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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200740

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200740

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET AVOCAJURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2022, M. A E, représenté par Me Darnoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 22 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Kinshasa refusant de délivrer à Amelia Nkusu Nsaka et Ester Adassa Nkusu Nkana un visa de long séjour au titre du regroupement familial, ainsi que celle des autorités consulaires ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 114-5, L. 114-6 et R. 113-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard des actes d'état civil produits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte pas l'exposé de " moyens de droit opérants eu égard au motif qui fonde la décision attaquée " ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant congolais, né le 24 février 1983, a obtenu par une décision du 27 juin 2018 du préfet de l'Ardèche une autorisation de regroupement familial au profit de Amelia Nkusu Nsaka et Ester Adassa Nkusu Nkana, nées respectivement le 19 septembre 2002 et le 13 avril 2004, qu'il présente comme ses enfants. Les autorités consulaires françaises à Kinshasa ont rejeté les demandes de visas de long séjour présentées par Amelia Nkusu Nsaka et Ester Adassa Nkusu Nkana au titre du regroupement familial. Par une décision implicite née le 22 novembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. E demande au tribunal d'annuler cette décision de la commission de recours ainsi que celle des autorités consulaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision des autorités consulaires françaises :

2. L'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite née le 22 novembre 2021 de cette commission s'est substituée à la décision des autorités consulaires françaises à Kinshasa. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours, d'autre part, que les moyens soulevés à l'encontre de la décision consulaire doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour refuser de délivrer à Amelia Nkusu Nsaka et Ester Adassa Nkusu Nkana les visas sollicités, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que leur identité et leur lien de filiation avec le regroupant ne sont pas établis.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision implicite est inopérant et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. () ". Les dispositions précitées n'imposent pas à l'administration d'inviter spontanément un demandeur de visa à produire des pièces de nature à justifier l'objet de sa demande. En outre, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée précédemment rappelée que la commission de recours aurait fondé sa décision sur le caractère incomplet des demandes de visas. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait dû adresser au requérant une demande de pièces ou d'informations complémentaires, en application de ces dispositions, ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient. ". La décision attaquée n'est pas motivée par un vice de forme ou de procédure entachant le recours de M. E et ayant fait obstacle à son examen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 113-6 du code des relations entre le public et l'administration : " En cas de doute sur la validité de la photocopie produite ou envoyée, l'administration peut demander de manière motivée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception la présentation de l'original. La procédure en cours est suspendue jusqu'à la production des pièces originales ". La décision attaquée n'est pas motivée par l'existence d'un doute quant à la validité d'une photocopie produite ou envoyée à l'appui du recours formé par M. E. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 113-6 du code des relations entre le public et l'administration doit également être écarté.

8. En cinquième lien, d'une part, dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien familial entre le demandeur du visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits. En particulier, le caractère apocryphe des actes de naissance produits constitue un motif d'ordre public de nature à justifier le refus de visa.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

En ce qui concerne Ester Adassa Nkusu Nkana :

10. Il ressort des pièces du dossier qu'a été produit, pour justifier de l'identité de Ester Adassa Nkusu Nkana et de son lien de filiation, un jugement supplétif n°RCE.5699/IV, rendu le 10 avril 2019 par le tribunal pour enfants de H, qui mentionne que cet enfant est née le 13 avril 2004 à Kinshasa et qui indique que son père est " M. A E " et que sa mère est " Mme B G ". Sont également produits un acte de naissance n°3923 dressé le 28 juin 2019 en transcription du jugement n°RCE.5699/IV, une copie intégrale d'un acte de naissance n°5844, établi le 10 septembre 2021 en transcription de ce même jugement, et le passeport de l'intéressée délivré le 22 août 2018 par les autorités congolaises.

11. Si le requérant verse une ordonnance n°36680/2021 rendue le 9 septembre 2021 par le président du tribunal de paix de H qui ordonne uniquement à l'officier d'état civil de la commune de Ngaliema de rectifier le nom du comparant inscrit dans l'acte de naissance n°3923, cette pièce ne permet pas à elle seule d'expliquer la coexistence pour la même personne de deux actes de naissance différents, dressés à deux ans d'intervalle et en transcription d'un même jugement supplétif. Compte tenu de cette anomalie, l'identité de la demandeuse de visa et son lien de filiation avec le réunifiant ne peuvent être regardés comme établis par les documents ainsi produits. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour le motif exposé au point 3.

En ce qui concerne Amelia Nkusu Nsaka :

12. Il ressort des pièces du dossier qu'a été produit, pour justifier de l'identité de Amelia Nkusu Nsaka et de son lien de filiation, un jugement supplétif n°RCE.5698/IV, rendu le 10 avril 2019 par le tribunal pour enfants de H, qui mentionne que cet enfant est née le 19 septembre 2002 à Kinshasa et qui indique que son père est " M. A E " et que sa mère est " Mme D F ". Sont également produits un acte de naissance n°3924 dressé le 28 juin 2019 en transcription du jugement n°RCE.5698/IV, une copie intégrale d'un acte de naissance n°5843, établi le 10 septembre 2021 en transcription de ce même jugement, et le passeport de l'intéressée délivré le 22 août 2018 par les autorités congolaises.

13. Si le requérant verse une ordonnance n°36680/2021 rendue le 9 septembre 2021 par le président du tribunal de paix de H qui ordonne uniquement à l'officier d'état civil de la commune de Ngaliema de rectifier le nom du comparant inscrit dans l'acte de naissance n°3924, cette pièce ne permet pas à elle seule d'expliquer la coexistence pour la même personne de deux actes de naissance différents, dressés à deux ans d'intervalle et en transcription d'un même jugement supplétif. Compte tenu de cette anomalie, l'identité de la demandeuse de visa et son lien de filiation avec le réunifiant ne peuvent être regardés comme établis par les documents ainsi produits. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour le motif exposé au point 3.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête en tant qu'elle concerne Amelia Nkusu Nsaka et la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. C

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200740

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