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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200764

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200764

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2022, M. E B et Mme C A, représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 16 octobre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 27 juillet 2021 des autorités consulaires françaises à Alger refusant de délivrer à M. E B un visa de court séjour en vue de se marier ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations du §2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'elle se fonde sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa ;

- elle porte atteinte à leur liberté de se marier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant algérien, né le 20 août 1997, a déposé une demande de visa de court séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Alger, en vue de se marier avec Mme C A, ressortissante française. Ces autorités ont refusé le 27 juillet 2021 de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 16 octobre 2021, dont M. B et Mme A demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, les requérants n'établissent pas avoir sollicité la communication des motifs de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de recours ne se serait pas livré à un examen complet et sérieux de la situation du demandeur de visa. Ce moyen doit également être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des stipulations du §2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien qu'elles régissent les modalités de délivrance aux ressortissants algériens, mariés avec un ressortissant de nationalité française, d'un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, ces stipulations ne sont pas applicables aux décisions qui, comme la décision attaquée, ont pour objet de refuser la délivrance d'un visa de court séjour et d'entrée en France. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit donc être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour refuser de délivrer à M. B le visa sollicité, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'en l'absence d'intention matrimoniale du demandeur de visa et compte tenu de sa situation personnelle, il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.

5. Aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles modifié : " Sans préjudice des stipulations du titre Ier du protocole annexé au présent Accord et de l'échange de lettres modifié du 31 août 1983, les ressortissants algériens venant en France pour un séjour inférieur à trois mois doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa délivré par les autorités françaises. () ". Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ".

6. M. B a sollicité la délivrance d'un visa de court séjour en vue de se marier avec Mme A, ressortissante française. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment des échanges entre les intéressés que leur projet est une installation durable de M. B sur le territoire français, les requérants ne justifient pas que ce dernier, qui ne justifie d'un emploi que depuis septembre 2019, disposerait d'attaches matérielles, familiales ou personnelles dans son pays de résidence, susceptibles de constituer des garanties suffisantes de retour à l'expiration du visa de court séjour sollicité. Dans ces conditions, en fondant sa décision sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires, la commission de recours n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, alors que les requérants ne démontrent pas l'impossibilité pour eux de se marier en Algérie, le moyen tiré de la méconnaissance de leur droit de se marier, qui n'inclut pas la possibilité pour les époux de choisir le lieu ou la date de célébration, doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B et Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme C A, à Me Guilbaud et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

La rapporteure,

S. D

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200764

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