mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2200946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GOUEDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 janvier 2022 et 31 juillet 2023, Mme C B épouse E, représentée par Me Gouedo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Mayenne a refusé la régularisation administrative du plan d'eau situé sur les parcelles cadastrées section D n°s 339 et 435 au lieu-dit " Les Basses Rochères " sur le territoire de la commune de Meslay-du-Maine ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de prendre acte de l'existence de cet étang et d'en autoriser la vidange ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence et insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions du II de l'article L. 214-6 du code de l'environnement, l'ouvrage en cause, dont l'existence a été constatée avant 1905, n'étant pas soumis ni à déclaration ni à autorisation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle retient que l'ouvrage en cause est un barrage sur un cours d'eau au sens de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement.
Par des mémoires enregistrés les 14 octobre 2022 et 25 août 2023, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, la décision attaquée ayant le caractère d'une décision administrative confirmative ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Gouedo, avocate de la requérante,
- et les observations de M. et Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E est propriétaire d'un plan d'eau situé sur les parcelles cadastrées section D n°s 339 et 435, d'une surface d'environ 2 800 m2, au lieu-dit " Les Basses Rochères ", sur la commune de Meslay-du-Maine. Par une décision du 12 avril 2019, le préfet de la Mayenne a refusé la régularisation administrative de ce plan d'eau au titre de l'article L. 214-6 du code de l'environnement relatif aux ouvrages légalement réalisés avant le décret du 29 mars 1993 relatif aux procédures d'autorisation et de déclaration prévues par l'article 10 de la loi n° 92-3 du 3 janvier 1992 sur l'eau. Par une décision du 23 novembre 2021, le préfet a refusé la régularisation administrative de ce plan d'eau, en estimant que cet ouvrage devait être soumis au régime des opérations soumises à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-3 du code de l'environnement. Mme E demande au tribunal l'annulation de cette décision du 23 novembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par M. D, responsable de l'unité eau du service eau et biodiversité de la direction départementale des territoires de la Mayenne, qui bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Mayenne pour prendre tous les actes en matière de " police de l'eau et de la pêche ", par un arrêté du 15 novembre 2021, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. La décision attaquée vise les articles L. 215-7-1 du code de l'environnement, les éléments de la nomenclature applicable et mentionne les circonstances de fait propres à la situation du plan d'eau en cause et du cours d'eau qui l'alimente. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, le moyen tiré du défaut ou de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants. ". Aux termes de l'article L. 214-2 du même code : " Les installations, ouvrages, travaux et activités visés à l'article L. 214-1 sont définis dans une nomenclature, établie par décret en Conseil d'Etat après avis du Comité national de l'eau, et soumis à autorisation ou à déclaration suivant les dangers qu'ils présentent et la gravité de leurs effets sur la ressource en eau et les écosystèmes aquatiques compte tenu notamment de l'existence des zones et périmètres institués pour la protection de l'eau et des milieux aquatiques. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 214-6 du code de l'environnement : " I.() / II. Les installations, ouvrages et activités déclarés ou autorisés en application d'une législation ou réglementation relative à l'eau antérieure au 4 janvier 1992 sont réputés déclarés ou autorisés en application des dispositions de la présente section. Il en est de même des installations et ouvrages fondés en titre ".
6. En vertu des dispositions des articles L. 214-1 et L. 214-2 du code de l'environnement, les installations, ouvrages, travaux et activités relevant de l'eau ou du milieu aquatique doivent faire l'objet d'une autorisation ou d'une déclaration lorsqu'ils figurent dans une nomenclature établie par décret, figurant au tableau annexé à l'article R. 214-1 de ce code. L'article L. 214-6 du code de l'environnement organise une procédure de régularisation pour les ouvrages antérieurs à la loi sur l'eau du 3 janvier 1992, ces ouvrages, sous certaines réserves, pouvant continuer à fonctionner, en particulier les plans d'eau créés antérieurement à l'entrée en vigueur de loi du 8 avril 1898 sur le régime des eaux, qu'aucune disposition législative ou réglementaire ne réglementait alors.
