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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200915

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200915

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantBOURCHENIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier 2022 et le 13 mai 2022, Mme B E épouse C, représentée par Me Bourchenin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 23 septembre 2021 des autorités consulaires françaises à Oran refusant de lui délivrer un visa d'établissement en qualité de conjointe de ressortissant français, ainsi que celle des autorités consulaires ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 950 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision des autorités consulaires françaises et la décision de la commission de recours sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard de la sincérité et de l'effectivité de leurs liens matrimoniaux ;

- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont uniquement motivées par des considérations politiques dès lors que la France souhaite réduire le nombre de visas délivrés à des ressortissants algériens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E épouse C, ressortissante algérienne, née le 14 mai 1995, a épousé, le 27 novembre 2019 à El Karimia, M. D C, ressortissant français. Mme E épouse C a sollicité la délivrance d'un visa d'établissement, auprès des autorités consulaires françaises à Oran, en qualité de conjointe de ressortissant français. Par une décision du 23 septembre 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Le 6 janvier 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours contre cette décision consulaire, a recommandé au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme E épouse C un visa d'établissement. Par une décision du 13 avril 2022, le ministre de l'intérieur a refusé de délivrer ce visa à l'intéressée. Mme E épouse C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette décision du ministre de l'intérieur ainsi que celle des autorités consulaires françaises.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision des autorités consulaires françaises :

2. L'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prise sur recours préalable obligatoire et, partant, celle prise par le ministre de l'intérieur, à la suite d'une recommandation formulée par celle-ci, se substitue à la décision initiale de refus des autorités consulaires françaises. Par suite, la décision du 13 avril 2022 du ministre de l'intérieur s'est substituée à la décision du 23 septembre 2021 des autorités consulaires françaises à Oran. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du ministre de l'intérieur, d'autre part, que les moyens soulevés à l'encontre de la décision consulaire doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur :

3. En premier lieu, la décision attaquée se réfère aux articles L. 312-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et indique que, pour rejeter la demande de visa d'établissement présentée par Mme E épouse C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés de ce qu'il n'est pas justifié de vie commune entre les époux, ni du maintien de leurs relations matrimoniales. Le ministre de l'intérieur a également relevé que ce visa d'établissement a été sollicité près de deux ans après la célébration du mariage et a estimé que la demande de Mme E épouse C présente un caractère frauduleux. Dès lors, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision du ministre de l'intérieur mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision contestée, que la situation de la demandeuse de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E épouse C, ressortissante algérienne, s'est mariée le 27 novembre 2019 à El Karimia avec M. C, ressortissant français, et que leur mariage a été transcrit, le 3 novembre 2020, dans les registres français de l'état civil. Le ministre de l'intérieur fait valoir que la requérante ne justifie pas de l'existence d'une communauté de vie avec M. C antérieurement à leur mariage. Il souligne que M. C n'établit pas avoir rencontré son épouse avant son voyage en Algérie au mois de novembre 2019 et qu'il est reparti en France moins d'une semaine après leur mariage. Mme E épouse C n'apporte aucun élément précis sur les circonstances de sa rencontre avec M. C. En outre, si la requérante apporte la preuve que M. C s'est rendu en Algérie le 18 novembre 2019, cette circonstance ne saurait suffire à démontrer l'existence d'une vie commune effective antérieurement à leur mariage. Par ailleurs, ainsi que l'indique le ministre de l'intérieur, il ressort des pièces du dossier que M. C est reparti en France 5 jours après la célébration de son mariage avec la requérante. Enfin, si la demandeuse de visa produit un relevé d'appels téléphoniques au nom de M. C, portant sur la période allant du mois de décembre 2019 au mois d'août 2021, des attestations de proches, au contenu peu circonstancié, des justificatifs d'échanges par messagerie électronique avec M. C à compter du mois de janvier 2020, non traduits en langue française, ainsi que quelques photographies du couple prises le jour de leur mariage, ces éléments ne suffisent pas à démontrer la sincérité et l'effectivité de leurs liens matrimoniaux. Il en est de même de la circonstance selon laquelle M. C a voyagé en Algérie sur la période du 13 octobre 2021 au 7 décembre 2021. Dès lors, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du caractère complaisant du mariage entre Mme E épouse C et M. C. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant, pour le motif exposé au point 3, de délivrer le visa sollicité.

6. En dernier lieu, la requérante soutient que la décision attaquée est uniquement motivée par des considérations politiques dès lors que " la France souhaite réduire le nombre de visas délivrés aux habitants du Maghreb et plus particulièrement aux ressortissants algériens ". Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision contestée est fondée sur le caractère complaisant du mariage entre Mme E épouse C et M. C. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E épouse C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. A

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200915

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