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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201171

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201171

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantBABOU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I-Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022 sous le n°2201171 et des pièces complémentaires enregistrées les 14 février 2022 et 4 juillet 2022, M. E A, agissant en son nom et en qualité de représentant légal de l'enfant Nasteho C B, représenté par Me Babou, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France au Kenya du 8 juillet 2021 refusant de délivrer à l'enfant Nasteho C B, un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

II-Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022 sous le n°2201172 et des pièces complémentaires enregistrées les 14 mars 2022 et 4 juillet 2022, M. E A, agissant en son nom et en qualité de représentant légal de l'enfant Rayan C B, représenté par Me Babou, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France au Kenya du 8 juillet 2021 refusant de délivrer à l'enfant Rayan C B un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

III-Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 janvier 2022 et le 5 juillet 2022 sous le n°2201173 et des pièces complémentaires enregistrées les 14 mars 2022 et 4 juillet 2022, M. E A, agissant en son nom et en qualité de représentant légal de l'enfant H C B, représenté par Me Babou, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France au Kenya du 8 juillet 2021 refusant de délivrer à H C B un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

IV-Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 janvier 2022 et le 5 juillet 2022 sous le n°2201181 et des pièces complémentaires enregistrées les 14 mars 2022, 4 juillet 2022 et 8 juillet 2022, Mme F D, représentée par Me Babou, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France au Kenya du 8 juillet 2021 refusant de lui délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer le visa sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense commun aux recours n° 2201171, 2201172, 2201173 et 2201181, enregistré le 1er juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet des quatre requêtes.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guilloteau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°2201171, 2201172, 2201173 et 2201181 concernent des demandeurs de visa se réclamant d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.

2. M. B A, ressortissant somalien né le 2 octobre 1986, a été admis en France au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 juin 2019. Des demandes de visa de long séjour au titre de la réunification familiale ont été déposées pour Mme F D, née le 1er janvier 1995, que M. B A présente comme sa conjointe, ainsi que pour ses trois enfants allégués, H C B, G C B et I C B, nés respectivement les 13 janvier 2011, 23 août 2012 et 6 août 2014, les deux premiers étant issus d'une précédente union de M. B A. Ces demandes ont été rejetées par une décision de l'ambassade de France au Kenya du 8 juillet 2021. Le recours formé contre cette décision de refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 28 septembre 2021, à laquelle s'est substituée une décision explicite du 16 février 2022. Les requérants doivent être regardés comme demandant l'annulation de la seule décision du 16 février 2022, la décision de la commission de recours s'étant également substituée à la décision de l'ambassade par l'effet des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde et indique que les certificats de naissance des demandeurs de visa, établis tardivement et postérieurement à l'obtention de la protection subsidiaire du réunifiant, n'ont pas de caractère probant, et ne sont, par ailleurs, pas légalisés et, par suite, sans effet en France. Cette décision contient un exposé suffisant des motifs de droit et de fait sur lesquels elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, donc, être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de recours ne se serait pas livrée à un examen sérieux de la situation des demandeurs de visa. Ce moyen doit donc également être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

6. Il résulte de ces dispositions que lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état civil et autres documents produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne protégée.

7. Si les certificats de naissance délivrés par les services de l'ambassade somalienne au Kenya, notamment pour pallier à la destruction des registres d'état civil somaliens lors du conflit armé dans cet Etat, ne peuvent être qualifiés d'actes d'état civil au sens de l'article 47 du code civil, ces documents demeurent des éléments de preuve utiles à l'établissement de l'identité et de la filiation de leur détenteur, sous réserve de présenter des garanties suffisantes d'authenticité.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision attaquée est fondée sur le motif tiré de l'absence de caractère probant des certificats de naissance des demandeurs de visa, établis tardivement et qui n'ont pas été légalisés, ne permettant ainsi pas de justifier de leur l'identité et de leur lien familial avec M. B A. Le ministre développe ces motifs et fait valoir que le lien matrimonial allégué n'est pas établi.

En ce qui concerne les enfants H C B, G C B et I C B :

9. Pour établir l'identité des demandeurs de visa et leur lien de filiation avec M. B A, les requérants produisent des certificats de naissance établis par les services consulaires de l'ambassade somalienne au Kenya les 10 et 11 juin 2020. Ces documents mentionnent pour chacun des demandeurs ses nom, prénom, date et lieu de naissance, ainsi que les nom et prénom de ses père et mère. La circonstance que ces documents aient été établis tardivement et ne mentionnent pas les dates et lieu de naissance des parents ou l'identité et la qualité du déclarant ne permet pas de leur ôter toute valeur probante, faute pour l'administration de préciser quelles règles de droit local auraient ainsi été méconnues. Par ailleurs, si l'administration fait valoir que ces certificats de naissance n'ont pas été légalisés par les autorités consulaires françaises, il n'est pas démontré que de tels documents, qui ainsi qu'il a été dit au point 7 ne peuvent être considérés comme des actes d'état civil, seraient soumis à une obligation de légalisation, l'absence de légalisation ne faisant au demeurant pas obstacle en elle-même à ce que puissent être prises en considération les énonciations contenues dans un acte soumis à une telle obligation. Dans ces conditions, alors, en outre, que les informations figurant dans ces certificats sont cohérentes avec les passeports des intéressés, l'identité des demandeurs de visa et leur lien de filiation avec M. B A doivent être tenus pour établis. Les requérants sont, donc, fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne Mme D :

10. Le certificat de naissance de l'intéressée, dont les informations sont corroborées par son passeport, permettent d'établir son identité, pour les motifs exposés au point précédent. Toutefois, si M. B A présente Mme D comme sa conjointe, aucun acte ou certificat de mariage n'a été produit à l'appui de la requête, et il ne ressort pas des pièces du dossier que cette union aurait été enregistrée par l'OFPRA. Dès lors, la qualité de conjointe au sens des dispositions précitées du 1° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut lui être reconnue. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B A aurait fait état dans sa demande d'asile ou dans son entretien à l'OFPRA de Mme D comme étant sa compagne, la seule circonstance que le couple ait donné naissance à un enfant le 6 août 2014 ne suffit pas à établir l'existence et le maintien d'une vie commune suffisamment stable et continue entre eux avant le dépôt par M. B A de sa demande d'asile, le 3 mai 2018, au sens des dispositions du 2° de ce même article. Dans ces conditions, la qualité de concubine ne peut davantage être reconnue à Mme D. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur le moyen tiré de l'erreur de fait soulevé dans la requête n°2201173, que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle concerne les enfants H C B, G C B et I C B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer aux enfants H C B, G C B et I C B les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Le surplus des conclusions à fin d'injonction doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

13. Les requérants n'ayant pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle en l'absence de toute demande en ce sens, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des requêtes tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme à verser à leur avocate en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 16 février 2022 est annulée en tant qu'elle concerne H C B, Rayan C B et Nasteho C B.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à H C B, Rayan C B et Nasteho C B les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, Mme F D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Babou.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le rapporteur,

T. GUILLOTEAU

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2,2201172,2201173,2201181

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