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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200936

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200936

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2022, M. A C et Mme E, représentés par Me Pronost, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun) du 13 septembre 2021 rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée par Mme E ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit du conseil de M. C, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou subsidiairement, ou, subsidiairement de mettre 1 500 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de ce dernier article.

Ils soutiennent que :

- la commission n'a pas satisfait aux exigences de motivation de sa décision, dès lors qu'elle n'a pas répondu à la demande de communication de motifs dont elle était saisie conformément aux dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que M. C dispose de ressources suffisantes pour accueillir Mme E en France ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle ne peut légalement être fondée sur un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires dès lors que Mme E indique vouloir s'installer durablement en France et est susceptible de remplir les conditions de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " visiteur ".

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé l'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête en tant qu'elles émanent de M. C, qui ne justifie pas d'un intérêt à agir contre la décision attaquée, et par suite de l'irrecevabilité de ses conclusions accessoires tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique du 16 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante camerounaise, a sollicité un visa d'entrée et de long séjour. Ce visa lui a été refusé par les autorités consulaires françaises à Douala (Cameroun) par une décision du 13 septembre 2021. Le recours formé le 16 septembre 2021 par M. C, qui se présente comme le fils de la demanderesse, devant la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a été implicitement rejeté. M. C et Mme E demandent l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. Mme E a demandé par un courrier en lettre suivie, distribuée le 28 décembre 2021, soit dans le délai de recours contentieux, adressée à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, la communication des motifs de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission sur le recours administratif préalable. Dès lors que l'administration n'a pas répondu à cette demande ni pris de décision expresse confirmant son refus implicite, Mme E est fondée à soutenir que la décision attaquée n'est pas motivée.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme E est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de visa de Mme E. Il y a lieu d'enjoindre à la commission d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il y ait lieu, en l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur l'aide juridictionnelle :

6. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée () manifestement irrecevable ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat peut intervenir jusqu'à quatre ans après la fin de l'instance ou de la mesure. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Le retrait est prononcé : () 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50. "

7. Les conclusions de la requête présentées par M. C, qui ne justifie pas d'un intérêt suffisant lui permettant de contester devant le juge administratif la légalité du refus de visa opposé à sa mère, Mme E, sont manifestement irrecevables. Il y a lieu, en application des dispositions combinées des articles 50 et 51 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de prononcer le retrait de la décision du 29 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes lui accordant le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les frais exposés à l'occasion du litige :

8. L'Etat versera à Mme E la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née du silence gardé sur le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire à Douala du 13 septembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de Mme E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :La décision n° 2022/01154 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes est retirée.

Article 4 :L'Etat versera à Mme E la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 :Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D E, à Me Pronost et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

H. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

M.-A. RONCIERE

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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