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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200668

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200668

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 janvier 2022 et 1er mars 2023, M. E D, représenté par Me Pronost, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le motif erroné tiré du caractère apocryphe des actes d'état civil produits par le requérant, surabondant, peut être neutralisé ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thierry, conseillère,

- et les observations de Me Pronost, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant guinéen né le 25 mai 1986, déclare être entré irrégulièrement en France le 7 juillet 2017. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 12 mars 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par un arrêt du 31 mai 2019 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a alors fait l'objet, par arrêté du 12 janvier 2021, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Toutefois, M. D ayant présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 19 novembre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a, par arrêté du 17 juin 2021, retiré l'arrêté du 12 janvier 2021, rejeté sa demande de titre de séjour, obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décision attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. G B, attaché principal, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié le 18 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration et, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, à M. B, à l'effet de signer un tel arrêté, en toutes les décisions qu'il comporte. Il ne ressort pas du dossier que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Pour refuser d'admettre M. D à titre exceptionnel au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que l'intéressé ne justifiait pas de son état civil dans les conditions prévues par l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, qu'en tout état de cause, il ne faisait état d'aucun motif exceptionnel ou de considérations humanitaires de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du même code.

4. En premier lieux, d'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Ces dispositions, qui ne prévoient pas la délivrance d'un titre de plein droit ni que l'étranger justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels se voit délivrer un titre de séjour, laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. D, qui réside en France depuis à peine quatre ans à la date de la décision attaquée, se prévaut de ses engagements associatifs et des nombreuses relations amicales tissées sur le territoire français. S'il produit, pour en attester, diverses attestations de proches, notamment de personnes retraitées qu'il a côtoyées en raison de son lieu d'hébergement, qui font état des nombreuses qualités humaines de l'intéressé, de son intérêt prononcé pour la découverte de la culture française, de sa maîtrise de la langue française, de ce qu'il a effectué un stage près d'un viticulteur à Ancenis et de son engagement auprès d'associations nantaises, ces pièces ne suffisent toutefois pas, à elle seules, à justifier une particulière intégration sur le territoire ni davantage constituer une considération humanitaire ou un motif exceptionnel de nature à accueillir favorablement sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par ailleurs, il n'est pas contesté qu'il n'est pas dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées en refusant d'admette l'intéressé, à titre exceptionnel, au séjour. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage porté, en prenant la décision attaquée, au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. D invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la vie personnelle de M. D en prenant à son encontre la décision d'éloignement litigieuse.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. La demande d'asile présentée par M. D a été rejetée par des décisions de l'OFPRA et de la CNDA du 12 mars 2018 et du 31 mai 2019. A l'appui de la présente requête, M. D fait valoir qu'il a été victime de violences de son pays d'origine et produit, pour l'établir, une attestation manuscrite de M. A, " chef de quartier ", et une attestation dactylographiée de M. F, chef de poste de police du quartier Aviation, attestant de ce que l'intéressé a été victime de violences physiques et menaces de mort en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, de tels documents, bien qu'ils soient postérieurs à l'arrêt de la CNDA, ne sauraient suffire à établir, notamment au regard des termes dans lesquels ils sont rédigés, la réalité des allégations relatives aux menaces qu'il encourrait pour sa vie et sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Pronost et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

S. THIERRYLe président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ell

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