans sa fiche familiale de référence, renseignée le 20 juin 2018, que Mme I B E est née le 1er janvier 1999, cette discordance ne suffit pas à elle seule à remettre en cause l'identité de la demandeuse de visa. En outre, si le ministre fait valoir, d'une part, que le certificat de naissance produit a été établi par la municipalité de Kismayo, ville distance d'environ 410 kilomètres du lieu de naissance de Mme I B E, d'autre part, que ce certificat ne mentionne pas la date et le lieu de naissance de ses parents, la date de déclaration de naissance, l'identité et la qualité du déclarant ainsi que l'identité de l'officier d'état civil, il ne précise pas les règles régissant l'état civil somalien qui auraient ce faisant été méconnues. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour le premier motif exposé au point 7.

En ce qui concerne le caractère partiel de la demande de réunification familiale :

12. Il est constant qu'aucune demande de visa n'a été présentée par Abdishakur H C, né le 24 mars 2013. Si le réunifiant a déclaré, lors de sa demande d'asile et dans sa fiche familiale de référence, avoir recueilli cet enfant, il ressort des pièces du dossier qu'a été produit, devant les autorités consulaires, un certificat de naissance, établi le 27 juin 2020, soit le même jour que celui des demandeurs de visas, qui mentionne qu'il est issu de l'union entre " Mme I B E " et " H C ". Les requérants n'apportent aucun élément de nature à démontrer que les mentions figurant sur ce certificat de naissance, concernant la filiation maternelle et paternelle de cet enfant, seraient erronées. Ils ne démontrent pas davantage qu'il n'appartiendrait pas à la même cellule familiale et que le caractère partiel de la réunification familiale serait motivé par l'intérêt de leurs enfants. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer les visas sollicités aux motifs que la demande de réunification familiale de M. C G présente un caractère partiel. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

13. En dernier lieu, dès lors que les refus de visas litigieux sont justifiés par la situation de réunification familiale partielle qu'entraînerait l'octroi des visas, la décision attaquée n'a méconnu ni les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C G et Mme B E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C G et Mme B E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H C G, à Mme I B E, à Me Anglade et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. F

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200661

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