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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2201206

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2201206

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2201206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2022 et le 19 mai 2022, M. D H et Mme G C épouse H, représentés par Me Messaoud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 23 août 2021 des autorités consulaires françaises à Rabat refusant de délivrer à Mme G C épouse H un visa de long séjour en qualité de conjointe de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;

- la décision de la commission de recours a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de fait au regard de la sincérité et de l'effectivité de leurs liens matrimoniaux ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la présence en France de Mme C épouse H ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G C épouse H, ressortissante marocaine, née le 1er février 1958, a épousé, le 16 novembre 2020 à Rillieux-la-Pape, M. D H, ressortissant français. M. H et Mme C épouse H demandent au tribunal d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 23 août 2021 des autorités consulaires françaises à Rabat refusant de délivrer à Mme C épouse H un visa de long séjour en qualité de conjointe de ressortissant français.

2. En premier lieu, par décret en date du 25 janvier 2021, régulièrement publié, M. E F, signataire de la décision attaquée, a été nommé premier suppléant du président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Aux termes de l'article D. 312-5 du même code : " Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléant sont nommés dans les mêmes conditions ". L'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, lors de la séance du 16 décembre 2021, au cours de laquelle elle a examiné le recours formé pour Mme C épouse H, la commission de recours contre les décisions de refus de visa s'est réunie en présence de son président suppléant et de trois de ses membres. Par suite, le quorum étant atteint, le moyen tiré de la composition irrégulière de cette commission doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la demandeuse de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen et, ce faisant, d'une erreur de droit.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par Mme C épouse H, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que, d'une part, il n'y a pas de preuves convaincantes du maintien d'échanges réguliers et constants de quelque nature que ce soit (lettres, communications téléphoniques ou informatiques identifiées et datées, voyages) entre les époux depuis leur mariage, qui a été contracté alors que l'intéressée était en situation irrégulière sur le territoire français, d'autre part, il n'est pas établi que le couple ait un projet concret de vie commune. La commission de recours a ainsi estimé que ces éléments constituent un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants attestant du caractère complaisant du mariage contracté à des fins étrangères à l'institution matrimoniale, dans le seul but de faciliter l'établissement en France de la demandeuse de visa.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse H, ressortissante marocaine, s'est mariée le 16 novembre 2020 à Rillieux-la-Pape avec M. H, ressortissant français. Pour établir le caractère complaisant du mariage, le ministre de l'intérieur fait valoir que la requérante est entrée en France sous couvert d'un visa de court séjour et qu'elle s'y est maintenue irrégulièrement jusqu'au mois de juillet 2021. Il ajoute que les époux H ne justifient pas de l'existence d'une vie commune effective avant et après leur mariage. Si les requérants soutiennent " qu'ils se connaissaient avant leur mariage ", ils n'apportent aucun élément précis sur les circonstances de leur rencontre. En outre, s'ils produisent trois bordereaux de transferts d'argents, adressés par M. H à " Mme A C ", une facture et une déclaration de revenus établies à leurs deux noms, des attestations de proches, peu circonstanciées, et quelques photographies du couple, ces éléments ne suffisent pas à démontrer la sincérité et l'effectivité de leurs liens matrimoniaux. Par ailleurs, si M. H s'est rendu au Maroc aux mois d'octobre 2021, il n'est pas démontré, par les pièces versées aux débats, qu'il y aurait rencontré son épouse. Enfin, il est constant que Mme C épouse H s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français après avoir obtenu le 29 avril 2019 la délivrance d'un visa de court séjour, pour visite touristique, délivré par les autorités consulaires françaises au Maroc. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du caractère complaisant du mariage entre Mme C épouse H et M. H. Par suite, quand bien même ce mariage n'a pas fait l'objet d'une opposition par le procureur de la République, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit, d'une erreur de fait ni d'une erreur d'appréciation en refusant, pour le motif exposé au point précédent, de délivrer le visa sollicité.

9. En cinquième lieu, si les requérants soutiennent que la présence en France de Mme C épouse H ne constitue pas une menace pour l'ordre public, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

10. En dernier lieu, faute d'établissement de la réalité et du maintien des liens matrimoniaux, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. H et Mme C épouse H doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H et Mme C épouse H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D H, à Mme G C épouse H et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Sarda, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. B

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201206

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