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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200984

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200984

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200984
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL GOMOT JOSSET HERMOUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2022, Mme C B, représentée par Me Josset, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans le mois de la notification du jugement à rendre et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les quinze jours de la notification du jugement à rendre et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ainsi que de réexaminer sa situation dans le mois de cette notification et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de séjour n'est pas motivé ;

- sa demande et sa situation n'ont pas fait l'objet d'un examen approfondi ;

- l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi, qui n'est pas suffisamment motivée, est illégale en conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A de Baleine, président ;

- les observations de Me Lejosne, substituant Me Josset, avocate de Mme B ;

- les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante gabonaise née le 24 mai 1999 à Libreville, est entrée sur le territoire français le 18 juin 2017, munie d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de court séjour valable du 15 juin 2017 au 15 juillet 2017 qui lui avait été délivré par l'autorité consulaire française au Gabon. S'étant maintenue sur le territoire français après l'échéance de la durée de séjour autorisée par ce visa, elle a, le 23 juin 2020, demandé au préfet de la Vendée la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", qui lui a été délivrée, valable du 17 juillet 2020 au 16 juillet 2021 et dont, le 10 mai 2021, elle a demandé le renouvellement, ce dont il lui a été délivré récépissé. En réponse à une demande du préfet du 9 septembre 2021 lui demandant de présenter des justificatifs de sa situation étudiante, l'intéressée, par une lettre du 25 octobre 2021, après avoir exposé qu'elle avait décidé de " faire une pause " dans ses études et faisant valoir une activité salariée, a demandé au préfet de lui délivrer " un titre qui me permettra de travailler et vivre en France ", en présentant à l'appui de cette demande notamment un contrat de travail et des bulletins de paie. Par l'arrêté du 20 décembre 2021 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Vendée a rejeté cette demande et a assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Par un arrêté du 6 décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la Vendée le 10 décembre 2021 et entré en vigueur, ainsi qu'il le prévoit, le 13 décembre 2021, le préfet de la Vendée a donné délégation à Mme Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté de la nature de l'arrêté attaqué, en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Vendée, pour refuser de délivrer à Mme B un nouveau titre de séjour, a examiné la situation personnelle de l'intéressée, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant cette situation portés à la connaissance de l'administration et sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

5. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il est toutefois loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition du code. Il lui est aussi possible, exerçant le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant un titre de séjour, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle.

6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrit pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, ni ne prévoit que l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir se voit délivrer un titre de séjour, mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si cette admission répond à de telles considérations humanitaires ou se justifie au regard de tels motifs exceptionnels. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger qui n'a pas sollicité le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour prévu par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ce texte, sauf si l'autorité compétente a procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.

7. Il ressort des pièces du dossier que, par sa lettre du 25 octobre 2021, la requérante, modifiant ce faisant l'objet de la demande de renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " qu'elle avait initialement présentée le 10 mai 2021, ne demandait pas le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni ne se prévalait de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, ni ne sollicitait la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " mais, sans autre précision, entendait " faire une demande de titre qui me permettra de travailler et vivre en France ".

8. Si la requérante se prévaut de la circonstance que cette demande ne précisait pas davantage son fondement, cette circonstance ne faisait pas obligation au préfet de la Vendée, quand bien même il lui aurait été loisible de le faire, d'examiner la demande au regard de tous les fondements possibles de délivrance d'un titre de séjour. Compte tenu de l'imprécision de cette demande du 25 octobre 2021, mais de la circonstance que Mme B demandait un titre de séjour en faisant état d'une activité professionnelle actuelle, en sollicitant un titre lui permettant de travailler et vivre en France et en produisant un contrat de travail constitué par un contrat de mission temporaire avec une entreprise de travail intérimaire et des bulletins de paie, c'est à bon droit que le préfet de la Vendée a estimé que l'intéressée devait être regardée comme demandant la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. Le préfet n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour de Mme B au titre de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 précité. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ce dernier est inopérant.

9. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. Mme B n'a pas sollicité du préfet de la Vendée la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et le préfet n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour de l'intéressée à ce titre. Il suit de là qu'au soutien des conclusions dirigées contre la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, elle ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 précité.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de la Vendée du 20 décembre 2021 refusant de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée sur le territoire français le 18 juin 2017, à l'âge de 18 ans. Si elle s'était maintenue irrégulièrement sur ce territoire après l'échéance du visa de court séjour qui lui avait été délivré en 2017, visa dont elle avait, en réalité, détourné l'objet, le préfet de la Vendée, qui n'en avait pas l'obligation, a choisi de régulariser le séjour de l'intéressée en lui délivrant une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " couvrant l'année scolaire 2020/2021. L'intéressée, déjà scolarisée au préalable dans un lycée professionnel en Vendée, a obtenu un brevet d'études professionnelles le 11 septembre 2019, puis, le 15 septembre 2020, le diplôme du baccalauréat professionnel. Il ressort également du dossier que sa mère, ressortissante gabonaise née en 1979, réside régulièrement en France, en Vendée, où elle est mariée depuis le 21 janvier 2017 à un ressortissant français et elle est titulaire en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle. Résident également en France, en Vendée, sa sœur, née en 2005 et son frère, né en 2003. Il ressort des pièces du dossier, notamment du livret de famille gabonais de sa mère, que la requérante n'a pas d'autre frère ou sœur. Si le père de la requérante, ressortissant gabonais, demeure au Gabon, il ressort toutefois des indications suffisamment précises du dossier sur ce point qu'elle n'entretient plus de relations avec son père depuis l'âge de 11 ans, la mère de l'intéressée ayant eu d'une autre relation avec un ressortissant gabonais deux enfants nés en 2003 et 2005. Il ressort encore du dossier que si, étudiante à Nantes en 2020/2021, la requérante louait un appartement à Nantes pour la période du 1er septembre 2020 au 31 août 2021, elle réside toutefois habituellement en Vendée, à Beaurepaire, au sein du foyer formé de sa mère, son frère, sa sœur, l'époux de sa mère, ainsi que l'enfant né en 2018 à Cholet du mariage de sa mère à Beaurepaire en 2017. Dès lors et même si la requérante est célibataire mais compte tenu de l'ensemble des circonstances caractérisant sa situation personnelle sur le territoire français, elle est fondée à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet a, compte tenu des buts poursuivis par cette mesure d'éloignement, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de ce qui précède que la requérante est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de la Vendée du 20 décembre 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français comme, en conséquence, de celle fixant le pays de de renvoi en cas en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire.

15. Conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Vendée de statuer à nouveau sur le cas de Mme B et ce, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois et eu égard aux motifs énoncés au point 13 ci-dessus, ainsi que, sans délai à compter de la notification de la présente décision, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour, autorisant sa titulaire à travailler, jusqu'à ce qu'une nouvelle décision ait été prise sur son cas. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

16. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique en mettant à ce titre à la charge de l'Etat le versement à Me Josset de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de la Vendée du 20 décembre 2021 faisant obligation à Mme C B de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de prendre une nouvelle décision sur la situation de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en la munissant, sans délai et dès cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour autorisant sa titulaire à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Josset la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de la Vendée et à Me Josset.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYERLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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