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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200745

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200745

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022, Mme D H, représentée par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ou, à titre infiniment subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au rétablissement des liaisons terrestres, maritimes ou aériennes lui permettant de regagner volontairement son pays d'origine ;

3°) très subsidiairement, de surseoir à statuer dans l'attente que le préfet de la Loire-Atlantique se prononce sur la demande de titre de séjour présentée par sa mère, Mme A F, et que ce Tribunal se prononce sur la légalité de la décision portant éloignement prise à l'encontre de son fils, M. B E ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par une autorité compétente ;

- la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des articles

R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) s'est prononcé au vu d'un rapport médical établi par un médecin qui n'a pas siégé en son sein et qui lui a été transmis en temps utile, que les médecins faisant partie de ce collège ont été régulièrement désignés, ni que l'avis rendu par le collège des médecins était suffisamment motivé pour permettre une décision éclairée ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle peut disposer de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 425-9 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par une autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le délai de départ volontaire ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa situation, au droit au respect de sa vie privée et familiale et au principe de dignité humaine dès lors que la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce que les liaisons terrestres, maritimes et aériennes soient rétablies, n'est pas prévue.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Livenais, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Philippon, représentant Mme H.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D H, ressortissante arménienne née en 1973, est entrée en France, selon ses déclarations, le 30 octobre 2017. Elle a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 23 janvier 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 juin 2019. Mme H, s'étant maintenue sur le territoire national, a sollicité auprès du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auquel s'est substitué, à compter du 1er mai 2021, l'article L. 425-9 du même code. Par un arrêté du 31 décembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, Mme H demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 12 octobre 2021, régulièrement au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". L'article R. 425-12 de ce code dispose que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Aux termes de l'article R. 425-13 : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

4. En outre, selon l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle, à laquelle ne prend pas part le médecin ayant établi le rapport médical préalable. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 août 2021 et de son bordereau de transmission, que le rapport médical a été établi le 31 mai 2021 par le docteur G, qui ne faisait pas partie du collège de médecins composé des docteurs Aranda-Grau, Signol et Wagner, et transmis à ce collège le 1er juin 2021, soit en temps utile afin de permettre à celui-ci de se prononcer sur la situation de l'intéressée.

7. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'OFII concernant Mme H, signé par les trois médecins composant ce collège et régulièrement désignés à cette fin par le directeur général de l'OFII, porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émet l'avis suivant ". Par suite, Mme H n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée de la garantie tirée du débat collégial du collège de médecins de l'OFII qui résulte des dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Enfin, il ressort des termes de l'avis du collège de médecins émis sur la demande de titre de séjour de Mme H qu'il comporte tous les éléments de motivation prévus par les dispositions précitées, nécessaires à l'édiction de l'acte attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le collège de médecins de l'OFII n'aurait pas été régulièrement consulté par le préfet manque en fait et ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que le préfet a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme H au regard des demandes de titre de séjour présentées par l'intéressée avant de prononcer le refus de titre de séjour attaqué.

10. En troisième et dernier lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité en se fondant notamment sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 août 2021 qui a estimé que, si l'état de santé de Mme H nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour l'intéressée des conséquences d'une particulière gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié à son état en Arménie. La requérante ne produit dans le cadre de l'instance aucun document de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII, puis par le préfet de la Loire-Atlantique qui s'est approprié les termes de l'avis de ce collège, relative à la disponibilité effective en Arménie d'un traitement approprié à l'état de santé de Mme H et qui lui serait accessible. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle serait entachée d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par Mme H à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

13. En deuxième lieu, , aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". L'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

14. Mme H soutient que, la décision de la CNDA rejetant définitivement sa demande d'asile ne lui ayant pas été notifiée, le préfet ne pouvait donc prendre à son encontre une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, faute pour la décision de la CNDA de lui être régulièrement opposable. Toutefois, il ressort des pièces versées au dossier par le préfet que l'ordonnance du 28 juin 2019 par laquelle la CNDA rejetant la demande d'asile de l'intéressée lui a été régulièrement notifiée, ainsi qu'en atteste la capture d'écran de l'application " Telemofpra ", le 8 juillet 2019. Ainsi, à la date de l'arrêté litigieux, Mme H ne pouvait plus se prévaloir d'un droit à se maintenir sur le territoire français sur le fondement des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour ces mêmes motifs, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la violation des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés, qui ne s'appliquant qu'aux personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié.

15. En troisième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, Mme H ne justifie pas qu'elle aurait pu bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Si elle soutient également que sa mère, ses deux fils et son frère demeurent sur le territoire français, il ressort des pièces au dossier que l'un de ses deux fils, M. B E, fait l'objet d'une décision d'éloignement dont la légalité a été confirmé par jugement de ce Tribunal n° 2200705 du 14 novembre 2022, que la mère de la requérante fait elle-même l'objet d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 4 février 2022 et qu'à supposer que les autres membres de sa famille ne fassent pas l'objet d'une mesure d'éloignement et que tous les intéressés, majeurs, aient vocation à constituer une même cellule familiale, rien ne s'oppose à ce que la vie familiale de tous les membres de la famille de Mme H, dont le séjour en France était de quatre ans à la date de la décision attaquée et qui ne soutient pas, ni n'allègue, être dépourvue d'autres attaches personnelles en Arménie, se poursuive dans cet Etat. Dans ces conditions, et alors que la requérante n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut sérieusement soutenir qu'elle pourrait bénéficier de plein droit d'un tel titre de séjour et que cette circonstance ferait obstacle à son éloignement.

16. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux évoqués au point précédent, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme H au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par Mme H à l'encontre de la décision fixant le pays destination, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par Mme H à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

19. En second lieu, si la décision attaquée prévoit que le délai de départ volontaire de trente jours accordé à Mme H démarre à compter du rétablissement des liaisons terrestres, maritimes ou aériennes en direction du pays d'origine de l'intéressée ou de tout autre pays où elle est légalement admissible, qui ont été interrompues à raison de la pandémie de Covid-19, cette circonstance concerne l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre et demeure sans incidence sur sa légalité. Par suite, et alors qu'aucune disposition ni aucun principe n'imposait au préfet de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du rétablissement de ces liaisons, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée, de l'atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et au " principe constitutionnel de dignité humaine " doivent être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 31 décembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de Mme H, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme H, admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, pour son avocat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D H, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Philippon.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAIS

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

F. HUIN

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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