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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200711

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200711

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200711
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPASTEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022, Mme D A, représentée par Me Pasteur, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de regroupement familial présentée en faveur de ses fils mineurs, B C et E C, ainsi que la décision du 21 décembre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de faire droit à sa demande de regroupement familial ou, à défaut, de réexaminer sa demande de regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- la décision du 30 novembre 2021 est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le maire de sa commune n'a pas été saisi pour avis sur les conditions de ressources et de logement en méconnaissance des dispositions de l'article R. 434-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles n'ont pas été prises à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit, dès lors qu'elle occupe un logement habitable au regard de l'article 2 du décret n°2002-120 du 30 janvier 2002, et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Barès a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née en 1992, titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'au 4 octobre 2030, a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de ses fils B C et E C, nés en 2006 et 2008. Par une décision du 30 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande. Le recours gracieux formé par l'intéressée a été rejeté par une décision du préfet de la Loire-Atlantique en date du 21 décembre 2021. Mme A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur la légalité des décisions attaquées :

2. Aux termes de l'article L 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article R. 434-23 du même code : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement du demandeur du regroupement familial, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. () ". Aux termes de l'article R. 434-5 de ce code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : () / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. () ". Enfin, aux termes de l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dans sa rédaction en vigueur à la date des décisions attaquées : " Le logement doit satisfaire aux conditions suivantes, au regard de la sécurité physique et de la santé des locataires : () / 5. Les réseaux et branchements d'électricité et de gaz et les équipements de chauffage et de production d'eau chaude sont conformes aux normes de sécurité définies par les lois et règlements et sont en bon état d'usage et de fonctionnement ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite des vérifications opérées le 26 octobre 2021 par ses services sur le logement de la requérante, le maire de Saint-Sébastien-sur-Loire (Loire-Atlantique), commune où réside Mme A, a émis un " avis favorable sous réserve de la mise en conformité de la salle de bain ", l'enquêteur ayant précisé à cet égard qu'une lampe de la salle d'eau n'était pas conforme aux normes de sécurité en raison d'une " ampoule découverte ". Toutefois, il ressort des photographies produites par la requérante que l'ampoule découverte se situait au plafond de la salle de bain et n'était donc pas immédiatement accessible. Dans ces conditions, en se fondant sur cette seule non-conformité, laquelle ne révélait pas un risque pour la sécurité des personnes, le préfet de la Loire-Atlantique a entaché les décisions attaquées d'une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les décisions en litige doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au moyen d'annulation retenu au point 3, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'autorisation de regroupement familial sollicitée au bénéfice de ses fils B C et E C soit accordée à Mme A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que

Me Pasteur, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pasteur de la somme de 1 200 euros au titre de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions des 30 novembre et 21 décembre 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique d'accorder à Mme A une autorisation de regroupement familial au bénéfice de ses fils B C et E C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pasteur, avocate de Mme A, la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Pasteur et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. BARÈSLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

No 2200711

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