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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201103

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201103

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCRABIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2022, Mme F A D, représentée par Me Cloarec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 mars 2021 par laquelle le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de délivrance d'un document de circulation pour mineur étranger aux enfants B D G I C et H D G A E ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de faire droit à sa demande de délivrance des documents de circulation sollicités ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, au regard des dispositions des articles D. 321-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation familiale ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Barès a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante congolaise née en 1984, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle en France, a sollicité la délivrance de documents de circulation pour mineur étranger au bénéfice des enfants B D G I C et H D G A E, nés en 2009 et 2012. Le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande par une décision du 19 mars 2021, dont l'intéressée demande l'annulation.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 321-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré de plein droit à l'étranger mineur résidant en France : 1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ou, à Mayotte, à l'étranger mineur né sur le territoire français dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; () ". Aux termes de l'article D. 321-10 du même code, alors en vigueur : " " Le demandeur présente : 1° Les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, s'il est soumis aux dispositions de l'article L. 311-1, un document établissant la régularité de son séjour ; 2° Les documents attestant qu'il exerce l'autorité parentale sur le mineur pour lequel la demande est souscrite ou qu'il détient un mandat de la personne titulaire de cette autorité ; 3° Les documents justifiant de l'état civil, de la nationalité et de la filiation du mineur ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4. Pour rejeter la demande de délivrance de documents de circulation pour mineur étranger déposée par Mme A D au bénéfice de ses enfants B D G I C et H D G A E, nés en 2009 et 2012, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur la circonstance que les actes de naissance des intéressés et l'autorisation de leur père pour engager les démarches administratives ne sont pas des documents d'état civil et présentent des marques de falsification. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des rapports simplifiés d'analyse documentaire des services de la police aux frontières, que les actes de naissance des intéressés sont " confectionnés sur une souche aux modes d'impression conformes ". Dès lors, la seule circonstance que l'année de naissance de Mme A D y fasse l'objet d'une surcharge d'encre, et alors qu'en tout état de cause, la signature de leur rédacteur a été légalisée le 7 novembre 2014 par un notaire exerçant en République Démocratique du Congo, n'est pas de nature à remettre en cause leur authenticité. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'identité de B D G I C et H D G A E ainsi que leur lien familial avec la requérante doivent donc être tenus pour établis. Par ailleurs, il résulte des dispositions précitées de l'article D. 321-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée, que Mme A D est seulement tenue de produire des documents lui permettant de justifier qu'elle exerce l'autorité parentale sur les enfants pour lesquels elle a déposé une demande de document de circulation pour mineur étranger, condition établie par la seule production des actes de naissance des enfants, lesquels attestent de l'autorité parentale exercée par la requérante sur les intéressés, alors que le préfet de la Sarthe ne soutient ni même n'allègue que Mme A D en aurait été déchue. Dans ces conditions, Mme A D est fondée à soutenir que le préfet de la Sarthe a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision en litige doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au moyen d'annulation retenu au point 4, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que des documents de circulation pour mineur étranger soient délivrés aux enfants B D G I C et H D G A E. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Sarthe d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cloarec, avocate de Mme A D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cloarec de la somme de 1 200 euros au titre de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 19 mars 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer des documents de circulation pour mineur étranger aux enfants B D G I C et H D G A E dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cloarec, avocate de Mme A D, la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A D, à Me Cloarec et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. BARÈSLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les v oies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

No 2201103

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