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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201093

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201093

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLEUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2022, régularisée le 28 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Leudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 décembre 2021 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision méconnait les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ; le préfet aurait dû faire des vérifications auprès des autorités bangladaises en application des dispositions de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 ; la preuve de l'inauthenticité de son acte de naissance n'est pas apportée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle en se bornant à rejeter en estimant qu'il ne justifiait pas son état civil :

o au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o au regard des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il n'est pas établi que la signataire de la décision était compétente ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il n'est pas établi que la signataire de la décision était compétente ;

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il aurait dû bénéficier d'un délai supérieur à trente jours prévu à titre exceptionnel par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment pour finir sa formation et valider son diplôme ;

- il n'est pas établi que la signataire était compétente ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il n'est pas établi que la signataire était compétente.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Dahani substituant Me Leudet, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né en octobre 2003, est entré en France en juin 2019 et a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Loire-Atlantique. En septembre 2021, devenu majeur, M. A a déposé une demande de titre de séjour. Par des décisions du 17 décembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 17 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

4. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. La production d'un passeport par un étranger n'emporte aucune force probante particulière quant à l'état civil qui y est indiqué, et, en particulier, quant au caractère authentique des documents sur la base desquels il a été établi.

5. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer à M. A la carte de séjour temporaire prévue par les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique s'est uniquement fondé sur la circonstance qu'en raison de doute sur l'authenticité de son acte de naissance, l'intéressé n'établissait pas avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, son âge lors de son entrée en France n'étant pas établi. Le préfet a relevé, dans l'arrêté du 17 décembre 2021, que l'acte de naissance de l'intéressé avait été enregistré dans la ville de Sylhet laquelle serait incompétente puisque le jeune homme n'y était pas né et qu'il y aurait des erreurs sur le lieu de naissance avec des incohérences par rapport au registre d'origine. Néanmoins, la circonstance que l'acte de naissance de M. A ne pouvait être enregistré conformément à ce que prévoit la loi bangladaise qu'au lieu de naissance ou au lieu de résidence depuis plus de trois ans de l'intéressé, n'est pas en elle-même de nature à faire regarder comme frauduleuses les mentions figurant dans les actes en question. Par ailleurs, le préfet, qui n'a pas défendu, n'apporte aucun élément de nature à établir les incohérences alléguées quant au lieu de naissance par rapport au registre d'origine. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'acte de naissance produit par M. A établi le 24 avril 2019, qui mentionne une date de naissance au 9 octobre 2003, comporte un numéro d'enregistrement de naissance identique au registre " Birth and Death Registration " tenu par l'Office of the registrar general, accessible en ligne et dont l'extrait, consulté trois années plus tard en 2022 et produit par le conseil de M. A, comporte le même numéro d'enregistrement de naissance et mentionne également une naissance de l'intéressé le 9 octobre 2003. Il ressort également des pièces du dossier que la cellule fraude documentaire et identité de la direction inter-départementale de la police aux frontières de Nantes a examiné l'acte de naissance, qui portait le même numéro, et a conclu que " document supportant les modes d'impression et légalisation par apostille attendus / contrôle de l'acte via le Birth Registration Number qui confirme l'authenticité de l'acte ". Enfin, le juge judiciaire ayant prononcé en avril 2021 l'ouverture de la tutelle d'Etat a relevé ce rapport de la police aux frontières et qu'un rapport d'évaluation socio-éducative de la cellule de recueil des informations préoccupantes du Val d'Oise du 11 juillet 2019 avait relevé que le profil du jeune homme était compatible avec l'âge allégué. Au regard de ces éléments et en dépit d'interrogations soulevées lors du bilan d'accueil dans le département de Loire-Atlantique, le juge judiciaire avait relevé que les éléments produits permettaient de justifier l'âge et l'identité de M. A.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas de son âge inférieur à seize ans lors de sa prise en charge en France par les services de l'aide sociale à l'enfance et à demander, pour ce motif, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'annulation du refus de séjour qui lui a été opposé le 17 décembre 2021. L'annulation du refus de séjour entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour portant à son encontre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En raison du motif sur lequel elle se fonde et dès lors qu'il n'est pas contesté que M. A remplit les autres conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leudet, avocate du requérant, le versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour Me Leudet de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 17 décembre 2021 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer un titre de séjour à M. A sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de justice administrative dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 qui sera versée à Me Leudet sous réserve que cette dernière renonce à la perception de la part contributive de l'Etat dans le cadre de l'aide juridictionnelle

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Leudet et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

La présidente-rapporteure,

M. C

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2201093

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