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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200940

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200940

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200940
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantKADRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2200940 le 24 janvier 2022, M. C A, agissant en qualité de représentant légal des enfants D et F A, représenté par Me Kadri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision du 5 janvier 2021 des autorités consulaires françaises à Ouagadougou (Burkina Faso) refusant de délivrer à

D A et F A des visas de long séjour en qualité d'enfants étrangers de ressortissant français;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité à D A dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- il a bien un intérêt à agir pour le jeune D A qui est son fils ;

- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que les actes d'état civil sont authentiques, qu'il réside en France où il est marié avec un enfant à charge, qu'il bénéficie de revenus suffisants, qu'il a entrepris des études d'infirmier et qu'il dispose d'un logement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte à sa situation personnelle une atteinte disproportionnée ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il a obtenu la garde de ses deux enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 2021/009152 du 22 novembre 2021.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2201071 le 24 janvier 2022, M. C A, agissant en qualité de représentant légal de l'enfant F A, représenté par Me Kadri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 5 janvier 2021 des autorités consulaires françaises à Ouagadougou (Burkina Faso) refusant de délivrer à D A et F A des visas de long séjour en qualité d'enfants étrangers à charge d'un parent de nationalité française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité à F A dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- il a bien un intérêt à agir pour la jeune F A qui est sa fille ;

- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que les actes d'état civil sont authentiques, qu'il réside en France où il est marié avec un enfant à charge, qu'il bénéficie de revenus suffisants, qu'il a entrepris des études d'infirmier et qu'il dispose d'un logement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte à sa situation personnelle une atteinte disproportionnée ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant dès lors qu'il a obtenu la garde de ses deux enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision

n° 2021/009148 du 22 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F A et M. D A, nés respectivement le 31 décembre 2007 et le 31 décembre 2010, ont présenté le 31 décembre 2020 auprès de l'ambassade de France à Ouagadoudou (Burkina Faso) des demandes de visas en qualité d'enfants étrangers d'un ressortissant français, M. C A. Ces autorités ont refusé le 5 janvier 2021 de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 5 mai 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2200940 et 2201071 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de la décision attaquée qui se réfère aux articles L. 311-1, R. 311-2 et L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour rejeter les demandes de visas des jeunes F et D A, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que les actes de naissance produits, transcrits antérieurement au rendu des jugements supplétifs non produits au dossier sont inauthentiques et ne permettent pas d'établir l'identité des demandeurs de visas et partant leur lien familial avec M. A. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et des termes de la décision attaquée que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est livrée à un examen particulier de la demande de visas.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. Pour justifier des identités des jeunes F et D et de leur lien de filiation avec lui, le requérant a transmis, à l'appui de la demande de visas, deux extraits d'actes de naissance, délivrés le 9 juillet 2019 pour F et le 5 juillet 2019 pour D ainsi que des copies intégrales d'actes de naissance, délivrées le 10 février 2020, mentionnant toutes deux un même numéro d'acte, 727/2019, et portant la mention " acte dressé le 5 juillet 2019 sur jugement du Tribunal départemental de Béguédo en date du 9 juillet 2019 " pour l'enfant F et " acte dressé le 5 juillet 2019 sur jugement du Tribunal départemental de Béguédo en date 2 juillet 2019 " pour l'enfant D. Le requérant, qui n'apporte aucune explication sur l'incohérence relevée par l'administration quant à la date du jugement supplétif de l'enfant F, n'a jamais produit les jugements supplétifs ayant servi à dresser les actes de ses enfants allégués. En outre, le ministre soutient que l'âge de M. A (12 ans à la naissance d'Habibatou et 15 ans à la naissance de D) au moment des naissances, alors que les mères des deux enfants ont dix ans de plus que le requérant, rend improbable la réalité du lien de filiation dont ce dernier n'avait d'ailleurs pas fait mention au moment de sa demande de naturalisation. Si le requérant produit également la première page comportant l'exposé des faits d'une " ordonnance aux fins de garde d'enfants " en date du 30 décembre 2019, sans signature ni sceau permettant de l'authentifier, qui expose qu'il " vivait en union libre respectivement avec deux femmes pendant qu'il était à Béguédo (Burkina Faso). Que de ces relations, sont nés les enfants A B le 31 décembre 2007 et A D le 31 décembre 2010 ", cette ordonnance, qui d'ailleurs ne mentionne pas l'enfant F mais une enfant dénommée " B ", ne peut suppléer l'absence des décisions judiciaires, non produites au dossier, permettant d'établir l'identité et l'état civil des demandeurs de visas. Dans ces conditions, le caractère probant de ces actes d'état civil n'est pas établi et le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur de fait ou d'appréciation.

7. En quatrième et dernier lieu, dès lors que ni l'identité des demandeurs ni les liens familiaux entre les intéressés ne sont établis, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Ronciere, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2 et 2201071

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