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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200728

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200728

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSELARL EDEN ROUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 janvier 2022, le 17 mai 2022 et le 14 juin 2022, M. D A C, représentée par Me Mahieu, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née le 13 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 26 août 2021 du consul général de France à Casablanca refusant de lui délivrer un visa de long séjour dit de retour ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son droit au séjour en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de l'incompétence territoriale du tribunal administratif de Nantes pour statuer sur les conclusions de M. A C tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2022 du préfet de la Seine-Maritime et du défaut de moyens dirigés contre cet arrêté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A C, ressortissant marocain né le 1er septembre 1999, était titulaire d'un titre de séjour valide du 30 octobre 2019 au 29 octobre 2020, dont il a déclaré le vol le 19 septembre 2020. Il a alors bénéficié d'un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 19 juillet 2021. Retourné au Maroc le 19 juin 2021, il a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour dit de retour auprès des autorités consulaires françaises à Casablanca, qui ont rejeté sa demande le 26 août 2021. Par une décision implicite née le 13 décembre 2021, dont M. A C demande de l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. Il ressort des pièces du dossier et notamment du mémoire en défense que pour rejeter la demande de visa de M. A C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que celui-ci a obtenu frauduleusement le titre de séjour dont il se prévaut et de ce qu'il ne dispose d'aucun droit au séjour en France.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) () ". Aux termes de l'article L. 312-5 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour () sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage. ". Enfin, aux termes de l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ".

4. Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions l'étranger qui, bien qu'ayant égaré son titre de séjour, produit des pièces établissant la validité de ce titre. En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.

5. M. A C est retourné au Maroc le 19 juin 2021, alors qu'il était titulaire d'un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant n'a sollicité la délivrance d'un visa dit de retour auprès des services consulaires à Casablanca, qu'après l'expiration de la validité de ce récépissé, le 19 août 2021. Ainsi, M. A C ne disposait d'aucun droit au séjour en France à la date de sa demande de visa. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que ce dernier, entré irrégulièrement en France en 2016, a obtenu le 30 octobre 2019 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, sans disposer d'une autorisation de travail de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi. Dans ces conditions, en rejetant cette demande pour le motif précédemment exposé, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En second lieu, compte tenu de ce qui précède, et alors qu'il n'est pas établi que M. A C aurait le centre de ses attaches privées et familiales en France, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. D A C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La rapporteure,

S. B

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200728

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