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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200906

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200906

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantAVOCATS CONSEILS REUNIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 janvier 2022 et 30 janvier 2023, M. D F, représenté par Me Buffet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a refusé d'admettre l'imputabilité au service de l'accident survenu le 2 septembre 2020, a refusé de prendre en charge les arrêts de travail du 5 septembre 2020 au 30 septembre 2021 ainsi que les soins jusqu'au 30 septembre 2021 au titre de cet accident et a retiré le congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la période allant du 21 septembre 2020 au 30 septembre 2021, ainsi que la décision par laquelle il a implicitement rejeté son recours gracieux par une décision née le 8 janvier 2022 ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la rectrice de l'académie de Nantes de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 2 septembre 2020 ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteure de la décision du 30 septembre 2021 ;

- les décisions en litige sont entachées d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'accident survenu le 2 septembre 2020 présente un caractère imputable au service.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 novembre 2022 et 17 février 2023, la rectrice de l'académie de Nantes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024 :

- le rapport de M. Templier, conseiller ;

- les conclusions de M. Danet, rapporteur public ;

- et les observations de Me Cavalier, substituant Me Buffet, avocat du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. F exerce la fonction de directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques au lycée Fernand Renaudeau à Cholet (Maine-et-Loire). Le 2 septembre 2020, M. F a pris connaissance d'un courrier électronique rédigé par le chef d'établissement support du groupement d'établissements - centre de formation des apprentis (GRETA - CFA) du département de Maine-et-Loire. A la lecture de ce courriel, M. F a fait l'objet d'un arrêt de travail pour raisons de santé. Le 24 septembre 2020, M. F a renseigné une déclaration d'accident de travail, tendant à voir reconnaître l'imputabilité au service de l'accident résultant, selon lui, de la lecture du courrier électronique du 2 septembre 2020. La commission de réforme départementale a, le 14 septembre 2021, émis un avis favorable à la reconnaissance d'un accident de service et à la prise en charge à ce titre des arrêts de travail pour la période du 3 septembre 2020 au 31 août 2021. Toutefois, par une décision du 30 septembre 2021, le recteur de l'académie de Nantes a refusé d'admettre l'imputabilité au service de l'accident du 2 septembre 2020, a refusé la prise en charge des arrêts de travail pour la période allant du 5 septembre 2020 au 30 septembre 2021 et a retiré le congé pour invalidité temporaire imputable au service accordé à titre provisoire pour la période s'étendant du 21 septembre 2020 au 30 septembre 2021. Par une décision du 8 janvier 2022, le recteur de l'académie de Nantes a implicitement rejeté le recours gracieux formé par l'intéressé contre la décision du 30 septembre 2021. M. F demande au tribunal d'annuler ces deux décisions du recteur.

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 222-20 du code de l'éducation, dans sa version applicable au litige : " Le recteur d'académie est autorisé à déléguer sa signature au secrétaire général de l'académie et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à l'adjoint au secrétaire général d'académie et aux chefs de division du rectorat, dans la limite de leurs attributions. (). Les délégations mentionnées aux alinéas précédents fixent les actes pour lesquels elles ont été accordées. (). ".

3. En l'espèce, par arrêté du 1er septembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région des Pays de la Loire, M. E C, recteur de l'académie de Nantes, a donné délégation de signature à M. Jaunin, secrétaire général de l'académie de Nantes et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à M. A, à Mme B et à Mme H, secrétaires généraux adjoints, et en cas d'absence ou d'empêchement de ceux-ci, à Mme G, cheffe de la division académique des pensions et prestations, signataire de la décision du 30 septembre 2021 en litige, dans la limite de ses attributions. Par suite, et alors qu'il n'est ni démontré ni même allégué que M. C, M. Jaunin, M. A, Mme B et Mme H n'auraient été ni absents, ni empêchés, Mme G était compétente pour signer, au nom du recteur, la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision du 30 septembre 2021 doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, créé par l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017, applicable à la date de la décision attaquée : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service./ II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. (). ".

5. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel accident, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce. Constitue un accident de service, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition.

6. De plus, sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

7. M. F soutient avoir été victime, le 2 septembre 2020, d'un accident imputable au service, exposant qu'il a pris connaissance d'un courrier électronique reçu la veille par le chef d'établissement support du GRETA du département de Maine-et-Loire, lequel contenait selon lui des termes " totalement inappropriés ", faisant naître chez lui un sentiment " d'agression " et de " remise en cause de son professionnalisme ". Il ressort des pièces du dossier que le courrier litigieux est intervenu à la suite d'un message adressé par le requérant aux parents d'élèves, les informant du report de la rentrée de septembre 2020 et transmettant aux intéressés le numéro de téléphone direct du bureau du directeur du GRETA du département de Maine-et-Loire. Si le courriel du 1er septembre 2020 formule de vifs reproches à l'encontre de M. F, en particulier du fait de la diffusion du numéro de téléphone du directeur du GRETA, lequel s'est plaint auprès du chef d'établissement support par un courrier électronique du 31 août 2020 de ne pas avoir été " mis en copie des envois informant les étudiants et leurs familles du report de la rentrée " et de n'avoir appris ce report que du fait de la " diffusion de son numéro personnel aux familles ", ces propos n'ont toutefois pas excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique dont était investi le chef d'établissement support du GRETA à l'égard du requérant. Par ailleurs, si M. F allègue qu'il avait été autorisé par le proviseur de son établissement à diffuser le numéro de téléphone du GRETA dans le cadre de l'information adressée aux familles sur le report de la rentrée scolaire, il ressort toutefois des termes du courriel adressé par le proviseur à l'intéressé que ce dernier lui a explicitement donné pour consigne de ne pas diffuser le numéro de téléphone direct du bureau du directeur du GRETA mais de ne mentionner que " plus généralement le GRETA CFA 49 ". Dans ces conditions, la réception par le requérant du courrier électronique du 1er septembre 2020 ne constituait pas un évènement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels qu'en soient les effets induits sur l'agent. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont seraient entachées les décisions litigieuses doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Nantes.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

Mme Glize, conseillère,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le rapporteur,

P. TEMPLIER

La présidente,

M. LE BARBIER La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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