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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200770

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200770

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 janvier 2022 et le 11 mai 2022, M. G C, agissant en son nom et en tant que représentant légal de D C et Adelia C, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions du 24 août 2021 des autorités consulaires françaises à Alger refusant de délivrer à Aghiles C et Adelia C un visa de long séjour en qualité de mineurs à scolariser ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen des demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;

- la décision implicite de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation ;

- les dossiers de demandes de visas de Aghiles C et Adelia C étaient complets ;

- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les demandeurs de visas justifient de l'objet et des conditions de leur séjour en France et qu'ils n'ont pas l'intention de détourner la procédure de regroupement familial ;

- elle a été prise en violation des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aghiles C et Adelia C, ressortissants algériens, nés respectivement le 16 février 2006 et le 29 octobre 2008, ont présenté des demandes de visas de long séjour, en qualité de mineurs à scolariser, auprès des autorités consulaires françaises à Alger. Par des décisions du 24 août 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision implicite, à laquelle s'est substituée une décision expresse du 2 février 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires. M. G C, père de Aghiles C et Adelia C, demande au tribunal d'annuler cette décision expresse de la commission de recours.

2. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. La décision expresse du 2 février 2022 de la commission de recours s'étant substituée à la décision implicite initialement intervenue, les moyens soulevés à l'encontre de cette dernière décision, tirés de son défaut de motivation et de la composition irrégulière de cette commission, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Aux termes de l'article D. 312-5 du même code : " Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléant sont nommés dans les mêmes conditions ". L'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, lors de la séance du 2 février 2022, au cours de laquelle elle a examiné le recours formé pour M. C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa s'est réunie en présence de son président suppléant et de quatre de ses membres. Par suite, le quorum étant atteint, le moyen tiré de la composition irrégulière de cette commission doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, la décision attaquée se réfère aux articles L. 311-1 et L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux alinéas 2 et 3 de l'article 9 de l'accord franco-algérien et indique que, pour rejeter les demandes de visas de long séjour présentées par Aghiles C et par Adelia C, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que les informations communiquées pour justifier des demandes de visas en qualité de " mineurs scolarisés ", concernant la prise en charge et l'hébergement de ces deux enfants à F par leur grand-père, ne sont pas fiables dès lors que Mme A E épouse C, leur mère, réside dans cette ville depuis le 19 août 2021 sous couvert d'un visa de long séjour " visiteur " délivré en qualité de gérante d'une société immatriculée au registre du commerce et des sociétés du tribunal de commerce de F. La commission de recours a ainsi estimé que les demandes de visas de Aghiles C et d'Adelia C constituent un détournement de la procédure de regroupement familial. Dès lors, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, à le supposer soulevé à l'encontre de la décision expresse du 2 février 2022, doit être écarté comme manquant en fait.

6. En quatrième lieu, la circonstance que les dossiers de demandes de visas de Aghiles C et Adelia C étaient complets n'imposait pas, à elle seule, à l'autorité administrative compétente de leur délivrer les visas sollicités.

7. En cinquième lieu, en l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où le visa peut être refusé à un étranger désirant se rendre en France, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation à cet égard, et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public mais aussi sur toute considération d'intérêt général.

8. Le visa de long séjour en qualité de mineur scolarisé a pour objet de permettre à un mineur étranger, dont les parents résident à l'étranger, d'être scolarisé en France.

9. Aghiles C et Adelia C ont sollicité la délivrance de visas de long séjour en qualité de mineurs à scolariser. Le requérant fait valoir que les demandeurs de visas ont suivi leur scolarité au Centre national d'enseignement à distance (CNED) au titre de l'année académique 2020-2021, qu'il dispose de ressources suffisantes pour faire face aux frais liés à leur séjour en France et qu'ils doivent être hébergés à F chez leur grand-père maternel. En outre, il apporte la preuve que Aghiles C a été pré-inscrit en classe de première générale au lycée polyvalent Bellevue de F et qu'il a engagé des démarches visant à inscrire Adelia C en classe de quatrième au collège Bellevue localisé dans cette même ville. Toutefois, ainsi que l'a relevé la commission de recours, il ressort des pièces du dossier que Mme E épouse C, mère de ces deux enfants, est entrée en France le 19 août 2021, munie d'un visa d'établissement portant la mention " visiteur ", et réside sur le territoire français sous couvert d'un certificat de résidence algérien obtenu le 27 août 2021 et valable jusqu'au 26 août 2022. Si le requérant fait valoir que les démarches visant à inscrire Aghiles C et Adelia C dans un établissement scolaire français, ainsi que leurs demandes de visas, ont été initiées avant l'obtention par Mme E épouse C d'un visa de long séjour, il est constant que celle-ci séjournait durablement sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, et alors que, comme mentionné au point précédent, les visas de long séjour en qualité de mineurs à scolariser ont pour objet de permettre à des mineurs étrangers, dont les parents résident à l'étranger, d'être scolarisés en France, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer les visas sollicités pour le motif exposé au point 5.

10. En dernier lieu, eu égard à ce qui vient d'être exposé et alors que, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que Aghiles C et Adelia C seraient, à la date de la décision attaquée, isolés en Algérie, d'autre part, il n'est pas établi qu'ils se trouveraient dans l'impossibilité de poursuivre leur scolarité dans ce même pays, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. B

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200770

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