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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200941

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200941

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 24 janvier 2022, le 6 juin 2022 et le 9 octobre 2022, Mme E B et M. H B, agissant tant en leurs noms propres qu'en qualité de représentants légaux de l'enfant mineur C A, représentés par Me D, demandent au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision du 23 septembre 2021 de l'ambassade de France en Guinée rejetant la demande de visa d'entrée et de séjour présentée pour Mme E B en qualité de membre de famille d'un bénéficiaire d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer un visa à leur fils C A B ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de Mme B ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-20 et L. 313-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation tant au regard des actes d'état civil produits que des éléments de possession d'état ;

- elle porte atteinte à leur droit à mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022 :

- le rapport de Mme G,

- les observations de Me D, représentant de M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. H B, ressortissant guinéen, né le 12 mars 1988 à Telemele (Guinée), est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle mention " passeport talent " valide du 24 avril 2019 au 24 avril 2024. Par une décision 23 septembre 2021, l'ambassade de France en Guinée à Conakry a rejeté la demande de visa long séjour présentée par Mme E B, qui se présente comme son épouse née le 4 avril 1994, en qualité de membre de famille d'un titulaire de carte de séjour

" passeport talent ". Par une décision implicite née le 8 décembre 2021, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. et Mme B aient demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision implicite doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la demanderesse de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de Mme B doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais recodifié à l'article L. 421-22 de ce code : " La carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent (famille)" est délivrée de plein droit, s'il est âgé d'au moins dix-huit ans, au conjoint de l'étranger mentionné à l'article L. 313-20 (). La durée de cette carte est égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de leur conjoint ou parent. ". Aux termes de l'article R. 313-41 du même code alors applicable et désormais recodifié à l'article R. 421-11 de ce code : " Lorsque l'étranger, qui sollicite la carte de séjour visée aux articles L. 313-20 et L. 313-21, réside hors de France, la décision de délivrance du titre de séjour sollicitée est prise par l'autorité diplomatique et consulaire. La carte de séjour est remise à l'étranger par le préfet du département où l'étranger a établi sa résidence en France ou, à Paris, par le préfet de police, sur présentation de son passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention "passeport talent" ". L'administration est en droit de refuser la délivrance d'un visa long séjour présenté dans le cadre d'une demande de carte de séjour portant la mention "passeport talent" pour un motif d'ordre public. Figure notamment au nombre de ces motifs le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Et aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa présentée par Mme B, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le fait que les documents d'état civil produits étant dépourvus de caractère probant, l'identité de la demandeuse de visa et partant leur lien familial allégué avec M. B ne sont pas établis.

7. M. et Mme B ont produit, pour justifier de l'identité de Mme E B et de leur lien matrimonial, la copie de l'acte de mariage, la copie d'un " acte de naissance " N°239 du 30 septembre 2019, dressé en transcription d'un jugement supplétif d'acte de naissance, versé à l'appui de la demande de visa, rendu le 19 septembre 2019 par le tribunal de première instance de Mamou (République de Guinée), selon lequel celle-ci est née le 4 septembre 1994 à Mamou de l'union de M. I J B et de Mme F D. Ils produisent également " une copie intégrale d'acte de naissance " établi le 23 septembre 2020 portant la mention du mariage contracté avec M. H B. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que dans le cadre de la mise en œuvre des passeports biométriques, un numéro d'identification national unique a été mis en place par les autorités guinéennes, lequel est composé de quinze chiffres dont les 11ème, 12ème et 13ème chiffres, doivent correspondre à ceux portés sur l'acte de naissance présenté à l'appui de la demande du document de voyage. La mise en place d'un numéro d'identification national unique est destinée à permettre de contrôler l'authenticité de l'acte de naissance fourni à l'appui d'une demande de passeport. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, sur le passeport produit lors de la demande de visa sont portés en 11ème, 12ème et 13ème rang les chiffres " 762 " alors que l'acte de naissance précédemment mentionné du 30 septembre 2019 indique quant à lui les chiffres " 239 ". Il suit de là que le passeport présenté par la demanderesse de visa a été dressé sur la base d'un acte de naissance différent de celui qui a été produit dans la présente instance. Les requérants produisent à l'instance dans leurs dernières écritures un " extrait d'acte de naissance " signé du déclarant et de l'officier d'état civil le 12 septembre 1994 ainsi qu'" une copie intégrale d'acte de naissance, établi le 11 mai 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, numéroté " 762 ", ainsi qu'un jugement rendu le 12 mai 2022 par le tribunal de première instance de Mamou (République de Guinée), portant annulation du jugement supplétif d'acte de naissance du 19 septembre 2019 précédemment mentionné. Ce jugement d'annulation mentionne qu'un jugement supplétif ne peut pas avoir " à la fois deux numéros d'enregistrement différents l'un de l'autre sur le même registre " et qu'une " telle pratique relève purement de la fraude ". Il s'ensuit que la coexistence de ces différents documents ainsi que les incohérences qu'ils comportent doivent être regardées, au sens des dispositions de l'article 47 du code civil, comme de nature à établir le caractère non probant des documents d'état civil produits pour établir l'identité de la demanderesse. Par ailleurs, les autres éléments versés aux débats, dont une copie d'acte de mariage, dont le ministre conteste l'authenticité dès lors que la date ne correspond pas à celle de l'acte de mariage déposé au moment de la demande de visa, sont insuffisants pour établir avec certitude que la demanderesse de visa serait effectivement l'épouse de M. B. Dans ces conditions, en rejetant la demande de visa litigieuse au motif que l'identité de l'intéressée n'était pas établie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a entaché sa décision ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.

8. En dernier lieu, en l'absence de liens familiaux établis entre M. et Mme B, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H B, Mme E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

Le rapporteur,

M.-A. G

Le président,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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