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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200967

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200967

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200967
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantAVOCATS CONSEILS REUNIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire enregistrés les 24 janvier et 15 novembre 2022 et le 22 février 2023, Mme B C, représentée par Me Buffet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le maire d'Angers a délivré à la société CD Létanduère un permis de construire en vue de la construction d'un bâtiment d'habitation et la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge in solidum de la commune d'Angers et de la société CD Létanduère une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne comprend pas d'informations et de vues d'insertion portant sur les constructions avoisinantes, et notamment l'existence de la fenêtre de son domicile, et qu'il comporte des informations erronées quant à la hauteur et au nombre d'étages de la construction ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme eu égard aux nuisances sonores excessives et à la pollution des véhicules qui stationneront sous sa fenêtre ;

- il méconnaît l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal dès lors qu'il entraîne un risque pour la sécurité du voisinage en raison de l'accès des voitures au parking souterrain et à leur stationnement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 février 2022 et 16 janvier 2023, la société CD Létanduère, représentée par Me Meunier, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal fasse application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- Mme C ne dispose pas d'un intérêt à agir à l'encontre du permis de construire attaqué ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- à supposer que le tribunal retienne l'un des vices invoqués, il sera fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, la commune d'Angers, représentée par Me Blin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cavelier substituant Me Buffet, avocat de Mme C, de Me Blin, avocate de la commune d'Angers, et de Me Meunier, avocat de la société CD Létanduère.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 mai 2021, la société CD Létanduère a sollicité la délivrance d'un permis de construire en vue de la construction d'un bâtiment d'habitation au 156 bis rue de Létanduère à Angers. Par un arrêté du 15 septembre 2021, le maire d'Angers lui a délivré ce permis de construire. Mme C, voisine immédiate du projet, demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux présenté le 8 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé pour le maire, par M. A D, adjoint au maire en charge de l'urbanisme, de l'aménagement du territoire et du logement. Par arrêté du 29 mai 2020, régulièrement affiché et transmis au contrôle de légalité, le maire d'Angers a donné délégation à M. D pour signer notamment " tous documents en matière d'autorisation du droit du sol ". Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. D'une part, les plans du rez-de-chaussée et du sous-sol du dossier de demande de permis de construire indiquent l'emplacement du porche de voie d'accès du bâtiment litigieux et le plan cadastral et le plan de masse et les plans des toitures et des façades précisent quant à eux l'emplacement précis de la maison de Mme C située en mitoyenneté de ce porche d'entrée. Les photographies du terrain dans son environnement proche et les documents relatifs à l'insertion du projet n'occultent pas la présence de cette maison. Il ressort des pièces du dossier que la façade de Mme C désormais mitoyenne au porche comprend une fenêtre qui surplombera les véhicules, notamment ceux sortant du bâtiment qui stationneront sous le porche dans l'attente de l'ouverture du portail motorisé. Toutefois, la circonstance que cette fenêtre ne soit pas visible sur les photographies, les photomontages et les plans du dossier de demande ne suffit pas, alors qu'il résulte de ce qui est dit au point 7 que les nuisances subies de ce fait par Mme C ne sont pas au nombre de celles prises en compte au titre de la règlementation d'urbanisme, de regarder cette absence comme ayant été de nature à fausser l'appréciation portée par le service instructeur sur la conformité du projet à la seule réglementation urbanistique en vigueur sur laquelle il doit se prononcer, le permis étant délivré sous réserve des droits des tiers.

6. D'autre part, selon le lexique du plan local d'urbanisme intercommunal d'Angers, l'attique est " le (ou les) dernier(s) niveau(x) placé(s) au sommet d'une construction et situé(s) en retrait d'1,80 mètre au moins des façades ". La notice architecturale du projet précise que la résidence s'implante parallèlement à la voirie pour son volume principal en R+2 avec attique et que le bâtiment s'étendant perpendiculairement en retrait des limites de propriété nord et sud en cœur de parcelle comporte un volume en R+1. Si Mme C soutient que le troisième niveau du bâtiment principal ne correspond pas à la définition de l'attique tel que défini par le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal d'Angers, elle n'indique aucune règle d'urbanisme avec laquelle la conformité du projet n'aurait pas pu être appréciée. Par ailleurs, l'ensemble des plans des toitures et des façades ainsi que les photographies permettaient au service instructeur d'apprécier l'organisation et la hauteur des bâtiments. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme doivent être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal d'Angers : " Dans l'ensemble de la zone (UA) sont interdits : les constructions, installations et aménagements qui, par leur nature, leur importance ou leur aspect, seraient incompatibles avec le caractère du voisinage ou susceptibles de porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique ; () ". Il est constant que la fenêtre de la maison de Mme C est celle d'une salle de bains. S'il ressort des pièces du dossier que les véhicules sortant du bâtiment litigieux stationneront devant cette fenêtre dans l'attente de l'ouverture du portail motorisé et que des émanations de gaz d'échappement pourraient entraîner des nuisances sonores et olfactives, notamment le matin aux heures d'ouverture de la fenêtre en vue de l'aération de la salle de bains, le bâtiment ne comporte cependant que six emplacements de stationnement et les véhicules ne stationneront que quelques minutes dans un espace non entièrement clos. Dans ces conditions, les nuisances subies par Mme C ne sont pas telles qu'elles l'empêcheraient d'utiliser sa salle de bain ou rendraient cette utilisation dangereuse et ne peuvent être regardées comme portant atteinte à la sécurité ou à la salubrité publiques. Par ailleurs, Mme C ne précise aucunement la nature du risque pour la sécurité du voisinage qu'elle allègue " du fait de l'accès des voitures au parking souterrain et à leur stationnement ". Par suite, le maire d'Angers n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de la faculté qui lui est accordée par l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ni fait une inexacte application des dispositions de l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal d'Angers.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de sa requête, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2021 accordant à la société CD Létanduère le permis de construire litigieux ni de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Angers et de la société CD Létanduère, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C les sommes demandées par la commune d'Angers et la société CD Létanduère au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Angers et de société CD Létanduère présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la Commune d'Angers et à la Société CD Létanduère.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

H. E

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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