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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201057

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201057

mercredi 7 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL GOMOT JOSSET HERMOUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Josset, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté litigieux ait été signé par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration n'a pas été produit ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et elle n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée de conséquences d'une exceptionnelle gravité et elle méconnaît l'article L. 631-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle n'est pas suffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

24 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Loirat, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Hermouet, substituant Me Josset, représentant M. B, en présence de l'intéressé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant arménien né le 28 novembre 1984, est entré irrégulièrement en France le 26 juin 2021. Il a sollicité du préfet de la Vendée la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Sa demande a été rejetée par un arrêté du

20 décembre 2021, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 6 décembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Vendée a donné délégation à Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture, pour signer tous arrêtés et décisions relatifs aux attributions de l'Etat dans le département de la Vendée, à quelques exceptions limitativement énumérées dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées doit, dès lors, être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article

L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de M. B. Elle indique que, par un avis du

7 décembre 2021, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que le préfet a considéré que son état de santé ne justifiait pas la délivrance d'un titre de séjour. La décision attaquée relève que l'intéressé ne justifie pas de liens particulièrement intenses et anciens sur le territoire, où il réside depuis six mois seulement. Elle indique également qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches en Arménie où réside notamment un de ses frères. Cette décision comporte ainsi un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté. En outre, il ressort de cette motivation circonstanciée comme de l'ensemble des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet de la Vendée a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. En outre, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article

R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article (). Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. ".

6. D'une part, le préfet de la Vendée produit l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) relatif à l'état de santé du requérant, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016. Le requérant, qui ne se prévaut de la méconnaissance d'aucun texte faisant obligation à l'administration de lui communiquer l'avis de l'OFII, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de ce défaut de communication.

7. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour. Il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. B sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de la Vendée s'est, notamment, fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII selon lequel, si l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier que les documents médicaux produits par le requérant, notamment le compte-rendu de consultation du 18 novembre 2021, qui établissent qu'il souffre d'une maladie cutanée chronique, dite maladie de Verneuil, traitée par biothérapie et antibiothérapie, ne permettent pas d'infirmer l'avis du collège de médecins de l'OFII sur l'absence de gravité exceptionnelle de cette affection au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que le moyen tiré de ce que le requérant ne pourrait pas effectivement bénéficier des soins qui lui sont nécessaires en Arménie, en raison tant de l'offre de soins dans ce pays que de sa situation financière et de son absence d'assurance maladie, est inopérant. Par suite, le préfet de la Vendée n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. B le titre de séjour qu'il sollicitait en qualité d'étranger malade.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, lieu, il ressort des points 3 à 9 que l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'est pas établie. M. B n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : () 5° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

12. Les dispositions ainsi invoquées ne sont pas applicables en l'espèce, M. B ne faisant pas l'objet d'une mesure d'expulsion mais d'une obligation de quitter le territoire. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. B n'est pas fondé à soutenir que son état de santé ferait obstacle à son éloignement. Par suite, le requérant n'est pas davantage fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. A la date de la décision contestée, M. B séjournait en France depuis moins de six mois. Pour contester la décision attaquée, M. B se prévaut de sa relation amoureuse avec une ressortissante française depuis le mois de mars 2021 et de leur vie commune depuis fin juin 2021, ainsi que de son investissement auprès des trois enfants de sa compagne, attestés par plusieurs proches. Il invoque également la présence sur le territoire français d'une tante et d'une de ses sœurs, sans toutefois établir l'existence de liens suivis avec celles-ci. Toutefois, la relation de couple ainsi invoquée présentant un caractère extrêmement récent, M. B ne peut être regardé comme ayant des liens particulièrement anciens et stables sur le territoire national. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que ses parents et son frère résident régulièrement en Espagne, il n'établit pas être dépourvu de toute attache en Arménie où réside à tout le moins un de ses frères. Enfin, le requérant ne justifie d'aucune perspective d'insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. D'une part, il ressort il ressort des points 10 à 14 que l'illégalité de la décision de portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. M. B n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

16. D'autre part, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle que M. B ne justifie pas faire l'objet de menaces ni d'être exposés à des risques pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant le pays de destination doit donc être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Vendée et à Me Marie-Hélène Josset.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

C. LOIRATL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIER

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

mt

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