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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2200994

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2200994

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2200994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2022, Mme B C épouse D, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les quinze jours de la notification de la décision à rendre et sous astreinte de 75 euros par jour de retard, en lui délivrant sans délai un récépissé valant autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le refus de séjour n'est pas motivé ;

- il méconnaît le 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Mme C épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née en 1988, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, au mois de septembre 2019. Elle s'est mariée à Nantes le 29 février 2020 avec un ressortissant français. A la suite de ce mariage, elle a demandé la délivrance d'un certificat de résidence en sa qualité d'épouse d'un français. Par l'arrêté du 28 juin 2021 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande et a assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 18 mars 2021 le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à la signataire de l'arrêté attaqué, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture, à l'effet de signer un arrêté de la nature de l'arrêté attaqué, en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des raisons de fait et droit pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer à la requérante le titre de séjour qu'elle sollicitait, de sorte que cette décision est régulièrement motivée.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ".

5. A supposer même que les stipulations précitées ne feraient pas obstacle à ce que l'autorité compétente délivre le certificat de résidence qu'elles prévoient à une ressortissante algérienne mariée avec un ressortissant de nationalité française et qui n'est pas entrée de manière régulière sur le territoire français, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique se serait estimé tenu par ces stipulations de ne pas délivrer le certificat de résidence sollicité à la requérante au motif que, faute pour l'intéressée de justifier d'une entrée régulière sur le territoire français, elle ne remplit pas la condition tenant à une telle entrée régulière résultant de ces stipulations.

6. Il résulte des termes mêmes des stipulations précitées qu'elles subordonnent la délivrance du certificat résidence qu'elles prévoient à la condition que l'entrée sur le territoire du ressortissant algérien ait été régulière. Dès lors, en constatant que l'entrée de la requérante sur ce territoire n'était pas régulière et en déduisant, faute pour l'intéressée de remplir cette condition, qu'elle n'est pas en droit de prétendre à la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique, qui s'est livré à une exacte application de ces stipulations et a examiné la situation personnelle de la requérante, n'a pas commis d'erreur de droit.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. A supposer que la requérante soit arrivée en France, comme elle en fait état sans en justifier, au mois de septembre 2019, son séjour en France est très récent. Elle est entrée sur le territoire français dans des conditions irrégulières. Son mariage en 2020 avec un ressortissant français est, de même, très récent et les époux n'ont pas d'enfant ensemble. Les époux ne pouvaient ignorer la situation irrégulière du séjour de l'épouse en France et que, dans ces conditions, leur mariage ne leur ouvrait en lui-même pas un droit à poursuivre leur vie commune en France, ni la garantie de pouvoir le faire. La requérante ne justifie pas d'une impossibilité de quitter la France, pour se rendre en particulier en Algérie, afin de solliciter le visa de long séjour nécessaire à la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'épouse d'un français. Il ne ressort pas du dossier que son époux serait dans l'impossibilité de l'accompagner, au moins temporairement, en Algérie. Si la requérante se prévaut de la circonstance que son frère est établi en France, une telle circonstance ne lui ouvre pas droit à la délivrance d'un titre de séjour et il ne ressort pas du dossier qu'elle serait à la charge de son frère. Si d'autres relations familiales de l'intéressée sont établies en France, cette circonstance n'est pas propre à établir la réalité d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France. Elle n'est pas sans attaches en Algérie, où elle a vécu pendant plus de trente ans et où résident sa mère et sa sœur, ainsi qu'elle l'a déclaré quant à cette dernière, dont il n'est pas justifié qu'elle résiderait régulièrement en France. Dès lors, compte tenu de la durée comme des conditions du séjour de l'intéressée en France, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises ces décisions qui, en conséquence, ne méconnaissent pas les stipulations e l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus quant à la légalité du refus de titre de séjour que la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dans ces conditions, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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