lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200803 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 janvier 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 31 janvier 2022, M. C A et Mme B A, représentés par Me Guilbaud, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mars 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Casablanca du 12 octobre 2020 refusant de délivrer à M. A un visa de long séjour de retour ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur avocate en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en tant qu'elle est présentée par Mme A, faute pour cette dernière de disposer d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Bouchardon, rapporteur public,
- et les observations de Me Régent, substituant Me Guilbaud, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Une demande de visa de long séjour de retour en France a été déposée pour M. A, ressortissant marocain, auprès de l'autorité consulaire française à Casablanca, laquelle a rejeté cette demande par une décision du 12 octobre 2020. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision du 17 mars 2021, dont les requérants demandent au tribunal l'annulation.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur en défense :
2. Mme A ne dispose pas, en sa seule qualité de sœur de M. A, d'un intérêt lui donnant qualité pour contester la décision de refus opposée à celui-ci. Toutefois, dès lors que la requête a également été présentée au nom de M. A, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête en raison de l'absence d'intérêt pour agir de Mme A doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 211-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, recodifié à l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 313-11 ou L. 431-2 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ". En dehors du cas visé par les dispositions précitées de l'article L. 211-2-2, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A était titulaire d'une carte de résident valable du 6 janvier 2009 au 5 janvier 2019. L'intéressé s'est rendu au Maroc le 7 mars 2019 puis est revenu en France le 31 juillet 2019 sous couvert d'un visa de retour lui ayant été délivré le 25 juin 2019, valable jusqu'au 23 septembre 2019. Il s'est de nouveau rendu au Maroc le 9 août 2019 et s'y est maintenu depuis cette date. Il n'est ainsi pas contesté qu'à la date du dépôt de sa nouvelle demande de visa de retour, le 7 août 2020, M. A n'était titulaire d'aucun titre de séjour en cours de validité.
5. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que M. A est entré en France en 1985, à l'âge de douze ans, avec ses parents et sa sœur, et s'y est maintenu depuis cette date. Le requérant soutient souffrir de troubles psychiatriques et avoir été diagnostiqué schizophrène. Son état s'est aggravé au décès simultané de ses deux parents, le 10 février 2018, et a notamment nécessité son hospitalisation du 1er mars au 29 octobre 2018. L'expert psychiatre ayant examiné M. A, le 6 septembre 2018, a conclu à l'existence d'altérations mentales définitives, mettant l'intéressé dans l'impossibilité de pourvoir seul à ses intérêts et n'apparaissant manifestement pas susceptibles de connaître une amélioration selon les données acquises de la science. La gravité des troubles psychiatriques dont souffre l'intéressé est corroborée par le certificat médical établi le 30 octobre 2019 par un médecin psychiatre de l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille. Si un premier visa de retour a été délivré à M. A au mois de juin 2019 grâce auquel celui-ci est rentré en France une première fois, avant d'en repartir peu après, les troubles psychiatriques avérés dont souffre M. A et sa crainte d'être à nouveau hospitalisé sont de nature à expliquer ces agissements.
6. Dans les conditions particulières de l'espèce, compte-tenu, d'une part, de la situation du demandeur de visa, dont les troubles psychiatriques, établis par les pièces du dossier, sont de nature à l'empêcher de pourvoir seul à ses intérêts, et, d'autre part, de l'ancienneté de son séjour en France où il résidait depuis 34 ans à la date de son départ pour le Maroc en 2019 et où réside également sa sœur, et en l'absence alléguée et non contestée de toute attache personnelle ou familiale au Maroc, la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. A le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Guilbaud de la somme de 1 200 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 17 mars 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. A le visa de long sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Guilbaud une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, Mme B A, au ministre de l'intérieur et à Me Louise Guilbaud.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Desimon, conseiller,
M. Guilloteau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le rapporteur,
T. D
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026