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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200705

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200705

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 4ème chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2022, M. B F, représenté par Me Philippon, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, dans l'un et l'autre cas dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, de surseoir à statuer jusqu'à ce qu'il soit statué sur le droit au séjour de sa grand-mère, Mme A G et sur la légalité de la décision d'éloignement prise à l'encontre de sa mère, Mme H ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au rétablissement des liaisons terrestres ou aériennes lui permettant d'exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros qui devra être versée à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été signées par une autorité compétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est intervenue en méconnaissance des articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est intervenue en méconnaissance des articles L. 542-1 et R. 351-5 du même code ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;

- cette illégalité prive également de base légale la décision fixant son délai de départ volontaire ; en tout état de cause, il peut bénéficier dans l'attente de son éloignement d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article R. 732-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code, dans leur rédaction applicable jusqu'au 1er mai 2021.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Livenais, magistrat désigné,

-et les observations de Me Philippon, représentant M. F.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 de ce même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. L'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-7, notifiée postérieurement à la décision portant obligation de quitter le territoire français, peut être contestée dans les mêmes conditions. Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine () L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office. Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations.".

2. M. F, ressortissant arménien né en 2002, est entré en France irrégulièrement le 17 octobre 2017, selon ses déclarations, en vue d'y déposer une demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a toutefois rejeté cette demande par décision du 30 avril 2021, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 6 octobre 2021. Cette dernière circonstance a conduit le préfet de la Loire-Atlantique, par arrêté du 31 décembre 2021, à prendre à l'encontre de M. F une décision portant obligation de quitter le territoire français assortie d'une décision fixant son pays de destination. M. F demande au Tribunal d'annuler ces décisions.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

3. L'arrêté litigieux a été signé par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration au sein de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation permanente à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 4° de son article L. 611-1 et son article L. 721-4. Il précise l'identité, la date et le lieu de naissance de M. F et qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et mentionne le rejet définitif de la demande d'asile de ce dernier. Il porte également l'appréciation selon laquelle, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il indique enfin que M. F n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique, qui n'était pas tenu de rappeler des circonstances de fait propres à l'état de santé du requérant dont il n'est ni établi, ni soutenu qu'elles avaient été portées par ce dernier à la connaissance de l'administration, a satisfait à l'exigence de motivation prévue à l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme d'ailleurs aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Est sans incidence, à cet égard, la circonstance que l'arrêté litigieux vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers dont il n'est pas fait application en l'espèce, les fondements légaux précis de la décision litigieuse étant en tout état de cause rappelés dans le corps de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. ". Il ressort de ces dispositions que la circonstance que l'administration aurait failli dans son obligation d'inviter l'intéressé à présenter une demande de titre de séjour à un autre titre que l'asile est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que la méconnaissance du texte invoqué a seulement pour conséquence de rendre inopposable aux demandeurs d'asile, non régulièrement informés, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement et que M. F ne soutient pas, ni même n'allègue, qu'il aurait formé une demande de titre de séjour à laquelle aurait été opposée le délai dont fait état l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fixé en l'espèce par l'article D. 431-7 du même code. Le moyen doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci " et aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ". Il ressort des pièces produites en cours d'instance et notamment du relevé TelemOfpra, que la décision de la CNDA rejetant le recours du requérant a été lue en audience publique le 6 octobre 2021 et notifiée à l'intéressé le 18 octobre 2021 soit antérieurement à la décision attaquée. Par ailleurs, et alors que M. F ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article R. 351-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont trait aux conditions d'examen des demandes d'entrée sur le territoire présentées à la frontière en vue du dépôt d'une demande d'asile, la notification des décisions prises par la Cour nationale du droit d'asile est en principe accompagnée d'une fiche informant le demandeur d'asile du caractère positif ou négatif de la décision le concernant dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. Le moyen tiré de la notification irrégulière de cette décision doit ainsi être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". en outre, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. F, célibataire et sans enfant, ne demeurait en France que depuis quatre ans à la date de la décision attaquée et n'établit pas avoir tissé sur le territoire national des liens personnels d'une particulière intensité. Si l'intéressé se prévaut, il est vrai, de la présence en France de sa grand-mère, de sa mère et de son frère, il ressort des pièces du dossier que son frère et sa grand-mère se sont vus l'un et l'autre refuser le droit au séjour en France et que, par jugement n° 2200745 du 14 novembre 2022, ce tribunal a confirmé la légalité du refus de titre de séjour opposé à la mère de M. F, de sorte qu'à supposer que l'intéressé, majeur, ait vocation à maintenir une cellule familiale avec les membres précités de sa famille, rien ne s'oppose à ce que cette cellule familiale se reconstitue hors de France. Enfin, et en tout état de cause, M. F ne peut utilement exciper de circonstances relatives à son état de santé postérieures à la décision attaquée et dont il n'est au demeurant pas établi qu'elles feraient obstacle à son éloignement vers l'Arménie, pays dans lequel, en dépit du décès de son père et de son grand-père, il ne conteste pas sérieusement avoir conservé des attaches familiales. Dans ces conditions, le requérant ne saurait soutenir qu'il pourrait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que cette circonstance alors qu'au demeurant il n'a pas sollicité de titre de séjour sur ce fondement, ferait obstacle à son éloignement.

9. Par ailleurs, il résulte de ce qui vient d'être dit que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas davantage porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a pas, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire :

11. D'une part, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie eu égard à ce qui précède, le moyen tiré, par voie de conséquence, de l'illégalité de cette décision, que M. F invoque à l'encontre de la décision fixant son délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

12. D'autre part, M. F ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article R. 732-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la délivrance, laissée d'ailleurs à la discrétion du préfet, d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de son éloignement, ces dispositions n'étant applicables qu'aux étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence et M. F ne faisant pas l'objet d'une telle mesure d'assignation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et de sursis à statuer et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Philippon et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Y. ELe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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