vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BELAÏDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Belaïdi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2021 par laquelle les autorités consulaires françaises à Tunis (Tunisie) lui ont refusé la délivrance d'un visa de long séjour en tant que conjoint de ressortissant de français ;
2°) d'annuler la décision du 5 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision des autorités consulaires françaises à Tunis (Tunisie) rejetant sa demande de visa de long séjour présentée au titre de sa qualité de conjoint de ressortissant français ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, en tant que la condamnation pénale dont il a fait l'objet ne constitue pas une menace à l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le lien matrimonial, établi par leur mariage le 19 septembre 2020, est, depuis son retour en Tunisie, maintenu notamment par des échanges quotidiens et des virements bancaires entre époux ;
- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 1er février 1996, a présenté une demande de visa d'établissement en qualité de conjoint d'une ressortissante française auprès des autorités consulaires françaises à Tunis (Tunisie). Par une décision du 6 juillet 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 5 novembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Le requérant demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 juillet 2021 des autorités consulaires françaises à Tunis :
2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision explicite de cette commission du 5 novembre 2021 s'est substituée à la décision du consul général de France à Tunis du
6 juillet 2021. Il en résulte que les conclusions tendant à l'annulation de la décision des autorités consulaires françaises doivent être rejetées comme irrecevables et les moyens dirigés contre cette décision consulaire doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 novembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
3. Pour rejeter la demande de visa de M. A, la commission de recours, qui s'est référée notamment aux articles L. 311-1 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que la présence en France de
M. A, qui a fait l'objet, le 8 février 2019, d'une condamnation par le tribunal correctionnel d'Evry pour conduite sans permis de conduire et usage d'un faux permis de conduire et a également fait usage d'un faux permis de conduire italien et de fausses cartes d'identité italiennes, représente un risque de trouble à l'ordre public, et d'autre part, de ce qu'un faisceau d'indices permet de conclure à l'absence de sincérité de son union matrimoniale, conclue dans le but de favoriser son établissement sur le territoire.
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour ne peut être refusé à un conjoint de Français qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public () ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de deux interpellations routières les
4 septembre 2018 et 7 juillet 2020, il est apparu que M. A a fait usage de faux documents administratifs. Il a été condamné pour des faits de conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule et en faisant l'usage d'un permis de conduire faux ou falsifié, commis le 3 septembre 2018, à un mois d'emprisonnement avec sursis, 500 euros d'amende et la confiscation du document falsifié par un jugement du 8 février 2019 du tribunal correctionnel d'Evry. En outre, il a fait l'objet de deux arrêtés préfectoraux portant obligation de quitter le territoire les 4 septembre 2018 et 11 juillet 2020, qu'il n'a pas exécutés. Dans ces circonstances, en prenant en considération la gravité des infractions pour lesquelles le requérant a été condamné par le tribunal correctionnel d'Evry, constitutives de falsification de documents d'identité, et la réitération des mêmes faits, 17 mois après cette condamnation, pour en déduire que la présence de celui-ci sur le territoire français serait de nature à faire peser une menace pour l'ordre public justifiant le refus d'un visa de long séjour, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a commis aucune erreur d'appréciation.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il est constant que M. A a épousé le 19 septembre 2020 à Grigny (Essonne), Mme C E, ressortissante française née le 18 octobre 1997. Le ministre de l'intérieur, pour établir le caractère complaisant de ce mariage, fait état du séjour irrégulier de M. A dans l'espace Schengen depuis l'année 2015, de l'absence d'élément matériel antérieur au mariage, permettant d'apprécier la réalité de l'intention matrimoniale de celui-ci, ainsi que l'absence de toute vie commune effective entre les époux depuis lors. Toutefois, les pièces produites par le requérant, à savoir un bail comportant les noms des futurs époux prenant effet au 5 janvier 2020, une attestation établie par EDF indiquant que le requérant est titulaire d'un contrat de fourniture d'électricité, une copie d'écran d'une réservation de son épouse pour des billets d'avion à destination de la Turquie en septembre 2021 et une copie d'un paiement d'un montant indéterminé réalisé par M. A qui selon lui correspondant au règlement de factures d'électricité, sont de nature à remettre en cause les éléments avancés en défense par le ministre de l'intérieur. Si, dans l'appréciation que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France porte sur le comportement d'un demandeur de visa qui a utilisé des faux documents, l'existence d'une menace pour l'ordre public peut résulter des seules conditions de recherche, d'obtention et d'usage de ces faux documents, il ressort des pièces du dossier que, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à tous les éléments caractérisant le comportement de M. A, la commission de recours, en estimant que la présence de M. A sur le territoire français créait une menace pour l'ordre public d'une gravité telle qu'elle justifiait l'atteinte portée au droit de ce dernier au respect de sa vie familiale a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 novembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa de M. A sollicité, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. A.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 5 novembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer M. A un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
La présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026