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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200713

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200713

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLE ROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2022, M. B F C, représenté par Me Le Roy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 3 juin 2021 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de Me Le Roy, une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet remet en cause une décision judiciaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation s'agissant de l'authenticité des actes d'état civil produits ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation au regard des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés pour M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 16 décembre 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Le Roy, avocate du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen né en 2002, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-11 7°, L. 313-15 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 3 juin 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, tout en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

3. En vertu de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : /1° Les documents justifiants de son état civil ; /2° Les documents justifiants de sa nationalité ; /3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. /La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () "

4. En vertu de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ", aux termes duquel : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

5. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. C a présenté un jugement supplétif d'acte de naissance tenant lieu d'acte de naissance rendu le 18 novembre 2020 par le tribunal de première instance de Conakry II (République de Guinée) et la transcription de ce jugement dans les registres de l'état civil de la commune de Dixinn/Conakry établie le 14 décembre 2020. La circonstance que le jugement supplétif a été rendu le lendemain de la saisine du tribunal, lequel a procédé à une enquête à la barre ayant notamment donné lieu à l'audition de deux témoins majeurs, ne suffit pas à établir que ce jugement présenterait un caractère frauduleux. Ainsi que le soutient le requérant, la circonstance que le jugement supplétif ne comporte pas la formule exécutoire prévue à l'article 555 du code de procédure civile guinéen, qui n'est pas applicable à un jugement rendu en matière gracieuse, n'est pas davantage susceptible de révéler un caractère frauduleux à celui-ci. Si les dispositions de l'article 175 du code civil guinéen prévoient, par ailleurs, que les actes d'état civil doivent mentionner les lieux et dates de naissance des parents, leur profession et domicile, il ne résulte pas de ces dispositions qu'elles seraient applicables aux jugements supplétifs régis par l'article 193 de ce code. Le requérant fait, en outre, état d'éléments de nature à établir que le montant du timbre fiscal apposé sur le jugement supplétif n'est pas nécessairement irrégulier au regard des usages en vigueur à la date à laquelle le jugement a été rendu. Enfin, il produit plusieurs documents émanant des autorités consulaires françaises indiquant que contrairement à ce que mentionne l'arrêté attaqué, les services consulaires français ne procèdent pas à la légalisation des documents guinéens et que Mme D était bien habilitée à légaliser les documents d'état civil qu'il produit. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en se fondant sur le caractère apocryphe des actes d'état civil produits et en estimant que son identité et sa minorité lors de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance n'étaient pas établies.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, et par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doivent être annulées.

Sur les conclusions en injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Loire-Atlantique délivre un titre de séjour à M. C. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de délivrer ce titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'intéressée renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de celui-ci, au bénéfice du conseil du requérant, la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué du 3 juin 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer un titre de séjour à M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. C la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Roy.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 mars 2023.

La rapporteure,

Y. A

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Le greffier,

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