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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200959

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200959

lundi 26 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200959
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantCRESTIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A, qui contestait la décision implicite du garde des sceaux rejetant son recours gracieux relatif à son mode de rémunération en tant qu'assesseur extérieur en commission de discipline. Le tribunal a jugé que la note du directeur de l'administration pénitentiaire, non contestée dans le cadre du litige, était inopérante. Il a estimé que M. A, recruté pour une tâche ponctuelle et limitée, ne pouvait prétendre au statut d'agent contractuel de droit public, et que le versement d'une indemnité forfaitaire par séance, prévue par le décret n° 2011-1312 du 17 octobre 2011 et l'arrêté du même jour, ne créait pas de lien de subordination ni n'affectait son indépendance. La requête a donc été rejetée comme non fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 janvier, 28 janvier, 12 avril, 13 novembre et 3 décembre 2022, les 31 juillet et 6 novembre 2023, les 23 août et 29 septembre 2024, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1, enregistré le 11 janvier 2025, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite résultant du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice sur son recours gracieux du 11 mars 2021.

Il soutient que :

- la note du directeur de l'administration pénitentiaire du 9 mai 2011 est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a pour effet de le placer dans la situation d'un salarié et d'un agent vacataire, portant ainsi atteinte à son indépendance et crée un lien de subordination ;

- elle est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les conclusions à fin d'annulation du bulletin de paye du mois de novembre 2021 sont dirigées contre un document ne présentant pas de caractère décisoire ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Une pièce complémentaire, produite pour le requérant, a été enregistrée le 14 janvier 2025 et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2011-1312 du 17 octobre 2011 ;

- l'arrêté n° 17 octobre 2011 fixant le montant de l'indemnité forfaitaire allouée aux assesseurs extérieurs à l'administration pénitentiaire siégeant dans les commissions de discipline des personnes détenues ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 avril 2025 :

- le rapport de Mme Glize, conseillère,

- et les conclusions de M. Danet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été désigné par le président du tribunal judiciaire de Nantes en tant que membre des commissions de discipline des établissements pénitentiaires du ressort du tribunal judiciaire de Nantes en qualité d'assesseur extérieur à compter du 17 janvier 2014. A la suite de l'émission d'un bulletin de paye par la direction interrégionale des services pénitentiaires du Grand-Ouest pour le mois de novembre 2021, le requérant a formé un recours gracieux auprès du garde des sceaux, ministre de la justice, sollicitant d'être payé par les services du ministère de la justice sous forme " d'avis de paiement non imposable ". Ce recours a été rejeté par une décision implicite dont M. A demande l'annulation au tribunal.

2. En premier lieu, le requérant demandant, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la seule décision de rejet de son recours gracieux, le moyen dirigé contre la note du directeur de l'administration pénitentiaire du 9 mai 2011 relative aux assesseurs extérieurs en commission de discipline qui n'est pas en litige, tiré de l'incompétence de son auteur, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux agents contractuels de droit public () Elles ne s'appliquent pas aux () personnes engagées pour une tâche précise, ponctuelle et limitée à l'exécution d'actes déterminés ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'un agent de droit public employé par l'Etat ne peut pas prétendre au bénéfice des dispositions prévues par le décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents non titulaires de l'Etat en faveur de ses agents non titulaires mais doit être regardé comme ayant été engagé pour exécuter un acte déterminé lorsqu'il a été recruté pour répondre ponctuellement à un besoin de l'administration.

5. D'autre part, aux termes du 1er article du décret du 17 octobre 2011 portant création d'une indemnité allouée aux assesseurs extérieurs à l'administration pénitentiaire siégeant dans les commissions de discipline des personnes détenues dans sa version applicable au litige : " Les assesseurs extérieurs à l'administration pénitentiaire qui siègent, conformément aux dispositions de l'article R. 57-7-8 du code de procédure pénale, dans les commissions de discipline des personnes détenues perçoivent par séance une indemnité forfaitaire, exclusive de toute autre rémunération, dont le montant est fixé par arrêté conjoint du garde des sceaux, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. ". Aux termes du 1er article de l'arrêté du 17 octobre 2011 fixant le montant de l'indemnité forfaitaire allouée aux assesseurs extérieurs à l'administration pénitentiaire siégeant dans les commissions de discipline des personnes détenues dans sa version applicable au litige : " Le montant de l'indemnité prévue à l'article 1er du décret du 17 octobre 2011 susvisé est fixé à 45 euros brut par séance de la commission de discipline. Cette indemnité est versée après service fait. ".

6. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 57-7-9 du code de procédure pénale dans sa version applicable au litige : " Chaque membre de la commission de discipline doit exercer ses fonctions avec intégrité, dignité et impartialité et respecter le secret des délibérations. "

7. M. A soutient que l'émission d'un bulletin de paye à son profit révèlerait qu'il a été placé par les services de l'administration pénitentiaire dans une position à la fois de salarié, d'agent contractuel de la fonction publique et de vacataire. Toutefois, dès lors qu'il est constant que M. A a participé aux commissions de discipline des établissements pénitentiaires du ressort du tribunal judiciaire de Nantes en sa seule qualité d'assesseur et de manière occasionnelle, il doit être regardé, non pas comme un agent contractuel de droit public au sens du décret du 17 octobre 2011 précité, mais comme un agent de droit public ponctuel. S'il ressort des mentions figurant sur les bulletins de paye produits par le requérant que l'administration a fait apparaître le terme de " vacataire " dans la partie correspondant au grade, cette appellation est, toutefois, sans incidence sur la nature des fonctions qu'il a exercées et n'a pas eu davantage pour effet de lui conférer un grade de la fonction publique. Par ailleurs, la seule circonstance que le paiement de l'indemnité forfaitaire prévue par l'arrêté précité a été matérialisé sous la forme d'un bulletin de paye n'est pas de nature à démontrer que l'administration avait placé l'intéressé en position de salarié. Dès lors, M. A qui n'est pas salarié, ni agent contractuel de droit public, ne saurait utilement soutenir qu'il aurait été porté atteinte à son indépendance, ni qu'un lien de subordination aurait été instauré à son égard. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée, pas plus que la formalisation du paiement de son indemnité forfaitaire par un bulletin de paye, l'aurait empêché d'exercer ses fonctions conformément aux dispositions précitées du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'un détournement de pouvoir.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. A, qui ne comportait que des conclusions à fin d'annulation, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre d'État, garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

Mme Glize, conseillère,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2025.

La rapporteure,

J. GLIZE

La présidente,

M. LE BARBIER

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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