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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200715

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200715

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2022, Mme D A, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans l'un et l'autre cas dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle entend reprendre les moyens d'illégalité externe et interne développés au soutien de la demande d'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour avec la même motivation et les mêmes conséquences ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 décembre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A ressortissante angolaise née en 1989, est entrée au Portugal le 15 août 2018, sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 24 août 2018, puis déclare être entrée en France le 25 octobre 2018. Elle a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 20 mai 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 20 mai 2021 a été signé par M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par un arrêté du 1er mars 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe lui a donné délégation à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, saisines juridictionnelles, circulaires, rapports, documents, avis relevant des attributions de l'Etat dans le département " à l'exception de quelques décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les textes dont il fait application, en particulier les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte l'indication des éléments de fait pour lesquels le préfet a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de l'intéressée, en tous ses aspects. Dès lors, l'arrêté est suffisamment motivé, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 412-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ; / () ".

5. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ".

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à la requérante, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur les motifs tirés de ce que, d'une part, elle ne justifiait pas d'un visa de long séjour, et, d'autre part, elle ne démontrait pas disposer de moyens d'existence suffisants.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante serait titulaire d'un visa de long séjour prévu par les dispositions précitées. Dans ces conditions, le préfet, pour ce seul motif, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à l'intéressée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

10. Mme A se prévaut de sa présence en France depuis 2018. Toutefois, ce séjour est récent à la date de la décision attaquée. Célibataire et sans enfant, elle fait valoir la présence en France de sa sœur et de sa mère, laquelle y séjourne régulièrement et est titulaire d'un titre de séjour pour raisons de santé, et de leur relation amicale avec Mme B, qui prend leurs dépenses locatives en charge. L'intéressée produit une lettre de leur mère, faisant état des difficultés rencontrées et de leurs projets. Elle produit des attestations de fonctions bénévoles au sein de l'association " Monsieur C ", ainsi que des attestations de réussite au diplôme universitaire " Accompagnement linguistique et insertion des réfugiés " (DUALIR) en 2020, des attestations de suivi de cours de français émanant du Secours catholique, et enfin des certificats d'inscription pour l'année universitaire 2020-2021, en première année de licence " Economie et gestion " à l'université du Mans. Toutefois, ces éléments ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Sarthe a pu opposer un refus à la demande de titre de séjour présentée par l'intéressée sur ce fondement.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Mme A se prévaut des mêmes éléments que ceux qu'elle a exposés à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à établir qu'elle aurait noué en France des liens suffisamment anciens, stables et intenses, ni à démontrer une insertion socio-professionnelle stable et durable. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, le préfet ait porté, en rejetant sa demande de titre de séjour, à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En sixième et dernier lieu, la circonstance que le préfet de la Sarthe se serait mépris sur la date de dépôt de la demande de titre de séjour de Mme A dans l'arrêté contesté est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, cette date erronée constituant une simple erreur de plume. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait qu'aurait commise le préfet doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, en se bornant à indiquer qu'elle " entend reprendre les moyens d'illégalité externe et interne développés au soutien de la demande d'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour avec la même motivation ", Mme A ne permet pas au tribunal d'apprécier la consistance et la portée des moyens soulevés.

15. En second lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, Mme A n'est pas fondée à exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au préfet de la Sarthe et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le président-rapporteur,

T. GIRAUDL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Y. LE LAY

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

4

ah

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