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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200706

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200706

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCHAUTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2022 M. D C, représenté par Me Schauten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a refusé un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration du délai qui lui est accordé pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans l'un et l'autre cas dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, le préfet ayant méconnu les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- la décision fixant son pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Livenais, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant brésilien né en 1989, est entré en France, selon ses déclarations, le 12 septembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour et s'est maintenu sur le territoire national à l'issue de la durée de validité de ce visa. Il a présenté le 19 août 2021 une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français. En réponse à cette demande, le préfet de Maine-et-Loire, par arrêté du 21 décembre 2021, a refusé la délivrance de ce titre de séjour, a pris à l'encontre de l'intéressé une décision portant obligation de quitter le territoire français, et a fixé son pays de destination. M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la légalité des décisions attaquées :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, prise au visa, notamment, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique les stipulations conventionnelles ainsi que les dispositions légales sur lesquelles s'est fondé le préfet pour refuser à M. C le titre de séjour sollicité, ainsi que les considérations de fait relatives à la situation de l'intéressé justifiant cette mesure. Elle est, ainsi, suffisamment motivée, le préfet n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressé mais uniquement de celles qui fondent la décision attaquée.

3. En deuxième lieu, l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ".

4. Si les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dont se prévaut la requérante, obligent de manière générale l'administration à inviter tout demandeur à compléter sa demande lorsque celle-ci ne comporte pas toutes les pièces ou informations exigées par les textes législatifs ou réglementaires le préfet n'a pas, par la décision attaquée, refusé de délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français à M. C en raison du caractère incomplet de son dossier mais aux motifs qu'il ne justifiait ni de son entrée régulière sur le territoire français, ni d'une durée de vie commune d'au moins six mois avec son épouse à la date de la décision attaquée. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la copie du passeport du requérant, que, contrairement à ce qu'a relevé le préfet de Maine-et-Loire, M. C satisfait à la condition d'entrée régulière sur le territoire français prévue par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, s'il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a épousé le 19 juin 2021 à Corzé (Maine-et-Loire) Mme B A, ressortissante française, il est constant que ce mariage a été conclu moins de six mois avant la décision attaquée. En outre, les attestations de la main de Mme A ou de membres de la famille ou de l'entourage amical de ce dernier selon lesquelles la vie commune avec M. C aurait débuté au cours du mois de mars 2020 ne permettent pas à elles seules et en l'absence d'autres éléments de preuve d'établir qu'une telle vie commune aurait été effective plus de six mois avant l'intervention de la décision attaquée, M. C produisant au demeurant un courrier de son opérateur téléphonique relatif à son changement d'adresse vers le domicile conjugal d'où il ressort que ce changement d'adresse n'a été effectué qu'au mois de septembre 2021. Ainsi, la condition de durée de la vie commune posée par l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas remplie, c'est à bon droit que le préfet de Maine-et-Loire a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne résidait que depuis trois ans en France à la date de la décision attaquée. En outre, l'intéressé, dont le mariage avec Mme A était, ainsi qu'il vient d'être dit, récent à la date de la décision attaquée et qui ne justifie pas d'une vie commune antérieure, ne peut être regardé comme ayant ainsi établi durablement en France ses intérêts personnels et familiaux, le couple qu'il forme avec son épouse pouvant au demeurant se reconstituer par l'obtention par M. C d'un visa de long séjour lui permettant de s'établir durablement en France. Si, toutefois, M. C compte en France d'autres attaches familiales en la personne de sa mère, qui réside en France sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'en 2026, cette seule circonstance ne permet pas davantage de regarder l'intéressé, majeur, comme ayant en France le centre de sa vie privée et familiale, M. C ne pouvant être regardé comme étant dépourvu d'attaches au Brésil où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Dans ces conditions, et sans qu'y fasse obstacle la bonne intégration de l'intéressé, la décision attaquée, eu égard à son objet, ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette même décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / [] 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour [] ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour [] ".

10. La décision portant obligation de quitter le territoire français contestée a été prise, en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la suite du refus de titre de séjour opposé à M. C. En conséquence, sa motivation se confond avec celle, suffisante ainsi qu'il a été dit plus haut, du refus du titre de séjour dont elle découle nécessairement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit ainsi être écarté.

11. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que M. C invoque à l'encontre de la décision obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

12. En troisième et dernier lieu, et pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 8 du présent jugement, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que M. C invoque à l'encontre de la décision fixant son pays de destination, ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAISL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERG

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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