7. Mme E a produit, pour la première fois dans la présente instance, un acte notarié de partage relatif à la métairie de la Haute Rochère, dressé les 10 et 19 juillet 1889, qui mentionne la présence d'une pièce d'eau, d'une surface de 16 ares et 30 centiares, soit 1630 m2, sur les parcelles anciennement cadastrées n°s 565o et 567p, devenues par la suite la parcelle cadastrée section D n° 339. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que cette pièce d'eau, en particulier son niveau de trop-plein, correspondrait effectivement à l'ouvrage de 2 400 m2 dont la régularisation administrative est sollicitée par la requérante. L'agrandissement de cette retenue d'eau, de plus de 47 %, entre la preuve de l'existence d'un étang en 1889 et la date du présent jugement, ne saurait procéder, au vu de l'instruction notamment de photographies aériennes comme de l'acte notarié du 23 janvier 1970, des seules modifications du terrain naturel ou d'un simple aménagement des berges. Il est constant que ces travaux d'agrandissement n'ont fait l'objet d'aucune déclaration ou autorisation au titre de la police spéciale de l'eau. Dans ces conditions, la circonstance qu'il existait un étang non soumis à autorisation ou déclaration antérieurement à l'entrée en vigueur de loi du 8 avril 1898 sur le régime des eaux, ne saurait pour autant ouvrir droit à la requérante à la reconnaissance administrative de la retenue d'eau dans sa dimension actuelle située sur sa parcelle. Le courrier de l'administration du 14 avril 2022, qui n'a d'ailleurs eu aucune suite, est sans incidence sur ce point. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions du II de l'article L. 214-6 du code de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait ces dispositions doit être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement : " Constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année. / L'écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales ". Les critères prévus à l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement pour qualifier un cours d'eau peuvent être appréciés de manière indirecte par la référence à des faisceaux d'indices qui, sans se substituer à ces critères eux-mêmes, permettent de déterminer si ceux-ci sont remplis.
9. Selon la nomenclature annexée à l'article R. 214-1 du même code, sont notamment soumises à autorisation les opérations suivantes : " () / 3.1.1.0. Installations, ouvrages, travaux ou activités conduisant à modifier le profil en long ou le profil en travers du lit mineur d'un cours d'eau, à l'exclusion de ceux visés à la rubrique 3.1.4.0, ou conduisant à la dérivation d'un cours d'eau : 1° Sur une longueur de cours d'eau supérieure ou égale à 100 m (A) ; 2° sur une longueur de cours d'eau inférieure à 100 m (D) ; () ".
10. Il résulte de ce qui précède que le plan d'eau dont la requérante a sollicité la régularisation est soumis au régime de déclaration ou d'autorisation mentionné à l'article L. 214-2 du code de l'urbanisme. Or, il ressort tant de documents historiques, des cartes aériennes librement accessibles, que des enquêtes de terrain réalisées par la direction départementale des territoires de la Mayenne, dont les éléments de fait ne sont pas sérieusement remis en cause par la requérante, que ce plan d'eau est formé sur le lit naturel d'un cours d'eau, qui s'écoule en aval sous la route départementale des Hautes-Rochères et dont les berges en amont sont clairement identifiables. Il résulte de l'instruction que ce cours d'eau, alimenté par des sources constituées par des zones humides situées sur les communes de Grez-en-Bouère et de Saint-Charles-en-Forêt, présente un débit suffisamment régulier et significatif en amont de ce plan d'eau. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que ce cours d'eau, quand bien même son débit serait intermittent selon les saisons, ne répondrait pas aux critères de définition posées par l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les travaux réalisés ne relèveraient pas de la rubrique 3.1.1.0 de la nomenclature annexée à l'article R. 214-1 du code de l'environnement au motif que le plan d'eau ne serait pas alimenté par un cours d'eau doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée par lequel le préfet de la Mayenne a refusé la régularisation du plan d'eau situé sur les parcelles cadastrées section D n°s 339 et 435 au lieu-dit " Les Rochères " à Meslay-de-Maine. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par Mme E dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse E et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète de la Mayenne.
Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Durup de Baleine, président,
- Mme Thomas, première conseillère,
- M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 août 2024.
La rapporteure,
S. THOMAS
Le président,
A. DURUP DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées,
de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026